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DESTRUCTION DE MAUSOLEES AU NORD MALI : Al-Faqi doit payer le prix fort pour ses crimes  

 

 

Ahmed Al-Faqi : ce nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, c’est Ahmed Al-Faqi Al-Mahdi alias Abou Tourab, un ancien membre d’Ansar Dine, l’un des nombreux groupes islamistes armés qui ont semé la terreur au Nord-Mali pendant l’occupation djihadiste en 2012. A la tête de la brigade dite des mœurs de ces fanatiques qui avaient envahi le septentrion malien avec l’intention d’y appliquer la charia, Ahmed Al-Faqi  qui était chargé de faire appliquer l’idéologie djihadiste, est soupçonné d’avoir orchestré, coordonné et dirigé, à l’époque, la destruction, à Tombouctou, de plusieurs édifices religieux sacrés dont une mosquée et des mausolées de saints, vieux de plusieurs siècles,  religieusement entretenus par les populations locales pour lesquelles ces édifices ont une lourde charge religieuse et affective. On s’en souvient encore, comme si c’était hier, tant les images de ces fous d’Allah qui ne se sont pas contentés de couper à tour de bras des mains et des pieds ou de procéder à des lapidations, ont négativement marqué les esprits et révulsé bien des consciences.

Le simple fait qu’Al-Faqi comparaisse est déjà en soi un signe fort

Alpagué et transféré illico presto à la Cour pénale internationale (CPI) suite au mandat d’arrêt émis contre lui, ce tristement célèbre chef djihadiste malien comparaît depuis hier, devant l’institution judiciaire internationale pour une audience de confirmation des charges pour « crimes de guerre ». C’est une première qu’un chef djihadiste soit traîné de la sorte devant un tribunal, qui plus est, se trouve être la Cour pénale internationale et que celle-ci engage des poursuites pour destruction de patrimoine culturel. Dans le cas d’espèce, ces poursuites sont passibles de 30 ans de prison pour le prévenu. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il fallait absolument qu’une telle procédure se tienne, et l’on espère qu’elle va aboutir à la tenue d’un procès. Toute chose qui aurait l’avantage de prouver à la face du monde, toute l’importance que revêtent ces vestiges historiques pour la perpétuation de la mémoire de l’humanité. Car, les édifices ont beau être reconstruits, certaines reliques seront à jamais perdues pour l’humanité.  Aussi, le simple fait qu’Al-Faqi comparaisse est déjà en soi un signe fort qui traduit, si besoin en était encore,  cette loi du karma selon laquelle chacun finit toujours par être rattrapé, d’une manière ou d’une autre, par ses propres actes. Que ce soit en bien ou en mal. Et quand on pense qu’il n’y a pas si longtemps, Al-Faqi et ses sbires faisaient la pluie et le beau temps dans la Cité des 333 Saints, en fanfaronnant dans leurs jellabah tout en commettant des abus et autres sacrilèges, l’on peut dire que Fatou Bensouda a fait œuvre utile en traînant Al-Faqi à la barre. Il faut maintenant espérer que les juges seront convaincus par l’argumentaire de la procureure sur la nécessité d’agir face aux « assauts contre une population dans ses croyances religieuses » et face à la « mutilation de notre patrimoine commun », pour la tenue du procès. Car, Al-Faqi doit payer pour tous ses crimes. Mais avant qu’on en arrive là, nul besoin de dire que c’est un exercice difficile auquel s’adonne la Cour pénale internationale, en raison de la spécificité même de l’objet des charges : crimes contre l’humanité pour destruction d’édifices religieux classés au Patrimoine mondial de l’humanité.

Les actes posés par Al-Faqi et ses lieutenants sont gravissimes

Mais à y regarder de près, pour une première et pour un coup d’essai en la matière, la CPI pourrait réussir un coup de maître pour ce procès à haute portée pédagogique, car s’attaquer à la culture d’un peuple, c’est s’attaquer à son âme et à ses racines. Vouloir les faire disparaître en les détruisant, c’est vouloir effacer la mémoire et le passé de ce peuple en lui enlevant ses repères, ses valeurs et tout le référentiel qui constitue le ciment de ce peuple. L’on voudrait simplement exterminer un tel peuple que l’on ne s’y prendrait pas autrement. De ce point de vue, il n’y a pas de terme plus approprié  que le mot crimes pour qualifier de tels actes qui sont commis non pas à l’encontre d’un individu, mais de toute une communauté. Chose qui, à bien des égards, s’apparente à un crime à une plus grande échelle que le viol et les assassinats individuels. Comme disait un penseur, « la culture, c’est ce qui nous reste quand on a tout perdu ». Si l’on doit en sus chercher à vous enlever ce reste, l’on n’est pas loin de vous  dénier tout droit. Car, la réalité est que ceux qui détruisent ces mausolées ne sont rien d’autre que des nihilistes qui n’ont rien d’autres à proposer que de créer une situation confuse où le peuple perd tous ses repères. Cela est, du reste, un phénomène assez nouveau qui tranche avec certaines pratiques assez connues comme l’utilisation du viol ou de la faim, entre autres, comme armes de guerre. C’est pour toutes ces raisons que les actes posés par Al-Faqi et ses lieutenants sont gravissimes.

En tout état de cause, l’on pourrait logiquement s’attendre à ce que les charges retenues contre Al-Faqi soient élargies à d’autres exactions commises sur les populations, notamment les horribles scènes de lapidation, de coupures de bras et autres supplices qui ont caractérisé cette sombre période de l’occupation djihadiste au Nord-Mali et qui sont autant d’atteintes graves aux droits de l’Homme et à la dignité humaine. En outre, la CPI ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Et l’on espère que des poursuites du même genre seront engagées contre les criminels de l’Etat islamique qui se sont rendus coupables de faits similaires et tout aussi graves, notamment la destruction de colonnes de la cité antique de Palmyre en Syrie.

 

« Le Pays »

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