3e CONGRES DU RDS : C’était chaud à l’ABMAQ !

3e CONGRES DU RDS  :  C’était chaud à l’ABMAQ !

 

Le 3e congrès national du Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (RDS), prévu le 6 octobre 2018 à l’ABMAQ à Ouagadougou, n’a pu avoir lieu à cause d’une crise que traverse ledit parti. En effet, des militants empêchés d’avoir accès à la salle du congrès, ont également refusé l’accès au président du parti, Wendlassida François Ouédraogo, qui a fini par se retirer. Ledit congrès a avorté. Dans la foulée, un comité de crise a été mis en place par ceux s’ayant vu refuser l’accès au lieu du congrès, en vue de juguler la crise et organiser, dans un délai de deux mois, un autre congrès.

Il est 8h 05 mn lorsque notre véhicule s’arrête devant le siège de l’ABMAQ où devait se tenir le 3e congrès national du RDS. A l’entrée principale, de nombreux militants faisaient le pied de grue devant des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS). Au départ, nous avions cru à des fouilles des participants, comme cela se fait souvent lors de certaines activités, à certains endroits, compte tenu de la situation sécuritaire. Nous descendons alors du véhicule et nous nous dirigeons vers l’entrée pour rejoindre la salle. Lorsque nous nous approchons, nous constatons qu’il n’y a aucune fouille, mais des gens en colère parce que l’accès à la cour leur était refusé. Nous forçons le passage et déclinons notre identité. La sécurité nous laisse entrer dans la cour où se trouvaient plusieurs bonnets rouges, certains assis dans le parking et d’autres qui faisaient la navette entre le parking et l’entrée principale. Ces derniers étaient visiblement très remontés et l’un d’eux a lancé : « ça ne peut pas se passer ainsi. Ce parti nous appartient à tous. Lui seul (NDLR : en parlant du président du parti) ne peut pas décider d’en faire sa propriété privée, sans même suivre les règles ». C’est à ce moment que nous avons compris que les choses ne tournaient pas rond. Nous nous approchons des confrères qui se tenaient debout, juste à côté des chefs coutumiers. « Qu’est-ce qui se passe ici ? », interrogeons-nous. « Ma chère, c’est chaud ici ; on se demande si ce congrès aura encore  lieu», nous répond un confrère. Entre-temps, les esprits se chauffent à l’entrée principale. Les journalistes accourent pour comprendre ce qui se passe. Un des bonnets rouges, en l’occurrence le maire de la commune de Pensa, Souleymane Zabré, très en colère, s’adresse à un des membres du bureau, en l’occurrence Jacob Badolo, présenté comme étant de l’aile du président du parti, laquelle aile, dit-on, est l’initiatrice du congrès. « Moi je suis maire, je ne suis au courant de rien. Nous avons un député ; lui non plus n’a pas été informé. Il n’y a pas ce quidam qui peut dire qu’un membre du bureau ne peut pas prendre part. Cela veut dire quoi ? », a martelé le maire. Jacob Badolo tente de s’expliquer mais pendant ce temps, les caméras et les appareils photo sont à l’œuvre, à la recherche de scoops. Une situation que M. Badolo ne semble pas digérer. Il lance ceci à la presse : « vous les journalistes, vous n’êtes pas invités et si vous filmez, c’est à vos risques et périls ». « Quels risques et périls ? La presse court quels risques ici ? Il n’y a pas de problème, elle s’assume. Chacun fait son travail », rétorque l’élu local. Un autre bonnet rouge ajoute, tout aussi remonté : « la presse connaît son travail. On ne doit pas lui dire ce qu’elle doit faire. Filmez oui. Il a tiré par terre. Conviés ou pas conviés, vous devez être là, à la recherche de l’information ». En tout cas, ils étaient nombreux les défenseurs de la presse, à cet instant précis. Cet épisode passé, les débats houleux continuaient. Seuls quelques personnes entraient et sortaient de la cour. A 8h25 mn, le président du parti himself, Wendlassida Ouédraogo, arrive à bord de son véhicule. Il descend, se fraie un chemin parmi des militants furieux à qui l’accès au congrès est interdit. Les débats se font de plus en plus houleux. Lorsque le président franchit le seuil du portail, des protestataires l’en empêchent. Ils le tirent par le bras pour le faire sortir.

Le président du parti empêché d’accéder à la cour

Il tente d’arracher son bras des mains de concernés mais en vain. Le voilà dehors. La police essaie de calmer la situation. Un des manifestants, visiblement satisfait de leur acte, dit : « s’il n’est pas permis aux premiers arrivants d’avoir accès au lieu du congrès, alors il en sera de même pour les derniers ». Entre-temps, nous apprenons que le président du parti est allé parler de la situation au ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Jusqu’à ce que l’on quitte les lieux aux environs de 12h, il ne s’est plus présenté. A 9h, un huissier, invité par ceux qui se sont sentis exclus du congrès, est venu constater la situation. Toujours pas de congrès et la tension ne baisse. Mais que reproche-t-on au président ? « Nous avons créé notre parti en 2009 chez le Dima de Boussouma. Quand il a quitté le PDP/PS, nous avons proposé qu’il prenne les rênes du parti. Et lui veut utiliser le parti à ses propres fins, sans suivre les règles. Les gens n’ont même pas été mis au courant. C’est à travers les journaux que les gens ont appris la tenue du congrès. Le Dima de Boussouma, le seul élu du parti, président d’honneur, n’a même pas été convié… Qui devrait décider du lieu et de la date de ce congrès ? La section du Sanmatenga est venue pour faire éclater la vérité. Nous sommes venus pour assister à l’ouverture… Il veut vider l’essentiel du parti mais on regrette, cela ne peut pas se passer de la sorte. Il ne mobilise rien pour le parti. Dans toute la province du Passoré, il ne totalise même pas plus de quatre conseillers sur plus de 140. Tout le reste vient du Sanmatenga. Nous ne voulons pas de bagarre. Il veut exclure les dignitaires mêmes du parti, ça ne peut pas marcher ; il faut que le peuple sache la vérité  », a affirmé le chef de Foula, Naaba Sanem, par ailleurs conseiller municipal. « Les choses ont commencé avec le secrétaire national à la communication, Waliou Adeguerou. Le président a fait savoir que Waliou a manqué de respect à des membres du Secrétariat exécutif national (SEN) et a mal géré l’organisation d’une activité passée. Et que pour cela, il n’avait pas droit à la parole. Nous avons dit au président que ce n’est pas normal qu’il interdise à un membre du parti de dire ce qu’il pense. Ensuite, il a soutenu que le secrétaire national chargé de la jeunesse, Seydou Ouédraogo, ne cotise pas. Après, c’était moi. Quand tu veux parler, il refuse de te donner la parole. Au départ, on tenait les réunions du SEN chez le président d’honneur, le Dima de Boussouma, compte tenu de son âge. Et c’est lui le président qui prenait contact avec le président d’honneur pour qu’ils fixent tous les deux, le jour et l’heure des activités. Et nous, nous suivons. Entre-temps, il a délocalisé les réunions du SEN chez lui et il envoyait les invitations par message aux gens. Chose qui est du ressort de Waliou Adeguerou. A une des réunions, je lui ai demandé pourquoi cette délocalisation. Là, il me fait savoir que Sa Majesté, le Dima de Boussouma, a dit qu’il lui manquait de respect. C’est pourquoi et pour éviter de manquer de respect à Sa Majesté, il a préféré délocaliser. Je lui ai alors dit qu’on aurait dû tenir la réunion chez le Dima, l’unique élu national du parti, et discuter du problème afin de trouver une solution. J’ai ajouté que s’il fuit, ce serait sans issue. Il m’a fait comprendre que ce n’était pas l’ordre du jour de la rencontre. Aux réunions, quand tu veux parler, il refuse de te donner la parole. Pourquoi aller à une rencontre où vous n’avez pas droit à la parole ? Il avait formé un noyau. A chaque rencontre, c’était lui et ses vice-présidents qui se retrouvaient. Nous lui avons fait comprendre que ce n’était pas normal. Car le vice-président est censé suppléer le président en cas d’absence. Et les textes sont clairs, c’est le président et le secrétaire général qui établissent l’ordre du jour et convoquent le SEN, et le responsable à la communication diffuse l’information. Mais dans son cas, il était le seul à tout faire avec ses vice-présidents. Je lui ai dit qu’un parti normal ne fonctionne pas de la sorte. Ils ont acquiescé et ça n’a pas duré, ils ont repris les mêmes pratiques.

Un comité de crise installé

Tenez-vous bien, les réunions du SEN ont lieu chaque deux semaines, les jeudis. Mais quand il est occupé, il ne convoque pas de rencontre. Il le fait quand il est libre. Et il envoie les sms la veille de la réunion, le mercredi, avec le même ordre du jour : information et divers. Donc, vous n’avez même pas le temps de réfléchir sur quoi que ce soit avant de venir. Lorsque quelqu’un est absent, il prend cela en mal. Lui, il est un retraité et nous, en fonction. Ce n’est pas évident de mobiliser les gens, étant donné qu’on est souvent obligé d’aller gérer une situation dans nos bases. Si tu reçois le message un mercredi alors que tu es occupé à autre chose, c’est compliqué. C’est ainsi qu’il m’a taxé d’absentéiste aux réunions. Je lui ai dit de mettre cela à l’ordre du jour d’une réunion pour qu’on en débatte. Mais rien…Lors des rencontres, quand tu poses une question, il te dit que cela a été débattu au cours d’une des réunions. Si on a aucune information, aucun compte rendu ni de rappel, cela pose problème. Quand on veut faire ces observations, le président s’emporte. Au dernier conseil, il y avait des vigiles pour bloquer le passage à certains. Mais comme ces derniers ne me connaissaient pas, j’ai pu avoir accès à la cour. Quand le président m’a vu, il s’est levé et m’a dit que je n’avais pas le droit d’être présent parce que j’ai été suspendu et remplacé par quelqu’un d’autre. Surpris, je lui ai dit que le parti n’est pas une entreprise et qu’il ne pouvait pas remplacer un membre du bureau comme cela. Moi, j’ai été élu lors du congrès et c’est ce dernier qui est habilité à le faire…Même la désignation de notre représentant au gouvernement, nous avions marqué notre désaccord à cause de la manière dont elle a été faite. Parce que le SEN ne s’est jamais assis pour en discuter. Ce sont eux qui ont tout géré et mal géré parce qu’il n’y a pas eu de consensus. Mais malgré tout, ça a été mais nous avons dit que ce n’était pas un problème d’individu et on a laissé faire. Nous avions pensé qu’il allait rectifier le tir après cela, mais il continuait. Il avait signifié, au dernier conseil, qu’il allait reprendre attache avec Sa Majesté pour remettre les choses sur les rails. Mais à notre grande surprise, une semaine après, on voit dans la presse, un écrit incendiaire à l’endroit de Sa Majesté, accordé lors d’une interview. Nous avons écrit pour dénoncer les différents comportements. Pour ce qui est de ce congrès, c’est quelqu’un qui nous a informés de sa tenue parce que ce dernier l’a lu dans la presse. C’est à ce moment que nous avons su qu’il y avait congrès. Le dernier congrès a eu lieu au CBC, mais nous n’avons pas compris pourquoi c’est l’ABMAQ qui a été choisie pour l’abriter. Les absents ayant toujours tort, nous avons jugé utile d’être présents pour savoir ce qui va être dit… Nous ne sommes contre personne. Nous voulons que la vérité soit dite et que le parti retrouve son lustre d’antan parce que nous avons travaillé à être dans le top 10 des premiers partis du pays. Nous avons plus de 170 conseillers municipaux, un député et deux maires, un vice-maire, un représentant au gouvernement. Cela est dû aux efforts des militants », a expliqué le maire de Boussouma, Karim Ouédraogo, par ailleurs secrétaire général du parti.
A 10h03mn, les militants venus entre autres du Sanmatenga, du Bam, du Soum ont regagné la salle du congrès placé sous le thème : « Situation au sein du RDS, bilan et perspectives ». A 10h 24, un présidium composé du SG, du responsable chargé des questions religieuses et coutumières, Souleymane Zabré (maire de Pensa) et le secrétaire chargé de la jeunesse, Seydou Ouédraogo, est mis en place, en l’absence du président du parti et des vice-présidents. Prenant la parole, le SG a signifié qu’étant donné les circonstances, le congrès ne pouvait pas se tenir. Proposition a été faite de mettre en place « un comité de crise non revanchard » afin de réconcilier tous les militants et sortir le parti de cette impasse. Séance tenante, cinq personnes ont été désignées, en l’occurrence les trois du présidium, une militante du Bam, Nadine Zongo, et un représentant du Soum, Abdoulaye Sawadogo. Ces personnes ont été invitées à tout mettre en œuvre pour juguler la crise et convoquer un nouveau congrès dans deux mois. Car selon le maire de Pensa, le parti « est en train d’aller dans l’illégalité » parce que n’ayant pas procédé au renouvellement de ses instances depuis 2015. A noter que le RDS a été créé en 2009 et son dernier congrès a eu lieu le 22 août 2015. Affaire donc à suivre !

Colette DRABO

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