7ème MANDAT DE BIYA

 7ème MANDAT DE BIYA

Que va faire Papy de ce nouveau mandat ?

Après le scrutin du 7 octobre dernier qui a vu le président Paul Biya briguer un 7ème mandat devant 7 autres candidats, les Camerounais sont désormais dans l’attente des résultats. En attendant leur proclamation par la Cour constitutionnelle qui, au terme de la loi, a quinze jours pour le faire, les supputations vont bon train.

Mais d’ores et déjà, l’on peut dire que Paul Biya à réussi à relever le défi de la paix. Surtout en zone francophone où l’on pouvait craindre des perturbations liées à des incursions des islamistes de Boko Haram ou même à une extension des mouvements des séparatistes. De leur côté, les « Ambazoniens » ont eux-aussi réussi à relever leur défi : celui de la perturbation du scrutin, qui s’est malheureusement soldée par des pertes en vies humaines.

Ce vote est venu consacrer le clivage de ce pays bilingue

En effet, certaines sources annoncent une dizaine de morts en ce dimanche électoral dans les zones anglophones où les séparatistes ont réussi à dissuader plus d’un d’aller accomplir son devoir citoyen, en raison de la situation sécuritaire tendue. Conséquence : une faible affluence constatée dans des bureaux de vote qui ont pu ouvrir, toute chose qui risque fort d’impacter négativement le taux de participation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce vote est venu consacrer le clivage de ce pays bilingue qui connaît visiblement des difficultés de cohabitation, eu égard au sentiment de délaissement de populations anglophones ostracisées, qui s’emploient depuis quelque temps à l’obtention de leur autonomie. Ce que n’entend pas leur concéder Yaoundé qui a décidé d’employer la manière forte pour briser les velléités des séparatistes. C’est dans un tel contexte que s’est tenue la présidentielle du 7 octobre dernier et sauf tremblement terre ou retournement spectaculaire de situation, l’on ne voit pas comment Paul Biya pourrait échouer à se succéder à lui-même. C’est donc dire que la probabilité est forte que dans quelques jours, l’octogénaire président camerounais entame un nouveau mandat ; un septennat qui devrait le voir bénéficier du rarissime privilège pour un chef d’Etat, de fêter ses 92 ans d’âge au pouvoir. A moins que Dame nature n’en décide autrement.

Cela dit, la question que l’on pourrait se poser est celle de savoir ce que Papy Biya ferait d’un tel mandat. Va-t-il innover en sortant des sentiers battus ou va-t-on assister à la même façon de gouverner ? Quoi qu’il en soit, le président camerounais aurait tort de négliger la question anglophone qui apparaît aujourd’hui comme une équation  qui mériterait d’être traitée avec tact au risque de péter à la figure des autorités de Yaoundé. Papy réussira-t-il à désamorcer la bombe Ambazonie ? En tout cas, celle-ci se présente d’ores et déjà comme l’un des défis majeurs pour le nouveau président. Et si, comme tout porte à le croire, c’est Paul Biya qui doit y faire face, c’est peu de dire qu’il aura du pain sur la planche. Car, si la crise devait continuer à empirer, le pays pourrait se retrouver rapidement dans une situation autrement plus difficile. D’autant que jusque-là, la force brute n’a visiblement pas réussi à briser l’élan des séparatistes qui semblent bien décidés à faire bouger les lignes. C’est pourquoi l’on attend de voir si Paul Biya, une fois officiellement installé dans ses fonctions de nouvel-ancien président, se résoudra enfin à prendre à bras-le-corps les problèmes de ses compatriotes ou s’il continuera à mener la vie de villégiature qu’on lui connaît et à diriger le Cameroun avec la désinvolture qui est en passe d’être la principale caractéristique de sa gouvernance.

Il est temps, pour Paul Biya, de se remettre en cause

Malheureusement, tout porte à croire qu’il sera difficile, pour Paul Biya, de changer son fusil d’épaule et les Camerounais risquent de supporter encore le papy pendant sept autres longues années. Car, ce qu’il n’a pas fait en 36 ans, on ne voit pas comment il pourrait le réussir en un mandat. Et s’il n’y prend garde, il risque de laisser à la postérité, un pays déchiré et un peuple divisé, si l’équation des zones anglophones n’est pas bien gérée. En tout cas,  l’on ne serait pas étonné que les « Ambazoniens » qui ne comptent visiblement pas s’arrêter en si bon chemin, choisissent de lui pourrir son mandat s’ils n’obtenaient pas gain de cause. C’est pourquoi il y a lieu de croire que Paul Biya VII gagnerait à prêter une oreille attentive à leurs revendications et à trouver la bonne formule qui répondrait le mieux à la situation tout en préservant l’unité du pays. Si cela doit passer par le renforcement de leur autonomie dans la gouvernance de cette zone anglophone, ce serait peut-être le moindre mal pour le Cameroun, pour apaiser la tension et faire l’économie de pertes en innocentes  vies humaines.

En tout état de cause, en presque soixante d’ans d’indépendance, le Cameroun n’a jusque-là connu que deux présidents. Le premier, Amadou Ahidio, après plus de deux décennies de règne, a eu l’élégance de se retirer en passant la main à son dauphin, Paul Biya. A ce jour, on ne connaît pas à ce dernier de dauphin. C’est dire si l’homme est animé d’une volonté de règne à vie, au grand dam d’une jeunesse camerounaise désabusée, qui semble fonder aujourd’hui tous ses espoirs dans l’alternance. Et rien ne dit que la poussée de fièvre des anglophones, ne participe pas de cette même logique. Il est donc temps, pour Paul Biya, de se remettre en cause.

 

« Le Pays » 

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