9 ANS APRES LES MASSACRES DU 28 SEPTEMBRE EN GUINEE

9 ANS APRES LES MASSACRES DU 28 SEPTEMBRE EN GUINEE

 Les bourreaux sont toujours tranquilles

C’est aujourd’hui, 28 septembre 2018, que les Guinéens commémorent le 9e anniversaire du massacre du stade de Conakry. En effet, c’est le 28 septembre 2009 que des militaires, sous le régime du sulfureux capitaine Moussa Dadis Camara, ont aveuglément réprimé des manifestants réunis au stade de Conakry. Bilan : 159 morts et une centaine de femmes violées. Et 9 ans après les faits, les bourreaux sont toujours tranquilles. L’on ne comprend pas pourquoi le jugement traîne, alors que l’instruction est clôturée depuis fin 2017. Par ailleurs, avec l’arrestation de Toumba Diakité en décembre 2016, considéré comme la pièce maîtresse, l’on pensait que la Justice guinéenne avait une opportunité unique de faire toute la lumière sur l’affaire des massacres du 28 septembre. Il est temps de vider ce contentieux et rendre justice, pour que les parents des victimes puissent enfin faire le deuil de leurs disparus. Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette Justice censée situer les responsabilités et punir les auteurs et commanditaires à la hauteur de leur implication, se hâte lentement. Et pourtant, les tenants du pouvoir actuel font partie de ceux-là qui étaient parmi les victimes de cette répression barbare qui a laissé tant de morts sur le carreau. Sans oublier les souffrances morales et physiques dont des viols de femmes, subies par d’innocentes personnes dont  le seul péché avait été de se retrouver dans cette enceinte ce jour-là. A quand la justice pour les victimes ? Qui a peur de la manifestation de la vérité sur ces massacres ? Veut-on passer par pertes et profits tous ces cadavres et ces nombreux blessés ? Bref, il pourrait y avoir un peu de tout cela, si fait que l’on peut dire que la Guinée est face à des cadavres exquis.

Tant que la lumière ne jaillira pas, le 28 septembre demeurera le symbole de l’horreur

Mais tout cela relève de la responsabilité du premier magistrat du pays, le Pr Alpha Condé. Car, si le dossier des massacres du 28 septembre 2009 reste une grosse épine dans le pied du peuple guinéen, c’est parce que les principaux acteurs dont le rôle s’avère déterminant dans l’avancée du processus, n’ont pas rempli convenablement leur part de responsabilité. Sous cet angle, le président de la République doit être le premier à être interpellé, sinon accablé. Par des calculs purement politiciens, Alpha Condé qui a d’ailleurs été élu, « grâce », en partie, aux cadavres et aux victimes du 28 septembre, semble reléguer la question de la justice au second plan. Ou du moins, sa priorité ne semble pas de solder ce passif dramatique et de conduire les Guinéens à une catharsis en vue d’une réconciliation nationale. Pour des questions d’intérêts personnels, le président avait plutôt opté pour la collaboration avec les bourreaux des victimes. Le président Alpha Condé semble actuellement beaucoup plus préoccupé par son troisième mandat que de travailler à faire la lumière sur ces massacres du 28 septembre 2009. Ce qui est certain, tant que la lumière ne jaillira pas sur cette tragédie de l’histoire, le 28 septembre demeurera le symbole de l’horreur, de la barbarie et de l’impunité, jetant dans la poubelle de l’histoire les «hauts faits d’arme» du père de l’indépendance.

Drissa TRAORE

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