ACTIVITES ECONOMIQUES DANS LA VILLE DE SIBY : Ça tourne au ralenti !

ACTIVITES ECONOMIQUES DANS LA VILLE DE SIBY :  Ça tourne au ralenti !

La gare ferroviaire de Siby dans la province des Balé, était jadis considérée comme le poumon économique de cette localité. Elle était le lieu de convergence de toutes les activités économiques. Des activités économiques y étaient menées depuis les années 1940. Et des activités phares des populations de la localité, celle qui engendrait des revenus indéniables était, sans doute, la commercialisation de la volaille (poulets, dindons…) des moutons et des chèvres.  Les bouchers en revendaient la viande à la gare. Mais, plus rien ne va, selon les acteurs économiques de cette localité depuis la privatisation de la gare ferroviaire intervenue depuis 2003. Une situation qui a entraîné une réduction drastique du nombre de trains. Conséquence, l’économie locale est mise à genoux depuis ce changement.

La gare ferroviaire de Siby, de nos jours, est dans un état sinistre. Elle a perdu son lustre d’antan et toute l’ambiance qui régnait avant sa privatisation en 2003. En effet, si avant cette privatisation, la ville de Siby était considérée comme le poumon économique de la province des Balé grâce à la gare ferroviaire, de nos jours elle est à la traîne. Comment cette situation est-elle arrivée ? L’on constate une réduction drastique du nombre de trains qui assuraient le trafic sur le chemin de fer. De 5 ou 6 trains par jour (au nombre desquels les trains autorail, les trains express, les trains rapides comme la Gazelle, l’Antilope…), l’on est passé à un train chaque deux jours, de nos jours.  Or, tous ces trains transportaient de nombreux passagers qui se ravitaillaient à la gare de Siby en poulets, en carcasses de mouton … Entretenant ainsi, de façon intense, plusieurs activités autour de la gare, qui engendraient des revenus substantiels pour les acteurs économiques et constituaient un apport indéniable à l’économie de la localité. Certains de ces acteurs économiques, voyant que la gare n’est plus une zone d’attraction pour eux, sont obligés de se diriger vers d’autres gares.  A l’instar de Weminin Tien, elles sont nombreuses ces commerçantes qui déplorent cette privatisation qui a un impact négatif sur leurs activités de vente de « poulets rôtis » à la gare ferroviaire de Siby. « Je vends à la gare depuis l’âge de 15 ans. Actuellement, j’ai 50 ans. Avant, on se faisait des bénéfices. Pour faute de gestion due à mon jeune âge, je n’ai pas pu réaliser grand- chose. Sinon notre activité rapportait beaucoup, avant la privatisation. Présentement, rien ne marche car il n’y a qu’un seul train sur la ligne. Cela ne nous arrange pas. Si le nombre de trains venait à augmenter, cela pourrait booster le marché», a-t-elle estimé. Selon la vendeuse de poulets rôtis, c’est cette situation qui l’oblige à aller vendre à la gare routière de Boromo (à 12 Km de Siby) pour mieux rentabiliser son activité. « Là-bas, on ne se plaint pas», a-t-elle dit. Weminin Tien a lancé un cri du cœur à l’endroit du gouvernement pour qu’il prenne à bras-le-corps cette situation afin que les acteurs économiques de Siby puissent relancer leurs activités. L’activité de vente de « poulets rôtis » autour de la gare ferroviaire nourrissait son homme, selon Djomon Sougué, une autre vendeuse. « J’arrivais à couvrir mes petits besoins et même à venir en aide souvent à mon époux pour assurer un certain nombre de besoins», a-t-elle affirmé. Pour elle, le manque de trains sur la ligne dû à la privatisation, a beaucoup ralenti leurs activités. C’est pourquoi les vendeuses ont mis le cap sur Boromo. « Nous demandons aux autorités de trouver des débouchés pour accroître le nombre de trains. S’ils venaient à être au moins deux, cela allait beaucoup nous soulager », a-t-elle souhaité. «La gare ferroviaire de Siby rapporte peu de nos jours. De nos jours, rien ne marche par rapport à l’ancien temps. A titre d’exemple, avant, il y avait 3 trains dont 1 partait en Côte d’Ivoire et revenait tous les deux jours. Il y avait également ceux de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso qui venaient se croiser respectivement à 9h, 15h et 21h à Siby. Actuellement, il n’y a plus ça ; il y a deux trains seulement qui passent 5 fois dans la semaine et le mercredi, ils ne s’arrêtent pas », a expliqué Souleymane Sissao, un habitant de Siby.

« De nos jours, l’activité de nettoyage autour des rails est d’un apport pour les jeunes»

« J’étais encore jeune à l’époque, mais je savais que les activités autour de la gare donnaient beaucoup d’avantages », témoigne Pangantché Robert Lougué,  un habitant de Kalembouly dans la commune de Siby. « Après le train à vapeur, ce sont les trains modernes qui ont été mis en circulation. C’est à ce moment que les gens partaient vendre la volaille, les œufs, les chèvres, les moutons et même les bœufs à la gare ferroviaire de Siby. C’était autour des années 1963-1964 », a-t-il indiqué avant d’ajouter : « Siby était le poumon de la viande parce que tous ceux qui quittaient Ouagadougou, se disaient qu’à Siby ils vont trouver de la bonne viande ». Mais bien avant cette époque, les travaux de construction des rails ont rapporté beaucoup aux jeunes de la localité. « Il y avait beaucoup de jeunes du village qui y travaillaient et étaient payés entre 100 F CFA et 150 F CFA/mois. Les travaux consistaient à construire les ponts, classer les rails sur les cailloux. De nos jours, cette activité continue sous une autre forme et est d’un apport pour les jeunes en particulier. Il s’agit de l’activité de nettoyage autour du chemin de fer », dixit Robert Lougué. Une quarantaine de jeunes de son village y participent, pendant 3 mois, et la rémunération est de 15 000 F CFA/ km. Selon notre interlocuteur, la privatisation est une grande perte pour la commune de Siby. Il souhaite cependant le renouvellement du chemin de fer. Si cela est fait, dit-il, beaucoup d’activités peuvent reprendre autour de la gare et Siby retrouvera sa splendeur d’antan.
«On regrette énormément cette privatisation qui a été diligentée par nos Etats parce qu’elle n’a pas tenu compte de la survie de l’économie locale des gares qui jalonnent tout le long de ce chemin de fer », s’est indigné le maire de la commune rurale de Siby, Issoufou Ganou. Pour lui, la privatisation du chemin de fer est le facteur principal ayant impacté l’économie de la localité. Le maire relève cependant que la gare étant une entreprise économique et le chemin de fer un investissement économique, logiquement, cela devrait permettre de rapporter suffisamment, non seulement à l’Etat central, mais aussi aux communes qui sont traversées et qui abritent ces différentes gares. « Mais je peux vous rassurer, à ma connaissance, je n’ai vu aucune contribution financière de cette entreprise-là au développement local», a-t-il indiqué. Dans certaines localités à l’époque, des dispensaires et des écoles ont été financés par la structure gérant les chemins de fer et cela contribuait au développement local. A Siby, selon le maire, « il existait une police de la RAN qui contribuait à sécuriser déjà la ville. C’était une contribution énorme en matière de développement, mais cette police a été plus ou moins supprimée. Ici, je ne peux citer aucune infrastructure réalisée par l’administration du chemin de fer dans la commune».

« Aucune contribution financière de l’entreprise au développement local »

Pour le maire Issoufou Ganou, l’entreprise devrait au moins penser à apporter un appui aux habitants en leur construisant des salles de classe, par exemple. C’est une question de responsabilité sociale. Aux nuisances sonores des trains s’ajoutent les risques d’accident ; l’entreprise occupe les terres sans rien payer à la collectivité. Le chemin de fer est exploité par une multinationale qui ne paye rien aux communes traversées. « Ils n’ont pas payé la terre ; la terre appartient aux propriétaires terriens, il n’y a pas eu de purge de droit, aucun propriétaire terrien n’a été dédommagé pour quoi que ce soit ! » a pesté le maire.  C’est l’entreprise SOPAFERB qui s’occupe des infrastructures, et le chemin de fer, à travers la SITARAIL, est géré par le groupe Bolloré. « La SOPAFERB est venue dans le but de pouvoir délimiter son domaine où sont implantées les différentes infrastructures. Nous, nous leur avons dit que c’est bien, mais ces terres-là ne sont pas suspendues en l’air. Ce sont les terres des populations », a souligné le maire. Ce dernier dit être surpris de constater que l’entreprise n’avait pas de droit. « Ils n’ont aucun droit sur ces terres-là en réalité », a -t-il martelé. Pour lui, ce sont des gens qui ont cédé leurs champs pour pouvoir faire ces infrastructures mais ils n’ont jamais été dédommagés pour quoi que ce soit. « Parce que les populations qui voient les trains passer, estiment que cette entreprise-là devrait penser à contribuer au développement. Si cette entreprise n’a pas ce souci, c’est qu’elle est une entreprise prédatrice. Je ne pense pas que nos autorités doivent continuer à cautionner de telles choses », rouspète encore le maire Ganou. En attendant que le cri du cœur des acteurs économiques et des populations de la localité soit entendu, la commune de Siby respire difficilement, économiquement parlant.

Arnaud LOUGUE

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