AFFAIRE DABO BOUKARY : La supposée tombe identifiée à Pô

AFFAIRE  DABO BOUKARY : La supposée tombe identifiée à Pô

Est-ce un nouveau rebondissement dans l’affaire Dabo Boukary, du nom de cet étudiant en 7e année de Médecine qui, depuis mai 1990, a disparu dans des circonstances qui attendent d’être élucidées ? L’on pourrait répondre par l’affirmative, au regard des révélations faites par un des avocats en charge du dossier, Me Bénéwendé Sankara, dans la soirée d’hier 21 février. En effet, après s’être rendu sur les lieux, Me Sankara a annoncé  l’existence d’une tombe où reposerait  Dabo Boukary, à  Pô. A ce jour, deux personnes dont le colonel-major Mamadou Bamba, et le Général Gilbert Diendéré, sont inculpées dans le cadre de ce dossier. Nous  avons recueilli son témoignage à chaud, puisqu’il venait tout juste de rentrer de la visite des lieux et voilà ce qui en est ressorti. 

 

Mai 1990, nous sommes aujourd’hui en 2017 ; cela fait pratiquement 27 ans qu’on a plus de nouvelles de Dabo Boukary. Dans quelles conditions la supposée tombe vous a-t-elle été indiquée et où l’avez-vous vue?

 

27 ans,  ce n’est pas petit, mais le travail de la Justice prend souvent autant de temps. Mais je dois d’abord rappeler que la justice burkinabè a été saisie depuis 2 000. C’est à cette date que nous avons porté plainte au nom de la famille  Dabo Boukary. Depuis cette date, le dossier, en réalité, n’a jamais véritablement évolué en tant que tel,  malgré la pression exercée par les activistes, les mouvements des droits de l’Homme, notamment le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), l’Association nationale des étudiants du Burkina (ANEB) et l’Union générale des étudiants du Burkina (UGEB), des structures auxquelles appartenait  l’étudiant Dabo Boukary. Aujourd’hui, à la faveur de l’insurrection populaire et surtout du départ du régime de Blaise Compaoré  et du démantèlement de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la justice a positivement évolué dans les auditions et surtout dans la façon de collecter les informations, de réunir les preuves. Si fait qu’on a, de nos jours,  au moins deux inculpés  dans l’affaire Dabo Boukary. Il s’agit du colonel-major  Mamadou Bamba que tout le monde connaît très bien à cause de son implication dans le coup d’Etat du Général Gilbert Diendéré,   et de ce dernier lui-même qui commandait le Centre national d’entraînement (CNEC) de Pô en son temps, qui est devenu plus tard le RSP.

Au regard donc des témoignages concordants, d’un certain nombre d’informations que le juge d’instruction a réunies, il nous a invités, en tant qu’avocats,  Me Prospère Farama et moi-même, en plus des membres de la famille,  à  nous déplacer sur les lieux à Pô  et c’est là,  quelque part,   que la supposée tombe de Dabo Boukary se trouve.  Il nous a expliqué comment  le corps ou les restes se sont retrouvés à cet endroit. Nous avons pris acte, aujourd’hui même,  de là où repose ou reposerait désormais l’étudiant Dabo Boukary qui a été assassiné.

 

Dans quelle partie de Pô se trouve cette supposée tombe ? Est-ce au camp ?

 

Non, ce n’est pas dans l’enceinte du camp. C’est quelque part non loin de la route menant vers le Ghana, j’allais dire à quelques kilomètres de la frontière.

 

Dans quelles conditions se trouve cette tombe aujourd’hui ?

 

C’est une tombe,  vous imaginez,  qui a résisté à 27 ans d’intempéries. Ce qui est sûr, ce sont des traces qui ne peuvent pas disparaître. Il y a beaucoup d’indices  et on peut à tout moment la retrouver,  même dans  la nuit.

 

Croyez-vous en la bonne foi de ceux qui vous ont indiqué la tombe ?

 

Comme je le dis, un juge d’instruction n’est pas n’importe qui. C’est une autorité judiciaire qui travaille à charge et à décharge, qui travaille sur des éléments concordants. S’il a mis autant de temps pour enfin dire que c’est la tombe supposée, c’est que c’est au regard des éléments dont il dispose.

 

Quel sera donc l’apport de l’identification de cette supposée tombe pour la suite du dossier ?

 

Je vous parlais tout à l’heure d’inculpations. Quand il y a des inculpations, cela veut dire qu’il y a des charges, donc des preuves. Cela conduit le juge à pouvoir clôturer son dossier. Il rendra certainement une ordonnance de clôture. Quand il va estimer avoir réuni tous les éléments, il va renvoyer le dossier à une juridiction de jugement.

 

Allez-vous procéder à une exhumation pour une éventuelle expertise  comme cela a été  le cas pour Thomas Sankara ?

 

Nous avons pris acte, on avisera.

 

Où se trouve actuellement le dossier Dabo Boukary ?

 

Il se trouve entre les mains  du doyen des juges  d’instruction près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Le dossier a fait l’objet d’une plainte en 2 000 . Cela fait 17 ans qu’il se trouve dans les arcanes judiciaires et c’est le doyen des juges d’instruction qui instruit ce dossier.

 

Avez-vous confiance qu’il y aura un dénouement heureux dans cette affaire ?

 

Tout à fait. Vous savez, si on n’a pas confiance, on n’a pas de raison de lutter. Cela fait 17 ans, mais nous n’avons pas encore désarmé. Je crois que le jour viendra.

 

Propos recueillis par Colette DRABO

 

 

 

 

 

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