AFFAIRE GHISLAINE DUPONT ET CLAUDE VERLON : Le nouveau juge d’instruction pourra-t-il faire bouger les lignes ?  

AFFAIRE GHISLAINE DUPONT ET CLAUDE VERLON :  Le nouveau juge d’instruction pourra-t-il faire bouger les lignes ?   

 

Trois ans et demi après l’enlèvement suivi de l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon dans le septentrion malien, le mystère reste toujours entier sur les mobiles et les circonstances pour le moins malheureuses de ce drame. Et l’on comprend l’impatience des familles des victimes qui attendent de connaître la vérité pour pouvoir faire le deuil de leurs parents. Mais du côté de la justice sur laquelle sont braqués les yeux et les espoirs fondés, les choses semblent aller à pas de caméléon. Aussi bien au Mali où les faits se sont passés que dans l’Hexagone où une enquête a été ouverte depuis 2013 pour faire la lumière sur l’assassinat de ces deux ressortissants français. En 2015, un nouveau juge d’instruction en la personne de Jean-Marc Herbaut a été nommé en France, en succession au juge Trévidic, pour prendre le dossier en main. La question que l’on se pose est de savoir si le nouveau juge d’instruction pourra faire bouger les lignes dans cette ténébreuse affaire dont tout porte à croire qu’elle pourrait avoir des répercussions jusqu’au sommet de l’Etat français.

L’affaire semble des plus gênantes au sommet de l’Etat français

Et pour cause. En début de cette année 2017, un reportage d’une chaîne française est venu jeter le trouble dans les esprits, en ce qu’il semble accréditer l’hypothèse de l’éventualité d’un lien direct entre l’enlèvement des journalistes français qui a ensuite tourné au drame au Nord-Mali, et la libération des otages d’Arlit au Niger. Des négociations où il aurait été question de versement de rançon dans des conditions aussi sombres qu’il y a d’intermédiaires aux rôles troubles. Tant et si fait que l’édifiant reportage laisse quelque part le sentiment  d’une certaine maladresse qui aurait eu pour conséquence la mort des pauvres journalistes. A quel niveau ? Mystère et boule de gomme. Toutefois, à regarder le peu d’empressement des autorités à s’épandre outre mesure sur ces dossiers, l’on se surprend à imaginer tout l’embarras qu’il doit y avoir au sommet de l’Etat à propos de ces affaires qui peuvent facilement devenir des dossiers brûlants, face à une opinion publique à la critique plutôt  sévère. Et quand on sait que les autorités françaises étaient, comme d’habitude, discrètement à la manœuvre pour obtenir la libération des otages, l’on se demande s’il n’y a pas eu quelque part faillite, dans le traitement des deux affaires. Quoi qu’il en soit, à la lumière du reportage,  la simultanéité des deux faits et l’enchaînement des événements qui ont conduit à la mort de nos confrères de RFI, paraissent des plus troublants. Ceci expliquerait-il alors cela ? En tout cas, l’on constate avec surprise que suite à la diffusion de l’élément, les parties civiles qui avaient souhaité l’audition de plusieurs acteurs révélés dans le reportage, n’ont jusque-là pas obtenu gain de cause.  L’affaire semble donc des plus gênantes au sommet de l’Etat français. C’est pourquoi  l’on attend de voir si l’action du juge Herbaut permettra de lever la chape de plomb qui pèse sur ce dossier et de faire la lumière pour situer les responsabilités. Car, la véritable question qui taraude bien des esprits, est de savoir si l’Etat français a une part de responsabilité dans la mort des journalistes en raison de négociations qui auraient mal tourné, ou si cette mort pouvait être évitée si tout le monde avait convenablement joué son rôle.

Cela commence à faire long

En attendant d’en savoir davantage sur la question, un an et demi après avoir pris les choses en main, Jean-Marc Herbaut a reçu, le 15 juin dernier, l’ensemble des parties civiles pour les situer sur les progrès de l’enquête. Et cela peut constituer déjà en soi une certaine avancée, quand on sait que cela n’avait pas été le cas avec son prédécesseur. L’on attend maintenant de voir si le nouveau juge d’instruction fera le déplacement du Mali pour toucher du doigt la réalité du terrain, afin de se faire sa propre conviction dans ce dossier qui comporte trop de zones d’ombres. Car,  trois ans et demi, cela commence à faire long. Surtout pour les parents des victimes qui ne savent plus à quoi s’en tenir ni à quelle opinion se vouer. Et si François Hollande, chef de l’Etat au moment des faits et qui s’était engagé à s’investir entièrement pour faire jaillir la lumière, a dû passer la main sans avoir vu aboutir le dossier, l’on peut se demander si sous son successeur,  Emmanuel Macron à qui il avait promis de transmettre ses engagements, le dossier connaîtra un meilleur sort. On attend de voir. Mais d’ores et déjà, l’on peut se convaincre que si la responsabilité de l’Etat est engagée avec des manquements imputables à certains hauts responsables de l’Etat qui ont pu coûter la vie aux deux journalistes, il sera difficile de faire tout de suite toute la lumière sur les tenants et les aboutissants de l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, qui, pour d’aucuns, a déjà toutes les allures d’une affaire d’Etat. Dans ces conditions, l’on peut être fondé à croire que ce n’est pas demain la veille que l’on verra  l’épais brouillard qui enveloppe cette affaire se dissiper. D’autant plus que la déclassification des documents demandés, qui n’a du reste été que partielle, n’a pas permis au dossier de connaître une véritable avancée.

En tout état de cause, il faut garder espoir même si à l’allure où vont les choses, l’on peut être gagné par le pessimisme. Car, tôt ou tard, la lumière sera faite sur cette affaire. Mais  dans le cas d’espèce, l’on est fondé à croire que cette lumière, si lumière il y a, se fera plus sur le tard que dans un proche avenir. Comme c’est toujours le cas dans les affaires d’Etat.

 

 « Le Pays »

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