ALEXANDRE SANKARA, A PROPOS DE LA CRISE A L’UNIR/PS : « Croyez-moi, certains « déballeurs » rentreront dans leurs petits souliers de petits politiciens»

ALEXANDRE SANKARA, A PROPOS DE LA CRISE A L’UNIR/PS   :  « Croyez-moi, certains « déballeurs » rentreront dans leurs petits souliers de petits politiciens»

Cela fait longtemps que L’honorable député Alexandre Sankara ne s’est pas confié à la presse. Autrefois très médiatisé, le « sankariste » semble avoir décidé de travailler dans l’ombre. Malgré tout, il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Evidemment, nous l’attendions sur son contentieux avec l’UNIR/PS dont on dit qu’il a démissionné. Disons-le, beaucoup de choses ont été dites à propos de l’homme sur son statut de militant au sein du parti de Me Bénéwendé Sankara. Il nous a confié : « Ce n’est pas le moment de parler de ce sujet ». Les autres sujets, eux, peuvent être abordés. Lisez plutôt !

 

« Le Pays » : Autrefois loquace et médiatisé, le député Alexandre Sankara a disparu des écrans radars. Pourquoi ?

 

Alexandre Sankara : Rires. Je n’ai pas disparu des écrans radars. La preuve, voilà que vous m’avez trouvé. C’est vrai, depuis un moment, j’ai choisi de travailler dans l’ombre. Parfois, c’est, à mon avis, plus efficace et plus productif. Mais rassurez-vous, je reste, comme vous le savez, toujours disponible pour mes amis de la presse.

 

En tant que député, vous vous êtes engagé sur le plan international. Quel sens donnez-vous à cet engagement ?

 

Je suis député du parlement de la CEDEAO. Je suis également coordonnateur du Réseau des parlementaires pour l’évaluation des politiques publiques au Burkina Faso et membre du Réseau des parlementaires africains pour l’évaluation du développement. Tout cela m’amène à beaucoup voyager. Le sens que je donne à cet engagement à l’international, est le même que je donne à mon engagement à l’intérieur : celui de servir mon pays et l’Afrique. Je fais partie de cette nouvelle génération de jeunes Africains qui veulent reprendre et parachever les rêves des N’Krumah, Cabral, Lumumba, Sankara. Pour cela, nous avons besoin de nous connaître et de nous organiser. Lors de mes tournées, je prends langue avec les camarades des autres pays pour cela. Nous discutons beaucoup sur l’avenir de l’Afrique. Nous partageons aussi nos expériences et nos espérances. Croyez-moi, il est en train de se former sur notre continent, une nouvelle conscience panafricaine et c’est avec fierté que je représente mon pays et sa jeunesse lors de ces différents fora.

 

Vos détracteurs estiment que c’est un engagement lucratif. Qu’en dites-vous ?

 

Que mes détracteurs se rassurent. Mon engagement à l’international ne coûte presque rien à notre Assemblée nationale et me rapporte  beaucoup plus que de l’argent. Je me bats pour aller là où le devoir m’appelle, avec le plus souvent l’appui de partenaires que moi-même j’ai cherchés. Mais parfois aussi avec mes propres moyens. Vous savez, il y en a qui viennent en politique pour l’argent et les avantages. Moi, je suis venu en politique sous l’influence de quatre personnes qui comptent énormément dans ma vie :Feu mon père, qui a été de toute sa vie un modèle d’engagement, d’intégrité, de courage et de don de soi. Pour la défense de ces valeurs, il a fait la prison sous le président Maurice Yaméogo. J’ai grandi sous l’ombre de ce grand monsieur qui a semé les graines fécondes de l’engagement en moi.Feu le président Thomas Sankara. Cet homme exceptionnel a éveillé l’engagement qui sommeillait en moi. Il a, au détour d’une seule phrase qui a valeur de projet de société, résumé toute la trame existentielle de son pays et de celle de l’Afrique : « Osons inventer notre avenir ». Feu Norbert Zongo. Ce patriote inégalable, a nourri mon engagement avec successivement les journaux Le Soir et  l’Indépendant que nous nous alignions à l’époque pour nous en procurer.Enfin, feu le Pr Joseph Ki-Zerbo, que j’ai appris à connaître bien plus tard, notamment au sein du G14 et du Collectif de lutte contre l’impunité. Pour moi, il y avait du Ki-Zerbo chez Sankara. Ce vénérable vieillard a, lui aussi, au détour d’un bout de phrase, indiqué à la nouvelle génération que nous sommes, notre devoir : « Chaque génération a des pyramides à construire », disait-il. Quand votre engagement tire ses fondements de ces hommes d’exception, l’argent n’occupe pas de place centrale dans votre vie.

 

Revenons maintenant à la crise qui vous oppose à votre parti, l’UNIR/PS. Qu’avez-vous à dire par rapport à tout ce qui a été dit sur vous ?

 

 J’ai choisi le silence face à tout ce qui a été dit sur moi et je souhaite, si vous en convenez, garder ce silence jusqu’à nouvel ordre.

 

Vous refusez donc de faire le «  grand déballage » comme l’ont fait vos camarades de l’UNIR/PS ?

 

Ces soi-disant déballages honorent-ils leurs auteurs ? Rassurez-vous, en temps opportun, je parlerai, non pas pour faire des « déballages » mais pour dire toute la vérité et croyez-moi, certains « déballeurs » rentreront dans leurs petits souliers de petits politiciens.

 

Quels rapports entretenez-vous avec les responsables du parti les Progressistes unis pour le renouveau (PUR) dont on dit que vous êtes le vrai géniteur ?

 

Les responsables du parti les Progressistes unis pour le renouveau (PUR) sont tous des anciens camarades de l’UNIR/PS avec qui j’entretiens d’excellents rapports non seulement de camaraderie, mais aussi de fraternité. Je n’ai aucun problème personnel avec eux et nos rapports n’ont pas changé. (ndlr : l’homme n’a pas voulu en dire plus)

 

Plusieurs partis politiques ont connu des crises tout récemment. Entre autres, on peut citer l’UPC, l’UNIR/PS, le PAREN. Comment peut-on expliquer ces crises ?

 

Plusieurs raisons, à mon avis, peuvent expliquer ces crises. Mais moi, j’en retiens deux principalement. Premièrement, il y a le problème de la gouvernance au sein des partis. C’est véritablement le talon d’Achille de tous les partis politiques. Nos partis sont mal gérés. La gouvernance des ressources financières et humaines laisse à désirer.  A l’époque, nos partis ne comptaient pas beaucoup d’intellectuels. Aujourd’hui, de jeunes cadres très talentueux militent dans nos partis politiques. Ces derniers n’acceptent plus une gouvernance qui occulte les compétences au profit du griotisme et du béni-oui - oui. Deuxièmement, vous remarquerez qu’il y a aujourd’hui une crise de confiance entre les Burkinabè et leur classe politique, une crise de confiance  due simplement au fait  que la plupart de ceux qui nous dirigent aujourd’hui, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, sont là depuis plus de trente ans, avec les mêmes discours et les mêmes comportements qui ont fini par détourner les Burkinabè de la politique. Il y a donc ce désir d’alternance et de renouvèlement générationnel de plus en plus réclamé par les jeunes au sein des partis politiques où « les articles 37 version Blaise Compaoré » sont monnaie courante.

Vous êtes de la majorité au pouvoir. Quel regard portez-vous sur la gouvernance Roch ?

 

En tant que membre de la majorité, j’ai un devoir de soutien et de solidarité envers ma majorité, mais j’ai également un devoir de vérité. Partant de cela, je dois reconnaître que des efforts importants ont été faits dans certains domaines comme celui des infrastructures et des  libertés d’opinion. Mais globalement, les Burkinabè restent partagés entre déception, désillusion et scepticisme. Et en toute vérité, ils ont raison. Si on ne prend pas la mesure exacte de ce pour quoi le peuple s’est insurgé, c’est-à-dire les véritables attentes des populations, notamment en matière de justice sociale, de bonne gouvernance, d’égalité de chances pour tous, d’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre, on continuera dans la descente aux enfers. Voyez vous-même, les travers se multiplient chaque jour.

 

En quoi le décès de Salifou Diallo a-t-il eu un impact sur le monde politique, une année après ?

 

Arrêtons maintenant d’exagérer sur cet homme qui, je le reconnais, a marqué l’histoire politique de notre pays, ces dernières années.  Mais avec ou sans lui, le monde politique allait et va connaître une recomposition pour les raisons que j’ai invoquées plus haut.

 

L’Assemblée nationale a toujours été perçue comme une caisse de résonnance. La situation a-t-elle changé avec la présente législature ?

 

Ne soyons pas naïfs,  les Assemblées nationales, de par le monde, ont toujours résonné  pour l’une ou l’autre des parties en présence. Soit elle résonne pour l’Exécutif s’il est majoritaire, ou elle résonne pour l’opposition si c’est elle qui la contrôle. Maintenant, la qualité et la tonalité qui en ressortent, dépendent de deux éléments essentiels : la personnalité de celui qui dirige l’Assemblée Nationale et la qualité des membres qui la composent. Notre législature a eu la chance d’avoir ces deux éléments.

 

Interview réalisée par Michel NANA

 

 

 

 

 

 

 

 

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