ALEXANDRE SANKARA, DEPUTE UNIR/PS A PROPOS DE LA DECISION DE SON PARTI DE REJOINDRE LA MAJORITE : « Rassurez-vous, je n’ai pas changé »

ALEXANDRE SANKARA, DEPUTE UNIR/PS A PROPOS DE LA  DECISION DE SON PARTI DE REJOINDRE LA MAJORITE : « Rassurez-vous, je n’ai pas changé »

Considéré comme jeune turc à l’Union pour la renaissance, parti sankariste (UNIR/PS) à cause de son franc-parler, Alexandre Sankara est aujourd’hui un des cadres de son parti. Depuis ses premiers pas à l’Assemblée nationale, à l’issue des législatives de 2012, il se fait régulièrement remarquer par son sens de la critique. Du Conseil national de la transition (CNT) à la législature actuelle, il dit avoir toujours les coudées franches, malgré l’appartenance de son parti à la majorité présidentielle. Dans le cadre de Mardi Politique, il se prononce sur des sujets d’intérêt national, avec le ton qui est le sien.

 

D’aucuns disent que vous avez trahi les idéaux de votre parti en rejoignant la majorité présidentielle. Que leur répondez-vous ?

 

Alexandre Sankara : Je crois que nous nous sommes suffisamment expliqués sur le sujet et il est temps de clore ce débat. Mon parti a donné à l’époque les raisons qui ont motivé notre choix d’aller à la majorité. Moi-même personnellement, je suis revenu à plusieurs reprises, dans divers médias, sur le sujet. Soit les gens n’ont pas compris ou n’ont pas accepté notre choix, soit il y a de la mauvaise foi quelque part.

Si c’est le premier cas, il nous revient, en tant qu’organisation politique, de revoir notre copie car l’action politique est faite pour avoir l’adhésion des populations et non le contraire.

 

Comment se passe la coalition au sein de l’Assemblée nationale ?

 

A l’Assemblée nationale, le management est tel que les choses se passent assez bien avec tout le monde, au sein de la majorité comme entre majorité et opposition. C’est vrai que sur certains sujets il y a des divergences, mais sur l’essentiel, on s’accorde sans problème, l’intérêt des populations desquelles nous détenons nos mandats primant sur toute autre considération partisane.

 

On vous savait assez critique. Avez- vous toujours les coudées franches pour dire haut et fort ce que d’aucuns pensent bas ?

 

Rassurez-vous, je n’ai pas changé et mes coudées sont et resteront toujours franches, car tout ce que je dis et fais, ne se détermine pas en fonction de mon appartenance à tel ou tel camp (majorité ou opposition), mais plutôt en fonction de deux choses qui me tiennent à cœur : la vérité et l’objectivité. Quand on a comme boussole ces deux valeurs, on reste toujours égal à soi-même, quel que soit le camp dans lequel on se retrouve. Et je veux rassurer les Burkinabè que rien, absolument rien ne pourra faire changer Alexandre Sankara de cette trajectoire.

 

L’Assemblée nationale vient de clôturer sa première session ordinaire de l’année 2017. Qu’est- ce qui, selon vous, n’a pas marché ?

 

Dans son discours de clôture, le président de l’Assemblée nationale a fait le bilan de la session. Sur le plan du vote des lois, cette session a vu l’adoption de 28 nouvelles lois dont les plus emblématiques sont: la loi portant règlementation générale du secteur de l’énergie au Burkina Faso, la loi portant création de la Caisse de dépôt et de consignation (CDC) et la loi portant organisation et commercialisation de l’or et des autres substances précieuses au Burkina Faso.

En ce qui concerne le contrôle de l’action gouvernementale, outre les nombreuses questions orales et écrites posées par les députés au gouvernement, il y a eu la mise en place de deux missions d’information, une sur le soupçon de fraude douanière à l’ONATEL et l’autre sur la règlementation de l’industrie du tabac. Il faut noter surtout la création de trois commissions d’enquêtes parlementaires sur la santé, sur l’éducation et sur la maîtrise d’ouvrage déléguée. Au vu de tout ce travail, on peut dire que le bilan est positif.

 

Quels sont les dossiers brûlants qui vous attendent à la prochaine session ?

 

Sans présumer des autres projets de loi que le gouvernement va nous transmettre et des propositions de loi que nous mêmes ferons, la deuxième session ordinaire de l’année 2017 que nous appelons session budgétaire, sera consacrée à l’examen et à l’adoption du budget de l’Etat gestion 2018. Au cours de cette session, il sera également examiné et adopté les conclusions des trois commissions d’enquêtes évoquées plus haut. Enfin, certains projets de loi vont certainement retenir l’attention au cours de cette session. Il s’agit notamment du projet de loi portant révision du Code électoral et celui portant sur le droit de grève.

 

Concernant le projet de loi sur le droit de grève, il a été sévèrement critiqué par les syndicats qui estiment qu’il va à l’encontre des libertés syndicales. Quel commentaire  en faites-vous ?

 

Je pense que le président de l'Assemblée nationale a été suffisamment clair sur ce sujet. Il a dit qu'il ne serait examiné par les députés que s'il y a un consensus entre tous les acteurs. Et moi j'adhère  à une telle démarche. Les lois que nous votons doivent servir les intérêts des citoyens et non le contraire. Je ne suis pas sûr que la solution aux multiples grèves constatées actuellement réside dans la relecture de la loi sur le droit de grève. Le problème est plus profond que cela. N'apportons pas des solutions ponctuelles à des problèmes structurels.

 

Il y a aussi que la révision du Code électoral fait polémique. Quelle est votre réaction ?

 

J'avoue que je n’ai pas encore jeté un coup d'œil sur ledit projet. Donc, je ne connais pas encore l'exposé des motifs du gouvernement. Par conséquent, il sera difficile pour moi de me prononcer. Mais en tout état  de cause, la démarche doit être la même : il faut un large consensus entre les acteurs politiques sur la question. Je crois que c'est  la recherche de ce consensus qui a fait que l'avant-projet a été transmis aux différents partis politiques pour amendement. Attendons donc de voir la mouture finale qui sera envoyée à l'Assemblée nationale.

 

Peut-on dire que l’UNIR/PS  s’est vidée de ses « ténias » comme vous avez eu à qualifier les militants démissionnaires ?

 

Vous m’attribuez là des propos que je n’ai jamais tenus à l’endroit de mes camarades, fussent-ils des démissionnaires. Pour moi, un camarade de lutte reste un camarade de lutte. On peut avoir des divergences, mais tant qu’elles restent purement dans le champ politique, cela est normal et participe même, à mon avis, de la vie et du dynamisme d’une organisation.

 

Quelle analyse faites-vous des résultats que votre parti a engrangés lors des municipales partielles du 28 mai dernier ?

 

D’abord, il faut noter que nous étions présents dans 5 des 19 communes concernées par la reprise. Il s’agit de Kantchari, Karangasso-Vigué, Madjori, Dandé et l’arrondissement 4 de Ouagadougou. Tout parti sérieux, qui part à une compétition électorale, se fixe des objectifs à atteindre. A ce titre, nous nous étions donné comme objectif de prendre au moins une mairie sur les 5. Nous n’avons pas pu atteindre notre objectif. Donc, on n’est pas satisfait des résultats. Mais si on regarde nos résultats dans la commune de Kantachri où nous sommes partis de zéro à vingt-six conseillers, on peut dire qu’il y a des motifs d’encouragement.

 

Quel commentaire faites-vous de la sortie du président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, qui appelle le gouvernement à plus de fermeté vis-à-vis  des syndicats ?

 

Je dirai que le gouvernement doit avoir plutôt un langage de vérité. Il n’y a qu’une seule cagnotte pour tout le monde, à savoir le budget de l’Etat. Que doit-on en faire ? C’est ensemble que nous devrions décider de cela dans la transparence, l’équité et la justice sociale. Rappelez-vous encore que sous la révolution, le budget de l’Etat s’élaborait à la Maison du peuple, devant tout le monde.

 

Des voix s’élèvent de plus en plus pour décrier la gouvernance du MPP. Qu’en dites-vous en tant que membre de la majorité présidentielle ?

 

Ce que je dis, c’est que la majorité que nous sommes, devrait travailler à ce qu’il y ait de moins en moins de voix qui s’élèvent pour décrier notre gestion, mais de plus en plus de voix qui s’élèvent pour applaudir. Il est vrai qu’il n’est jamais possible pour un gouvernement de satisfaire à 100% les besoins des populations. Mais le plus important, à mon avis, c’est que les citoyens reconnaissent votre bonne volonté, votre bonne foi et votre détermination à apporter des solutions à leurs problèmes.

 

 

« Même s’il faut revisiter tous nos textes juridiques, il faut bien que les fautifs d’hier comme ceux de demain puissent répondre de leurs actes »

 

 

Quel commentaire faites- vous du procès de Blaise de Compaoré et son dernier gouvernement, qui vient d’être suspendu ?

 

Je constate qu’après les atermoiements que le procès a connus, les différents acteurs ont finalement décidé de s’en remettre au Conseil constitutionnel pour trancher sur les trois points qui posent problème, à savoir la possibilité pour un accusé d’être représenté par un avocat même en son absence, la participation des victimes au procès et surtout le droit au recours.

Je ne suis pas un spécialiste du droit, mais quelqu’un avait dit que les questions militaires sont tellement importantes qu’il ne fallait pas les laisser entre les seules mains des militaires. Il en est de même de la Justice. C’est pourquoi je m’autorise les commentaires suivants : il sera certainement plus facile pour les sages de trancher sur les deux premières exceptions, à savoir le droit pour un accusé d’être assisté par un avocat même en son absence et la participation des victimes au procès. Mais je ne vois pas comment les sages pourront trancher sur la troisième exception, à savoir le droit de recours. La Haute Cour de justice est une juridiction qui ne fait pas partie de l’ordonnancement judiciaire classique. Elle n’a ni instance inférieure, ni instance supérieure. Dans ces conditions, si droit de recours il doit y avoir, il sera exercé auprès de quelle juridiction ? Les juridictions classiques n’ont pas compétence pour juger en première instance des ministres. Comment peuvent-elles avoir compétence pour statuer en dernier ressort les concernant ?

Si le Conseil constitutionnel donne raison à la Haute Cour de justice pour qu’elle poursuive le procès en l’état, ce procès, dit-on, violera les conventions internationales que notre pays a ratifiées et qui font obligation aux Etats parties de proscrire les procès sans assistance pour les accusés et sans possibilité de recours pour les condamnés. A l’analyse, on se rend finalement compte que cette Haute Cour de justice a été mise en place avec un objectif précis : complexifier davantage les procédures judiciaires afin d’éviter que les gens y répondent un jour. Mais pourront-ils y échapper ? Je ne crois pas, car même s’il faut revisiter tous nos textes juridiques, il faut bien que les fautifs d’hier comme ceux de demain puissent répondre de leurs actes. Du reste, l’imbroglio judiciaire dans lequel on se trouve aujourd’hui avec la Haute Cour de justice, traduit à souhait la nécessité de réformer dans son ensemble notre système judiciaire. Un système judiciaire  néocolonial, bourgeois et par conséquent inadapté à nos réalités socioculturelles. Ce qui justifie en partie l’émergence des koglwéogo qui font polémique aujourd’hui, mais qui sont, hélas, les réponses que les populations apportent aux inconséquences et aux incohérences de notre système judiciaire. Rappelez-vous que sous la révolution, le président Sankara avait courageusement contourné le piège de cette justice en créant les tribunaux populaires de la révolution (TPR) que les réactionnaires de l’époque et d’aujourd’hui qualifient de justice expéditive.

 

Propos recueillis par Drissa TRAORE

 

 

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