HomeGrand angleALTERNANCE EN AFRIQUE :Quand l’UA et la CEDEAO encouragent les dictatures

ALTERNANCE EN AFRIQUE :Quand l’UA et la CEDEAO encouragent les dictatures


La victoire du peuple burkinabè sur le régime de Blaise Compaoré, donne beaucoup à espérer aux autres peuples d’Afrique. Toutefois, cette victoire mérite d’être relativisée et située dans son contexte. Il y a la détermination du peuple qui lutte, mais aussi de multiples facteurs à prendre en compte.

Vue de l’extérieur, l’expérience burkinabè a de l’attrait. Pourtant, il faut tenir compte des réalités de chaque contexte. Il y a des similitudes mais aussi des différences. Comme dans de nombreux cas, Blaise Compaoré avait consolidé son régime grâce à l’armée et à l’argent. En effet, sans conteste, l’armée nationale a subi une domestication, ce qui est contraire à l’esprit républicain qui a prédominé à la naissance de la Grande muette. Lors des affrontements, on a pu constater qu’en face, une partie de l’armée était demeurée loyale à Blaise Compaoré. Par contre, l’autre partie avait épousé la cause du peuple. Cette option dont il faut se féliciter, aura permis de se libérer en sacrifiant des dizaines de morts. Sous d’autres cieux en Afrique, l’armée aurait certainement continué à massacrer le peuple aux mains nues. Les réactions ont toujours été brutales dans la plupart des républiques bananières.

 

 

La victoire du peuple burkinabè pourrait signifier celle de la détermination

 

L’argent a joué un rôle considérable dans la gestion du pouvoir d’Etat à Ouagadougou. Au fil des ans, nombre d’élites se sont laissé attirer par l’appât du gain facile. Outre leur tendance à s’aplatir devant le prince, il faut déplorer la suffisance, l’arrogance et la folie ostentatoire des acteurs du système. Jusqu’à la dernière minute, certains avaient cru naïvement que le peuple sortirait vaincu du bras de fer qui l’opposait à ses tortionnaires. Par l’argent, le régime a su diviser l’opposition et récupérer bien des militants.

En 27 ans de pouvoir, il a été abondamment aidé en cela par une pléiade d’intellectuels dociles et serviles. Par le jeu subtil de la carotte et du bâton, il assurait ainsi la promotion de ses ouailles dans les services, les projets, les organisations, etc. Les opérateurs économiques ne pouvaient  prospérer en dehors du système. Il fallait faire preuve de loyauté envers le clan, de fidélité au chef de l’Etat et à son parti. Etaient frappés d’anathème tous ceux qui tenaient le discours inverse ou se montraient indifférents. Il voyait d’un mauvais œil tout « parent » supposé, proche ou lointain, qui osait lui tourner le dos. Parce qu’il ne souffrait aucune contradiction, Blaise Compaoré considérait toute opinion contraire, toute forme de refus ou indifférence comme de l’insubordination ou tout simplement un défi.

Fort heureusement, au fil du temps, et ce bien avant l’avènement de Blaise Compaoré, les Burkinabè avaient réussi un travail d’intégration qui force l’admiration. Les mariages interethniques ou inter- religieux ne s’y comptent plus. Tel n’est pas forcément le cas dans plusieurs pays africains où prédominent des problèmes entre minorités ethniques et majorité.

Enfin, Blaise Compaoré a su exploiter à fond les dissensions au sein de la classe politique, autant que les divergences qui prévalent dans certaines communautés religieuses.

Pour d’autres Africains, cette victoire du peuple burkinabè pourrait signifier celle de la détermination. La victoire du peuple aux mains nues, montre que les Burkinabè sont demeurés unis dans leur diversité, face au régime qui aura joué et perdu dans ses dérives égocentriques et narcissiques. Un peuple silencieux est toujours très dangereux. Les peuples d’Afrique doivent demeurer vigilants. Car, parvenir à barrer la route aux tripatouilleurs de Constitution, ne les empêchera pas de gérer le pays et ses ressources par le jeu subtil de la succession.

 

Le peuple burkinabè a écrit un scénario que l’opposition politique ne pouvait prévoir

 

Par le passé, et dans ces colonnes, nous avions dénoncé le rôle néfaste de la progéniture et de la fratrie. Il faut éviter que le dictateur ne cherche à couvrir ses arrières, en prenant des dispositions qui favorisent leur avènement à la tête de la république. Une forme déguisée de la patrimonialisation du pouvoir, en somme.

Quelles leçons en tirer ? Certes, on peut bien dresser un parallèle entre le comportement outrancier de Blaise Compaoré, et celui des autres dictateurs qui foisonnent sur le continent. Mais, les Burkinabè qui sont un peuple fort modeste, ne cherchent nullement à s’ériger en donneurs de leçons ! Ils estiment pour la plupart que chaque peuple forge son histoire, en partant des réalités de son propre contexte. Ils restent tout de même convaincus, qu’aucun dictateur ne peut survivre au refus et à la colère d’un peuple. L’issue de la lutte d’un peuple déterminé est fonction de son degré d’exaspération. Blaise Compaoré et compagnie ont abusé de la bonne foi et de l’extrême patience des Burkinabè. Malgré le recours à l’argent  et les pressions de tous ordres, le bienheureux peuple du Faso a montré que l’argent restera toujours un bon serviteur mais un mauvais maître. Ici comme ailleurs, des élites sans scrupules ont ainsi osé mettre leur intelligence au service des satrapes. Pour leur promotion sociale, ils ont activement contribué à élaborer des politiques aussi sournoises que dangereuses pour la cohésion nationale. Il faut bannir ce type d’agissement anti- républicain. Le peuple burkinabè a écrit un scénario que l’opposition politique ne pouvait prévoir. La preuve est faite que le jeu politique seul ne peut chasser un dictateur.

Jamais l’union n’aura été aussi manifeste dans les rangs des acteurs politiques de la société. Mais aussi, jamais la société civile n’aura été aussi loin dans son engagement à lutter et de concert avec le chef de file de l’opposition politique. Qui sera donc le « suivant » dont se moque le célèbre humoriste nigérien Mahamane de Radio France Internationale, en paraphrasant une chanson de la grande vedette belge Jacques Brel ? Qu’ils soient nombreux, et le plus tôt sera le mieux ! Car, même piégée par un tyran, l’alternance est bien possible sur le continent, à la condition d’y travailler avec le peuple. Une chose est sûre : de nos jours, seuls les peuples et non les urnes peuvent chasser les dictateurs !

 

« Le Pays »


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