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AN V DE L’ASSASSINAT DE KADHAFI  : Et si c’était à refaire ?

 

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi et la partition de la Libye en plusieurs entités plus ou moins autonomes, les Africains et plus précisément les voisins de ce pays ont multiplié les rencontres en vue de réparer les dégâts causés par l’intervention militaire franco-britannique de 2011 et la guerre civile qui s’en est suivie. La dernière en date est celle tenue mercredi dernier dans la capitale nigérienne, et qui a regroupé les ministres des Affaires étrangères des pays riverains de cette Libye en crise, ainsi que les représentants spéciaux des secrétaires généraux de l’ONU et de l’Union africaine (UA), et enfin, le Secrétaire général de la Ligue arabe. Que du beau monde au chevet d’un pays naguère dirigé par un dictateur certes, mais qui jouissait tout de même d’une relative stabilité politique et dont l’indice de développement humain durable était des plus enviables sur le continent. Malheureusement, toutes les propositions allant dans le sens de la réconciliation ont été soit rejetées par les acteurs locaux de la crise, soit inopérantes au regard de la profondeur de la déchirure sociale. C’est ce qui donne l’impression que les médiateurs et autres négociateurs dans cette crise multidimensionnelle, ne font que tourner en rond, pendant que le délitement de l’Etat et les antagonismes sociaux croissent de façon vertigineuse et exponentielle. On pouvait tout reprocher au sanguinaire Kadhafi sauf son nationalisme chevillé au corps et sa volonté manifeste et quasi maladive de faire de la Libye un Etat fort et indivisible. Alors, maintenant que le dictateur n’est plus là pour mettre ses compatriotes au pas, il faut bien qu’une solution à ce chaos qui s’exporte et s’internationalise de plus en plus, soit trouvée au plus vite, si l’on ne veut pas que  toute la bande sahélo-saharienne soit transformée en un sanctuaire de terroristes et de narcotrafiquants. La 9e  rencontre ministérielle tenue à Niamey il y a quarante-huit heures, s’inscrit dans cette dynamique, mais le moins qu’on puisse dire est que le chemin qui mènera à la paix dans la Jamahiriya, est encore long, puisque les leaders politiques et autres chefs de guerre libyens semblent avoir sacrifié l’unité et la stabilité de leur pays sur l’autel de leurs ambitions démesurées et de leur égoïsme destructeur.

En trucidant Kadhafi, ils ont aussi assassiné la paix et la stabilité

Il en est résulté une criminalité transfrontalière qui se traduit par des attaques terroristes en Libye même et dans les pays alentour, comme au Tchad, au Mali, au Niger, etc. Et plus les réunions et les rencontres sont organisées pour enrayer le mal, plus ce dernier se métastase et prend de l’ampleur au point qu’aujourd’hui, la Libye est devenue le point de ralliement des terroristes du monde entier, qui y font leurs premières armes avant d’aller à l’assaut des populations impies ou supposées telles, partout en Afrique et même au-delà.  L’Etat islamique qui a fait de la Libye l’une de ses places fortes sur le continent, a revendiqué les récentes attaques meurtrières au Niger et au Burkina, et il est à craindre que des assauts encore plus massifs et spectaculaires se produisent dans l’espace sahélo-saharien. A l’instar de beaucoup de Libyens qui ont déchanté suite aux fallacieuses promesses des Occidentaux de faire de la Libye un Etat démocratique et encore plus prospère sans Mouammar Kadhafi, de nombreux Africains en arrivent à regretter le puissant dictateur dont on a célébré le 5e anniversaire de la mort atroce, hier 20 octobre 2016. En trucidant Kadhafi, ils n’ont pas seulement éliminé un dirigeant sanguinaire, ils ont aussi assassiné la paix et la stabilité dans quasiment tout le continent. Ceux qui en ont pris l’initiative sont aujourd’hui dans leurs petits souliers, comme s’ils avaient honte de cette introduction au forceps de la démocratie à l’occidentale en Libye. Avant son assassinat, le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi a eu le temps et  la cynique idée d’ouvrir les magasins d’armes à tous vents, ouvrant, du coup, consciemment ou inconsciemment, les portes de l’enfer pour tous les Africains vivant dans la zone sahélienne du continent. Au regard de la prolifération des armes et des groupes terroristes du fait justement de l’absence d’Etat en Libye, on n’est fondé à croire que si c’était à refaire, même les va-t-en-guerre comme Nicolas Sarkozy et David Cameron ne se risqueraient pas à ouvrir cette boîte de pandore en assassinant Kadhafi sans réfléchir à sa succession et au devenir des Libyens. Maintenant que le mal est fait, il appartient aux Africains de trouver une solution à l’africaine à cette crise qui n’a que trop duré, d’autant que les différentes tentatives des Occidentaux pour former un gouvernement d’union nationale ont toutes fait flop.

Hamadou GADIAGA

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3 commentaires

  1. A qui le tour? Il n’est un secret pour personne, les pays dits développés ont besoin des matières premières africaines pour survivre et c’est la raison pour laquelle ils font tout pour nous empêcher de les transformer chez nous. Si nous y parvenons, cela réduirait non seulement le chômage mais aussi notre dépendance vis à vis d’eux. C’est dans cette optique que des gens comme Sakorsy et son Allié David Cameron n’ont pas hésité à mettre la Libye à feu et à sang. Cette nouvelle stratégie de recolonialisation mettra à l’armée Française de s’installer dans la durée sur les territoires Africains pour mieux faciliter l’exploitation de nos richesses. Les Libyens l’ont appris à leur dépend. Eux qui ne connaissaient pas la TVA, la crise de l’immobilier, eux qui avaient de grands hôpitaux, universités, la paix sans le libertinage (qu’offre la pseudo démocratie européenne) comprennent aujourd’hui que la France et le Royaume Uni ne s’intéressaient qu’à leur pétrole. A qui le tour? S’ils ont attaqué Kadhafi parce qu’il opprimait son peuple, qu’attendent -ils pour s’en prendre à Kabila, Sassou, Besir …? A cause de leurs intérêts égoïstes les français n’hésiteront pas à mettre des états Africains à feu et à sang. Etsi cela était à refaire, la France enverrai des troupes encore frapper la Libye pour preuve, ils ont armé les rebelles pour faire partir le président de la Syrie et aujourd’hui, ils disent combattre les djihadistes là-bas. Qui est djihadistes et qui est rebelle? Ce qui me fait mal c’est que Kadhafi n’a pas été assez intelligent pour envoyer ses chasseurs larguer quelques bombes dans le pays ce ceux qui l’ont attaqué. Mais bon bref, le jour où nous aurons des présidents et non des gouverneurs des territoires français d’outre mer capables de dire non à la France et à ses vassaux, nous vivrons heureux et fiers.

  2. Triste de toi quand tu conclus que Kadafi a eu la cynique idee (consciemment ou inconsciemment) d’ouvrir les vannes des armes car il n’est fabrique aucune arme de guerre en Lybie sous Kadafi et meme jusqu’alors.

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