ANGOLA

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 Silence, Lourenço fait le ménage !

C’était dans l’air du temps, mais c’est désormais officiel. Annonçant, en mars dernier, sa démission de la tête du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), José Eduardo dos Santos l’a officialisée le 8 septembre 2018 lors du congrès extraordinaire du parti. Dans son discours d’adieu, le chef historique du MPLA, à la tête de celui-ci depuis un certain 21 septembre 1979, n’a pas manqué de faire son mea-culpa tout en disant avoir « la conviction du devoir accompli ». Pour le moins, on peut dire qu’en cédant les rênes du parti dont il est la principale mémoire vive, l’ancien président angolais fait preuve, si besoin en était encore, d’une hauteur d’esprit en ce sens qu’il part sans visiblement chercher à jeter des peaux de bananes à son prédécesseur, João Lourenço. En tout cas, après avoir mis l’Angola sur les rails de l’alternance démocratique en s’abstenant de briguer un énième mandat après 37 ans de règne sans partage, José Eduardo Dos Santos, en décidant de quitter la tête du MPLA, montre aux yeux du monde qu’il sait mettre les intérêts de son pays par-dessus tout. D’autant qu’il avait la possibilité de mener un combat d’arrière-garde.

Cela dit, l’on pourrait tout de même se demander si c’est vraiment de gaieté de cœur que le vieux briscard lâche la présidence du MPLA. Ce n’est pas évident. Car, le MPLA étant un parti marxisant, le présider permet d’avoir une influence certaine dans la gestion de l’Etat. Et s’il est de tradition que  le président du pays est le chef du parti, d’aucuns ne voyaient pas d’un bon œil le fait que Dos Santos était toujours aux manettes du parti bien longtemps après l’investiture de son dauphin. Un état de fait qui avait amené des observateurs à se poser la question de savoir si le nouveau président, João Lourenço, pourrait véritablement manier son bâton de commandement.

Lourenço n’a pas mis trop de temps à démontrer qu’il n’est pas une marionnette

Le nouvel homme fort de l’Angola était donc considéré par  certains comme un roi sans diadème. En restant à la tête du parti, Dos Santos avait, peut-être, voulu se mettre à l’abri de tout ennui judiciaire tout  en tirant dans l’ombre les ficelles. Mais, son successeur Lourenço n’a pas mis trop de temps à démontrer qu’il n’est pas une marionnette. Il a ainsi vite cherché à s’émanciper de son mentor en rompant les ponts. Et dans sa traque contre la corruption qui gangrène ce premier pays producteur de pétrole, Lourenço a commencé à faire le ménage dans le premier cercle de l’ancien président en permettant à la Justice de poursuivre deux des enfants de son ex-mentor, qui ont fait la pluie et le beau temps pendant le règne de leur père président. C’est dire si Isabel Dos Santo qui dirigeait la Société pétrolière publique (SONANGOL) et son frère Filomeno qui était à la tête du Fonds souverain angolais, sont parmi les premiers à faire les frais de cette volonté de l’actuel président d’assainir l’économie du pays. En Afrique, faire planer de la sorte l’épée de Damoclès sur la tête des enfants de sang de celui dont on a été l’homme lige, est un trait de caractère que l’on ne peut voir que dans un pays lusophone ou anglophone. João Lourenço voudrait mener à bien ses réformes massives pour refonder l’Angola qu’il ne s’y prendrait pas autrement en contraignant plus ou moins son mentor à débarrasser le plancher du MPLA. En prenant donc les rênes du parti, le chef de l’Etat angolais renforce son autorité et peut désormais  continuer à faire tranquillement le ménage en s’assumant pleinement.

Drissa TRAORE

 

 

 

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