ANNONCE DE LA LEVEE DE SUSPENSION DES LOTISSEMENTS : On risque d’aller d’une merde à une autre

ANNONCE DE LA LEVEE DE SUSPENSION DES LOTISSEMENTS  :  On risque d’aller d’une merde à une autre

 

Le ministre de l’Habitat vient d’annoncer la levée de la mesure suspendant les lotissements. L’on peut d’emblée faire le constat que cette annonce s’apparente à une arlésienne. Car, ce n’est pas la première fois que l’on entend parler de la reprise des opérations de lotissement. Seulement, l’on peut avoir l’impression que le gouvernement n’est pas pressé de passer aux actes. Cela pourrait être la preuve de la délicatesse du sujet. En tout cas, on attend de voir l’effectivité de l’annonce pour croire. Cela dit, une des plaies béantes de la décentralisation au Burkina, est incontestablement la question des lotissements. D’abord, les opérations de lotissement se sont faites, de manière générale, sans aucune vision. La seule préoccupation était de dégager des parcelles et de les vendre comme des cacahuètes. Les aspects liés à l’assainissement et à la viabilisation ont été ignorés de manière déconcertante. Résultat : on a dégagé des parcelles mais la vie y est pratiquement impossible : pas de voies d’accès, pas de caniveaux, pas d’infrastructures scolaires et sanitaires publiques et l’on en oublie. Dans un pays normal, c’est-à-dire un pays où tout projet s’inscrit dans une vision, le lotissement a forcément une dimension intégrée de sorte à placer les bénéficiaires de parcelles dans des conditions de vie décentes. Au Burkina, cette exigence semble être le cadet des soucis des autorités. Au-delà du mépris des populations, c’est purement et simplement de l’irresponsabilité. Le deuxième argument de notre thèse selon laquelle la question des lotissements est une des plaies béantes de notre système de décentralisation, est lié au mode de gestion des parcelles par les municipalités.

Il faut la nécessaire mise en place d’un fichier informatisé

N’ayons pas peur des mots : c’est un mode de gestion mafieux et patrimonial. A la baguette, il y a le maire et son conseil municipal. Tout est mis en œuvre pour que les uns et les autres se remplissent indûment les poches. Et il n’est pas exagéré de dire que les parcelles sont devenues le business le plus lucratif de la République. Et tant que l’on est du côté du pouvoir, on peut s’autoriser tous les excès avec la certitude que rien ne se passera. Enfin, le troisième argument est lié à l’exploitation politicienne des attributions de parcelles. Tout se passe en réalité entre camarades de partis et coquins. L’objectif, au-delà de l’enrichissement illicite, est de renvoyer l’ascenseur à tous ceux qui ont permis au parti de mettre dans son escarcelle, le secteur ou la localité. Cela dit, la grande question est de savoir si le gouvernement a pansé ces plaies avant d’envisager la reprise des lotissements. L’on peut en douter. Et pour cause. Les maires et autres conseillers indélicats qui avaient été épinglés pour leur gestion chaotique des parcelles, attendent encore leur jugement. Et ces procès annoncés courent le risque de se faire attendre comme Godot. Et l’on sait pourquoi. La moindre tentation d’élucidation de ce que l’on leur reproche peut éclabousser certaines personnes qui sont aujourd’hui aux affaires au Burkina. L’on peut loger à la même enseigne les travaux de la Commission parlementaire sur les lotissements. Ils risquent de ne pas connaître de suite, pour les mêmes raisons. En l’absence donc de bilan critique et objectif sur le gouvernance passée des parcelles, l’on risque de retomber dans les mêmes travers, autrement dit, l’on risque d’aller d’une merde à une autre. Certes, le gouvernement jure que cette fois-ci, il y aura la rupture parce que la société civile sera impliquée dans les opérations de lotissements et que les maires n’auront plus la possibilité de faire les choses selon leurs intérêts et leur humeur. Mais l’on oublie que les Burkinabè sont ainsi faits que bien d’entre eux sont passés maîtres dans l’art de contourner les textes. En tout état de cause, tout le monde doit retenir que la question des parcelles est très sensible et délicate. Elle a déjà fait beaucoup de frustrés. Il y a, par exemple, des citoyens honnêtes qui se sont saignés pour s’acheter une parcelle et qui ne peuvent pas y investir pour la simple raison que des personnes s’y opposent. L’Etat doit s’assumer pour les rétablir dans leurs droits. Il y a également le cas des personnes démunies qui veulent une et une seule parcelle pour s’y abriter et qui ont été ignorées dans les opérations de lotissement. Toutes ces questions sont des préalables à régler pour créer un climat d’apaisement et de justice sociale avant toute nouvelle opération de lotissement. A cela il faut ajouter la nécessaire mise en place d’un fichier informatisé de sorte à éviter que certains Burkinabè aient des dizaines de parcelles alors que d’autres ne disposent pas du plus petit bout de terrain. Le gouvernement est prévenu. Les lotissements sont un dossier explosif. Ils ne faut donc pas en rajouter aux problèmes des Burkinabè en reconduisant les mauvaises pratiques du passé. Tout doit désormais être fait en ne perdant pas de vue l’esprit de l’insurrection. Car, cet évènement a eu l’avantage d’accoucher, quoi que l’on dise, d’hommes et de femmes qui sont allergiques à l’injustice.

Sidzabda

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