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APPEL A UN NOUVEAU VOTE APRES LA VICTOIRE DE L’OPPOSANT AU MALAWI  

Peter Mutharika sera-t-il entendu ?

L’opposant Lazarus Chakwera est déclaré vainqueur de la présidentielle du 23 juin dernier, selon la Commission électorale malawite, avec près de 60% des voix. Fin d’un long feuilleton juridico-électoral ? Pas si sûr. En effet, le candidat malheureux qui n’est autre que le président sortant, Peter Mutharika, celui-là même qui avait remporté l’élection en 2019, crie à la fraude. Et comme pour ne rien arranger, il appelle à un nouveau vote. Sera-t-il entendu ? On attend de voir. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette présidentielle malawite aura été riche  en rebondissements. Cela est d’autant plus vrai que suite à la requête de l’opposant Lazarus Chakwera en 2019, la Cour constitutionnelle avait invalidé la victoire du président sortant et ordonné la reprise du scrutin. Et c’est peu dire que c’est un fait rarissime sous nos tropiques. Cela est d’autant  vrai qu’en dehors du Kenya dont la Cour suprême avait aussi invalidé et ordonné la reprise des élections de 2017, pour les mêmes motifs, aucun autre pays de l’Afrique subsaharienne n’avait connu pareille situation. Le cas du Malawi est d’autant plus inédit que c’est le candidat de l’opposition qui est sorti victorieux du nouveau scrutin. Ce qui n’était pas le cas au Kenya où la reprise du scrutin avait encore tourné en faveur du président sortant, Uhuru Kenyatta. C’est dire si le Malawi est en train de vivre une situation qui risque de constituer un cas d’école. Cela dit, l’on en vient à se demander jusqu’où ira le perdant dans la contestation des résultats. Va-t-il se contenter de simples dénonciations de fraudes et d’irrégularités où saisira-t-il la Cour constitutionnelle comme l’avait fait son challenger en 2019 ? En attendant qu’il se décide, aucune éventualité n’est à exclure.

 

Les juges ont donné la preuve de leur attachement à la démocratie

 

 On le sait, en Afrique, le réflexe naturel de bien des candidats perdants, c’est de crier à la fraude pour, le plus souvent, s’attirer la sympathie d’une certaine opinion. En tous les cas, Peter Mutharika est libre de saisir la Justice si tant est qu’il estime avoir été lésé. Et on ne pourrait soupçonner la Justice malawite qui s’est déjà montrée suffisamment indépendante, de rouler pour un camp. Car, les juges auraient pu, comme dans bien des pays africains, fermer les yeux sur les irrégularités dénoncées par l’opposant et valider la victoire du prince régnant en faisant fi des conséquences qui pourraient en découler. Mais en faisant ainsi preuve d’ingratitude vis-à-vis du locataire du palais de Sanjika en disant le droit, ils ont donné la preuve de leur attachement à la démocratie. Un mérite qu’il faut, du reste, saluer d’autant qu’il renforce la crédibilité de l’appareil judiciaire. Toutefois, il faut saluer l’attitude de Peter Mutharika qui n’a pas appelé ses partisans, du moins pour l’instant, à descendre dans la rue. Sous d’autres cieux, le pays serait déjà en ébullition. Si l’on peut se féliciter de cette attitude responsable, l’on s’interroge, par contre, sur la célérité dont a fait preuve le vainqueur en prêtant serment 24 heures après la publication des résultats par la Commission électorale. Pourquoi ne pas attendre la validation de sa victoire avant de sacrifier à cet exercice hautement symbolique? En tout cas, cette précipitation pour le moins suspecte, pourrait apporter de l’eau au moulin du camp adverse qui dénonce des irrégularités et des intimidations. Certes, on comprend que face à un président sortant qui fait des pieds et des mains pour conserver son fauteuil, il faut savoir anticiper. Mais de là à prêter illico presto serment après la publication des résultats, c’est à n’y rien comprendre.

 Dabadi ZOUMBARA

 

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