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ARRESTATION DE MILITANTS DE LA SOCIETE CIVILE AU TCHAD : Casser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre  

ARRESTATION DE MILITANTS DE LA SOCIETE CIVILE AU TCHAD : Casser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre   

Cela fait un an que le président tchadien, Idriss Déby Itno, a été réélu pour un cinquième mandat. Mais depuis lors, le Tchad est loin d’être un fleuve tranquille. Car,   avec l’effondrement des prix du pétrole, le pays traverse une grave crise économique, provoquant une grogne sociale qui va crescendo. Et comme pour ne rien arranger, trois mouvements de la société civile  à savoir « Iyina » (qui signifie « On est fatigué » en arabe dialectal tchadien),  « Trop c’est trop » et « ça suffit » viennent de lancer la campagne  « Tournons la page ». Indépendants des partis politiques, ces trois mouvements tendent la main aux syndicats, avec pour objectif essentiel de provoquer l’alternance démocratique au Tchad. C’est dire qu’au climat socio-économique tendu, s’ajoute désormais, la dimension politique des choses. Et le président Déby a du mouron à se faire, ce d’autant que la campagne « Tournons la page-Tchad » a des ramifications au-delà des frontières du pays. En effet, le mouvement, faut-il le rappeler, agit depuis Paris et dispose de représentants dans différents pays comme la RDC, le Burundi, le Gabon, etc. En clair, « Tournons la page » a une dimension panafricaine et se concentre sur « l’exigence de l’alternance au pouvoir ». Dès lors, on comprend la fébrilité qui s’est emparée des autorités tchadiennes qui, illico presto, ont procédé à l’arrestation, hier 10 avril, d’une dizaine de militants qui manifestaient à l’occasion de l’anniversaire du premier tour de la présidentielle d’avril 2016, qui avait abouti à la réélection à plus de 60% de Deby. Ce qui semble devenu la mode au Tchad, puisqu’on se rappelle qu’en février dernier également, plusieurs étudiants avaient été jugés et condamnés à un mois de prison ferme pour « outrage à l’autorité de l’Etat », alors même qu’ils protestaient contre la suspension de leurs bourses d’études.

Il faut savoir lire les signes des temps

Tout se passe, en effet, comme si au Tchad, le droit de manifester, même pacifiquement, n’existait pas. Seuls valent les désidératas du dictateur. En tout cas, Deby doit se le tenir pour dit : casser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre. Bien au contraire, cela pourrait contribuer à l’aggraver. C’est pourquoi, plutôt que d’arrêter des manifestants contre son régime, il gagnerait à mener une véritable introspection au terme de laquelle il comprendra que ce cinquième mandat, dans un monde où les peuples ont soif de liberté et d’alternance, était de trop. Il faut savoir lire les signes des temps et quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent. Malheureusement, les dictateurs sont ainsi faits qu’ils ne voient par venir les choses. Et même quand ils les voient, ils feignent de ne rien voir jusqu’au jour où l’irréparable se produit. Ce fut le cas de l’ex-président burkinabè, Blaise Compaoré qui, après 27 ans de règne, s’est fait chasser tel un malpropre au point d’être condamné à vivre en exil. Deby veut-il subir le même sort ? On est tenté de répondre par l’affirmative, à moins qu’à la faveur d’un dialogue politique national qu’il pourrait initier, l’homme surprenne agréablement en s’engageant à ne pas terminer son mandat et à organiser des élections anticipées.

B.O

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