ASSEMBLEE NATIONALE : Les immenses défis de Bala Alassane Sakandé

ASSEMBLEE NATIONALE : Les immenses défis de Bala Alassane Sakandé

Le Burkina Faso a, depuis le vendredi 8 septembre dernier, un nouveau président de l’Assemblée nationale. A la suite d’un scrutin qui laissait peu de place au suspense puisque le prétendant au perchoir faisait presque le consensus, Bala Alassane Sakandé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a bénéficié du suffrage de 104 députés. La moisson donc était au-delà des espérances, peut-on dire. L’homme aura, pour ainsi dire, mieux  fait que son prédécesseur Salifou Diallo. Car, même des députés qui ne sont pas de la mouvance présidentielle, se sont exprimés en faveur du «Yarga »*. Sans doute ont-ils trouvé en lui un homme capable  doté d’une aptitude de rassembleur qui, au-delà de toutes considérations, saura tendre la main à tous. Cela dit, l’on comprend le pourquoi de ce vote quasi soviétique. Toutefois, en plus de la personnalité de l’heureux élu, les circonstances ont dû décider les uns et les autres à faire fi de leurs obédiences politiques pour lui accorder leurs suffrages. En effet, quand le malheur frappe une famille, ses membres doivent faire bloc pour ne pas donner aux autres l’image d’une famille désunie. Et lorsqu’il s’agit d’un décès, cette posture revêt pratiquement une dimension sacrée. Et tous les Africains se rejoignent pratiquement pour observer religieusement cette règle qui nous vient de la nuit des temps. Chapeau bas donc aux députés. C’est la preuve, s’il en est encore besoin, que les Burkinabè sont un grand

peuple qui sait se donner la main quand les circonstances l’exigent. Cela dit, Alassane Bala Sakandé est depuis le 8 septembre dernier la deuxième personnalité de l’Etat. Et il a la lourde tâche de succéder à un homme hors norme, qui a apporté sa touche particulière à l’Assemblée nationale. Et dans l’histoire politique du Burkina, jamais un président de l’Assemblée nationale n’a eu le courage de remonter les bretelles, peut-on dire, à un Premier ministre à propos de certains aspects de la politique gouvernementale. Cela, Salifou Diallo l’a fait et ce n’est pas pour déplaire à bien des Burkinabè. Car, dès lors que l’Assemblée nationale s’arcboute au point de s’apparenter à une Chambre d’enregistrement systématique, la démocratie s’en trouve tropicalisée. Et c’est la voie ouverte à toutes les dérives. De cette maladie bien « gondwanaise », le Burkina a trop souffert depuis l’indépendance du pays en 1960.

 

L’homme a  l’énergie de la jeunesse pour bousculer les mauvaises habitudes

 

Certes, Bala Alassane  Sakandé, pour des raisons évidentes, peut ne pas avoir la liberté de ton de son illustre prédécesseur, mais il ne doit pas perdre de vue que la crédibilité de l’Assemblée nationale se mesure, entre autres, à l’aune de sa capacité à formuler des critiques objectives et constructives à l’Exécutif. D’ailleurs, cela fait partie des attributions que lui confère la Constitution. Et par ces temps qui courent où la corruption semble gangrener bien des secteurs du pays, et où certains projets et programmes donnent l’impression d’être bâclés pour permettre à une minorité de se la couler douce, Bala Alassane Sakandé doit mettre un point d’honneur à s’inscrire dans le sens de la moralisation de la vie politique. Sous Salifou Diallo, beaucoup  de lièvres

avaient été levés dans ce sens. A titre d’illustration, l’on peut citer les différentes commissions parlementaires mises en place pour voir clair dans certaines affaires louches de la République. Le nouveau président de l’Assemblée nationale a le devoir politique et moral de conduire tous ces dossiers à leur terme ; ce d’autant qu’il sera jugé sur ses actes. Les Burkinabè ont déjà retenu le fait qu’il s’est engagé dans  ses premiers mots de président de l’Assemblée, à « marcher dans les sillons » de son prédécesseur. A ce que l’on dit, l’homme serait proche  de Roch Marc Christian  Kaboré. Peu importe, puisque l’on est toujours forcément proche de quelqu’un dans la société qui est la nôtre. Seulement, le sieur Sakandé doit savoir développer vis-à-vis de son bienfaiteur, ce que l’on appelle en politique le devoir d’ingratitude. C’est-à-dire la posture de celui  qui  n’hésite pas à défendre, en tout lieu et en tout temps, les intérêts supérieurs des populations. C’est à ce prix qu’il rendra service à toute la nation. C’est à ce prix également qu’il pourrait se positionner sur la scène politique comme un homme d’Etat. Et l’homme a  l’énergie de la jeunesse pour bousculer les mauvaises habitudes. Il ne  lui reste maintenant qu’à apporter la preuve qu’il a la vision d’un homme d’Etat et l’audace d’un  patriote. On attend de voir. Bon vent à vous, Excellence !

 

Sidzabda

 

* Yarga : une des ethnies du Burkina

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+