ATTAQUE DE BAFFINA : 2 assaillants et 7 complices présumés alpagués

ATTAQUE DE BAFFINA  :   2 assaillants et 7 complices présumés alpagués

 

Après les attaques de Baffina et de Guendbila dans la commune de Barsalogho le 2 mai 2018, les autorités régionales, avec le SGR, Abdoulaye Zéba, en tête, ont fait le déplacement sur les lieux le 4 mai dernier. L’objectif, selon le SGR du Centre-Nord, est de constater les dégâts causés par les assaillants et échanger avec les populations et enseignants afin de sauver l’année scolaire. Du reste, nous avons constaté une population galvanisée autour de leur groupe d’auto-défense, les Koglwéogo.

 

Le directeur de l’école de Baffina, Adama Dakouré, dit n’avoir eu la vie sauve que par la grâce d’Allah. Cependant, il a tout perdu lors de cette attaque. Les dégâts se résument aux incendies de la chambrette du directeur, du siège Koglwéogo de Baffina, des dégâts matériels sans perte en vies humaines. Selon le chef Koglwéogo, Boubacar Bamogo, ils ont pu capturer 7 complices et 2 assaillants qu’ils ont remis à Boulsa ; même si le SGR pense que ce ne sont que des rumeurs pour le moment. Après le face-à-face avec les acteurs de l’éducation, tous s’engagent à reprendre les cours, mais à une seule condition : que la zone soit sécurisée.Contrairement aux informations qui faisaient état de l’incendie de l’école sous paillote de Baffina, nous nous sommes déporté sur les lieux le 4 mai dernier, pour constater les faits avec la délégation régionale dirigée par le SGR, Abdoulaye Zéba. Mais nous avons constaté que les dégâts se résumaient essentiellement aux incendies de la chambre du directeur de l’école de Baffina, du siège Koglwéogo de Baffina, bref des dégâts matériels et des documents administratifs du directeur emportés  par les assaillants. On retient que Baffina est situé à 35 km de Barsalogho, côté nord et à 2 km de Guendbila ; environ 75 km de Kaya, à quelques encablures de Foubé qui est frontalier avec Aribinda. On comprend pourquoi ces assaillants ont pu aisément attaquer cette zone de Barsalogho. A ce titre, voici le film des évènements retracé ici par le directeur de l’école de Baffina, l’une des victimes des attaques du 2 mai : « J’étais sous le hangar et tout à coup, j’entendis le vrombissement d’une moto. Je me suis mis debout. Et qu’est-ce que je vois ? Des hommes armés qui se dirigeaient droit sur moi, puis dans la cour. J’ai tout de suite ressenti l’approche d’un danger et j’ai aussitôt commencé à dire « Laillaha illallah », car pour moi, ce sont les gars-là. (Ndlr : terroristes). J’ai aussi entonné le « Ayatoul koursi », un verset protecteur. Ils m’ont menacé en me demandant qu’est-ce que je récitais ? Viens là !, viens te coucher ici. J’ai obtempéré ». M. Dakouré nous explique qu’après l’avoir ligoté et lui avoir  bandé les yeux, les assaillants ont fouillé sa chambre dans l’espoir de trouver de l’argent. Ils ont tout emporté après qu’ils ont détaché la banderole. Et d’ajouter : « C’est là que j’ai vu que ma chambre était dans un désordre total. Ils m’ont ensuite fait sortir de la cour en s’adressant à moi dans leur langue (NDLR : je ne sais pas si c’est en Fulfuldé ou pas). Mais comme je ne comprenais pas, ils me le faisait comprendre en mooré. Ils ont parlé de briquet, tantôt d’essence. Après, ils ont récupéré la clé de ma moto. Il y avait deux hommes armés en face de moi. Puis j’ai entendu d’autres qui parlaient avec la maîtresse. Là également, ils ont retiré les clés de sa moto. Quand ils sont partis, j’étais sous le soleil et j’entendais les crépitements de l’incendie de ma maison. Beaucoup ont cru que j’étais mort. C’est quand je me suis relevé que la population qui était là s’est dirigée vers moi. Là, ils ont su que j’étais vivant. La population  s’est mobilisée et a pu éteindre le feu ». Adama Dakouré, visiblement sous le choc, avait les yeux qui larmoyaient toujours. « Ils étaient au nombre de six et sont arrivés vers 15h. Ils ont tout emporté : mes portables, ma carte bancaire, la carte grise de ma moto, ma moto, mes papiers administratifs », a-t-il conclu. Mais avant notre retour à Barsalogho, il a été indiqué que la moto du directeur a été retrouvée dans un mauvais état. Nous l’avons d’ailleurs vue au siège des Koglwéogo de Baffina. Rappelons que la délégation qui était sur les lieux le vendredi 4 mai 2018, était composée de Abdoulaye Zéba, secrétaire général du gouvernorat (SGR) du Centre-Nord représentant Nandy Somé/Diallo, gouverneur en congé, le DR de la police, Luc K. Soulama, le DREPPNF Namangbamba Zoungrana, le représentant du DREPS, en la personne de l’inspecteur Salifou Séré, la DPEPPNF Sanmatenga, la hiérarchie militaire, bref les enseignants et les acteurs de l’éducation de la province, sans oublier la presse. « Nous sommes d’abord venus constater les dégâts qui avaient été causés par les assaillants lors de leur passage. C’était l’occasion, pour nous, d’échanger avec la population autour de l’organisation en vue d’une lutte concertée contre le terrorisme et le grand banditisme. Vous avez constaté avec nous, lors de la traversée des deux villages, que les populations sont restées mobilisées ; il faut vraiment œuvrer à ce que les bandits soient maîtrisés ». Ce sont là les propos du SGR, après le constat des dégâts causés par les assaillants  d’abord à Baffina, puis à Guendbila, situé à 2km de là. Le même constat au niveau du siège Koglwéogo : hangar en cendres. Le chef des Koglwéogo, Aboubacar Bamogo, brillamment applaudi, a égrené des doléances qui sont d’ordre matériel pour faire face aux terroristes.

Nous avons arrêté 7 personnes complices et 2 assaillants tous transmis aux Koglwéogo de Boulsa

 

 Nous avons vu des Koglwéogo déterminés avec leurs fusils de chasse, machettes et gourdins, en train de sécuriser ce qui reste de leur siège incendié. Quelques uns d’entre eux étaient postés plus loin, autour des lieux. Ils se confondaient facilement aux FDS de l’escorte de la délégation venues pour la circonstance.  Ils nous confient ici leur prouesse qui a conduit aux captures et arrestations des présumés assaillants et complices, même si le SGR pense que ce n’est qu’une rumeur, car aucune information officielle ne fait état de ces chiffres: « Quand on a été alerté qu’il y a un des leurs au pied de la colline (côté sud de Baffina), nous sommes allés très vite à sa recherche dans les buissons. Il a été saisi après un long échange de tirs. Ils tiraient à balles réelles sur nous (NDLR : 70 tirs). Il n’y a pas eu de blessés ni de victimes de notre côté. Quand ils ont su, à un certain moment, qu’ils n’avaient plus de balles, ils se sont livrés à mes hommes. Nous avons arrêtés 7 personnes complices et 2 assaillants, tous transmis aux Koglwéogo de Boulsa. Ce sont des djihadistes, car leurs vrais ennemis, ceux qu’ils ne veulent pas voir, ce sont les enseignants, les Koglwéogo, les services et agents de l’Etat et surtout les FDS ». Avant d’égrener leurs  doléances, le chef Koglwéogo a reconnu la mutualisation des moyens de renseignements avec les FDS. Entre autres doléances : leur formation et surtout l’octroi d’armes de combat pour faire face à ces terroristes. Comme réponse, le DR de la police du Centre-Nord, Luc K. Soulama, leur a indiqué qu’il faut qu’ils soient d’abord en conformité avec les lois du pays en ayant une reconnaissance officielle, se conformer à la règlementation, disposer de l’autorisation de port d’arme. A ce moment, ils seront mieux protégés. Il a tenu à les féliciter, mais leur recommande d’être dans la légalité et de continuer à collaborer au partage d’informations avec les FDS. C’est  aux environs de 14h 20mn que nous avons quitté la salle de conférences de la mairie de Barsalogho. Le face-à-face entre la délégation conduite par le SGR Zéba et les acteurs s’est tenu dans un climat d’échanges et de peur ; toujours visible sur les visages de ces braves enseignants.

Ils m’ont dit que comme je connais le Coran, je n’ai qu’à enseigner les versets coraniques aux autres et d’abandonner le Français

Le SGR Zéba semblait rassurant, quand il nous a confié que : « de cette rencontre, il faut retenir que les enseignants menacés sont engagés à repartir à leurs postes avec patriotisme. Mais, en retour, ils demandent la sécurité. Notre position, c’est que nous devons travailler à sécuriser les zones menacées afin de permettre de sauver le reste de l’année scolaire. Pour la réouverture des classes, ils exigent la sécurité mais, comme nous l’avons dit, nous ne sommes pas venus tout de suite avec des solutions de sécuriser les zones ». Ces propos du SGR ne semblent pas convaincre les enseignants car, du fond de la salle, on ne pouvait entendre que des chuchotements, des « Waye ! », des « Ha dja ». Il y en avait même qui murmuraient : « Si rien n’est fait, le moral de fer peut se transformer en moral de paille ». Ces interjections témoignent visiblement de la peur et de la psychose au sein de ces enseignants. Cela ne rassure pas du tout Adama Dakouré, directeur de l’école de Baffina, victime principale de l’attaque du 2 mai dernier. «  Pour continuer à enseigner ici, c’est difficile pour moi. C’est mieux que ce soit ailleurs, pas ici. Si on me dit de rester ici enseigner, c’est qu’on m’a forcé », a affirmé M. Dakouré.

Comment sauver le reste de l’année scolaire dans les zones attaquées de Barsalogho ?

Surtout avec cette menace des assaillants: « Ils m’ont dit qu’eux, ils nous ont dit de quitter ; que d’enseigner l’arabe. Ils ont dit à la maîtresse  qu’il faut apprendre l’arabe pour prêcher la parole aux gens. Quant à moi, ils m’ont dit que comme je connais le Coran, de l’enseigner aux autres et d’abandonner le français». Ce directeur n’a eu la vie sauve qu’à travers sa tentative de maîtrise des versets coraniques. Cela est  en droite ligne avec leur idéologie radicalisée ; qui consiste à vouloir instaurer la « charia ». Le constat qu’on peut faire, est que beaucoup d’enseignants sont partis. « Les écoles sont fermées, surtout celles qui se trouvent dans la zone des attaques. », a indiqué Jean-Marie Ouédraogo, CCEB de Barsalogho II. Mais il garde quand même l’espoir : « Pour moi, l’espoir est permis, au regard de l’engagement de ces vaillants enseignants qui, de par le passé, ont subi les mêmes travers. La victoire sur le terrorisme se passe d’abord dans le mental ». Tout au long de cette rencontre à la mairie de Barsalogho, les questions étaient axées autour de : Comment sauver l’année ? Quelles sont les mesures officielles prises par les autorités pour sécuriser les enseignants le plus tôt possible? Le DREPPNF, Namangbamba Zoungrana, a tenu à rassurer les enseignants et les exhorte à avoir des reflexes de sécurité auprès des FDS qui sont proches d’eux et probablement appeler les numéros verts communiqués par le DR de la police, Luc K. Soulama, à savoir les 16, 17 et 1010 qui sont gratuits. Du reste, Sibiri Robert Sawadogo, ex-maire de la commune de Barsalogho, a, du fond du cœur, suggéré ceci : « Il faut qu’un plan de sécurité soit tramé pour le Nord Sanmatenga comme le PUS Sahel, une unité de sécurité à Guendbila, Baffina, Foubé et pourquoi pas un poste de sécurité à Dablo. Il faut absolument agir urgemment pour éviter le pire au Centre-Nord, car rien que la zone de Barsalogho prend en compte 4 communes en termes de sécurité. Il s’agit de Dablo, Namissigma, Pensa et Barsalogho. Faisons en sorte que le système éducatif du Centre-Nord ne subisse pas le même sort que le voisin du Sahel. Ainsi,  évitons d’être des médecins après la mort ».

Madi OUEDRAOGO (Correspondant)

 

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