ATTAQUE DU LYCEE DEPARTEMENTAL DE KAÏN : Sur les traces des blessés admis au CHR de Ouahigouya

ATTAQUE DU LYCEE DEPARTEMENTAL DE KAÏN   :  Sur les traces des blessés admis au CHR de Ouahigouya

 Le lycée départemental de Kaïn (75 km au Nord de Ouahigouya) a été attaqué dans la nuit du 26 au 27 novembre 2017 aux environs de 22 h par 4 individus armés non encore identifiés. Le bilan fait état de la mort d'un professeur du nom de Koumayan Souleymane, âgé de 32 ans, qui n’a pas encore été mandaté. Quant aux deux blessés, ils sont admis au CHR de Ouahigouya. Notre équipe de reportage y a fait un tour, le mardi 28 novembre 2017, pour s’enquérir de leur état de santé et recueillir leur version sur les circonstances de l’événement. Peu avant notre visite à l’hôpital, la coordination provinciale des syndicats du Yatenga, au regard de la situation du moment, a dû suspendre son mouvement de grève entamé depuis le lundi 27 novembre, pour se retrouver à la place de la Nation, hier, mardi 28 novembre. Objectif : présenter leurs condoléances à la famille de Koumayan Souleymane tombé sous les balles assassines lors de l’attaque,  dont l’inhumation est intervenue ce jour même à Kaïn tôt dans la matinée.  Les blessés, eux, ont accepté se confier à nous. Ils se nomment : Hamidou Zongo, professeur de mathématiques et physique chimie au lycée départemental de Kaïn et Alidou Ouédraogo, professeur de mathématiques, de sciences de la vie et de la terre (SVT). Voici leurs témoignages exclusifs.

 

« Mon sang a beaucoup coulé au point que je ne me retrouvais pas », Hamidou Zongo

 

« Suite à cette attaque, j’ai été touché au niveau de la tête. Déjà aux environs de 19h 45, après avoir fini de manger, nous sommes allés pour suivre un match de football. On était deux à aller suivre le match. Après le match, nous sommes revenus à la maison. Un collègue qui était mon co-chambrier (décédé) était dans la maison en train de préparer un cours, pendant que l’autre était dehors assis sur sa moto, connecté sur internet. J’ai continué dans la maison pour rendre compte à mon collègue du déroulement du match. Quand je suis sorti de la maison, je me suis dirigé  vers les buissons pour me soulager. Après cela, j’ai rejoint les autres qui étaient dehors. Le collègue avec qui on est allé regarder le match a pris sa moto pour aller chercher de l’eau aux environs de 22h 15. Il est revenu nous trouver en train de causer à deux, pendant que l’autre était toujours dans la maison. Et mon collègue disait qu’avec l’insécurité qui règne à Kaïn, quand on entend le bruit d’une moto, on est effrayé. Et on a tous éclaté de rire. Ensuite, je suis rentré dans la chambre. 10 minutes après, on a entendu un bruit très fort. Pour moi, c’est la moto du collègue qui avait explosé. Mes collègues qui étaient assis dehors ont pris la fuite, sachant que c’était des tirs de fusils et non une explosion. Nous, dans la chambre, on se demandait ce qui se passait. Dans leur fuite, l’un a pu s’échapper et l’autre, en voulant se cacher derrière la maison, a rencontré une balle qui l’a transpercé au flanc gauche. Il y a eu une deuxième vague de tirs. Cette fois-ci, en direction de la maison. De dehors, les assaillants ont tiré sur l’une des fenêtres de la maison et cela a brisé les vitres. Et comme j’étais debout, les tessons de la vitre ont atteint ma tête (au niveau du front). Je suis tombé tout en sang. Je rampais maintenant pour aller dans une autre chambre. Les assaillants sont rentrés dans la maison et l’un d’eux se dirigeait vers moi et les autres vers mon collègue. J’étais coincé à l’angle de la maison. Quand il m’a tiré dessus, je me suis éclipsé et j’ai échappé à la balle. Je me suis battu comme je pouvais et j’ai même pu refermer la porte derrière lui à clé. Il a continué de tirer sur la porte et j’étais recroquevillé sous une table au coin de la maison. Mon sang a beaucoup coulé au point que je ne me retrouvais pas. Mais malgré cela, quand les tirs ont commencé à s’éloigner de notre maison, je suis rentré dans la brousse dans l’espoir de rejoindre le CSPS. Pendant ce temps, mon co-chambrier était déjà étalé sous les balles assassines des assaillants. Sur leur passage, ils ont crevé les pneus d’une moto et en ont emporté 2. Les assaillants ont également rendu visite à un des collègues et à un vétérinaire qui, heureusement pour eux, avaient déjà pris la clé des champs. Depuis 2014 où j’ai pris service, on entendait parler d’attaques dans la zone, mais pas dans notre établissement. »

 

« J’ai reçu la balle au niveau du flanc droit », Alidou Ouédraogo

 

« Le soir du 26 au 27 novembre 2017, pendant que nous étions derrière notre maison, aux environs de 22h 15, j’ai constaté une apparition progressive d’individus armés. Et juste après leur positionnement, nous avons entendu des tirs avec des détonations très fortes. J’étais avec mon collègue Porgo, professeur de maths et SVT également. Il était sur sa moto et moi sur une chaise et on discutait de sujets d’actualité, notamment des modalités d’inscription à l’université 3 « S » après notre formation. Quand on a entendu les tirs, il a laissé tomber sa moto et on a pris la fuite. C’est avant de tourner derrière la maison pour pouvoir se cacher et puis continuer que j’ai reçu la balle au niveau du flanc droit. Les assaillants continuaient de tirer derrière et devant nous. La solution pour nous, c’était de progresser dans notre course pour ne pas être tués. Par conséquent, comme j’ai déjà reçu une balle, j’ai continué tout droit pour rejoindre le CSPS. Les deux collègues étaient dans la chambre pendant les tirs. L’un préparait ses cours et l’autre était rentré pour prendre un bidon et rejoindre monsieur Porgo qui se préparait à aller chercher de l’eau vu qu’à Kaïn, le problème d’eau se pose. C’est celui qui préparait les cours qui a été abattu et l’autre a eu la vie sauve en se cachant dans la chambre de monsieur Porgo. Dans ma fuite, je suis passé devant la porte des enseignants de l’école primaire. Tout était calme et j’ai progressé dans le village. Du village, j’ai constaté que les tirs ont progressivement diminué et j’ai continué ma route jusqu’au CSPS, baignant dans mon sang. J’ai reçu les premiers soins et un collègue m’a conduit à Thiou. De Thiou, le district sanitaire nous a délivré une autorisation pour être admis au CHR de Ouahigouya. Et c’est à 3h 40 environ qu’on est arrivé à l’hôpital, après 5 heures de route sur une distance de 75 kilomètres. »

 

 

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