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ATTAQUE TERRORISTE AU NIGER :

Quand Niamey cherche des boucs émissaires

Les hommes de la 12e compagnie spéciale d’intervention, basée à Ouallam dans le Nord de Tillabery au Niger, non loin de la frontière malienne, sont tombés dans une embuscade tendue par des terroristes. Le bilan est tout simplement effroyable. En effet, 28 soldats y ont perdu la vie. Pour honorer leur mémoire, le gouvernement nigérien a décrété un deuil national de 3 jours à compter d’hier, 16 mai 2019. Selon le gouvernement nigérien, les terroristes qui ont posé l’acte criminel sont venus du Mali voisin. En outre, il apporte la précision que toutes les attaques dont est victime le Niger, sont  l’œuvre de terroristes basés dans les pays frontaliers et que le pays ne compte à ce jour aucune katiba basée sur son sol. Pour terminer, le gouvernement décrit le Niger comme le pays le plus sécurisé du Sahel africain. Tout en reconnaissant l’effort remarquable de Niamey dans la lutte contre le terrorisme, l’on peut se permettre d’être circonspect face à cette sortie gouvernementale.  En effet, personne ne peut jurer la main sur le cœur qu’aucun mouvement terroriste n’a élu domicile au Niger. Et cela, pour deux raisons essentielles. D’abord, les terroristes ne connaissent pas de frontières ou du moins celles qui ont été arbitrairement tracées par les puissances coloniales. L’autre raison est liée à l’envergure du pays. Le Niger a, en effet, une superficie de 1 267 000 km2. Ce gigantisme n’est pas sans conséquence. Et ce n’est pas faire injure au gouvernement nigérien de dire que celui-ci n’a pas les moyens pour sécuriser tout le pays au point d’affirmer que le Niger est vierge de toute présence d’une base terroriste sur son sol. En réalité, Niamey est à la recherche de boucs émissaires pour justifier les attaques terroristes dont le pays est victime. Et c’est de bonne guerre pour rassurer l’opinion nationale voire internationale. Cela relève tout simplement de la pure com. Et cette façon de percevoir les voisins comme le ventre mou de la lutte contre le terrorisme, s’apparente à une fuite de responsabilités. Et tout cas, elle risque de susciter des frustrations dans le camp de ceux qui ont été mis à l’index  par Niamey.

 

La plus grande responsabilité est à chercher du côté des pays occidentaux

 

Certes, le gouvernement nigérien ne les a pas explicitement nommés, mais chacun peut se faire une idée des pays mis en cause. Face à l’adversité que les forces de mal ont imposée à l’ensemble des pays du Sahel africain, il ne sied pas que chaque pays de cet espace cherche à se blanchir tout en noircissant les autres. La bonne attitude consiste à voir ce qui peut être mis en commun pour que la riposte soit plus efficace. C’est dans cette optique que la force du G5 Sahel avait été mise en place. Malheureusement, l’on  peut faire le constat que cette structure est plus à l’aise dans les rencontres internationales que sur le théâtre des opérations. Rien que le 14 mai dernier, les ministres des Affaires étrangères des pays membres étaient à Bruxelles pour parler de la riposte à apporter au péril terroriste. Pendant ce temps, ce sont les populations déjà victimes de la mal-gouvernance, qui subissent le plus les effets dévastateurs des attaques terroristes. Quelque part, l’on peut donc dire que tous les pays du Sahel sont en partie responsables de ce qui leur arrive aujourd’hui. Mais la plus grande responsabilité est à chercher du côté des pays occidentaux qui ont attaqué la Libye pour la débarrasser de Mouammar Kadhafi et qui n’ont pas daigné assurer le service après-vente. De ce fait, ils ont permis à des terroristes de se replier sur le Sahel avec armes et bagages. Ce sont ces terroristes qui se sont réorganisés pour sévir au Sahel. A l’époque, on se rappelle, le Niger leur avait ouvert grandement ses portes tout en apportant la précision qu’il avait pris le soin de les désarmer. Ce qui reste à être vérifié. En tout cas, l’attaque terroriste que vient de subir le Niger, dément l’idée défendue par le gouvernement selon laquelle le pays de Hamani Diori est le plus sécurisé du Sahel africain. En 2017, on se rappelle, la même zone avait subi une attaque. A cette occasion, les Etats-Unis avaient perdu des soldats. Cette fois-ci, les terroristes ont eu le temps et l’outrecuidance de vandaliser les antennes relais téléphoniques quelques jours auparavant, sans que le gouvernement ne s’en rende compte. Et après l’hécatombe, ils se sont,  comme par miracle, évaporés dans la nature. Ce scénario digne d’un film hollywoodien se réalise difficilement dans un pays sécurisé. Le drame qui vient de se passer au Niger, vient démontrer à souhait que l’antidote du terrorisme, ce n’est pas forcément la présence des forces étrangères sur le sol africain. Car, lorsqu’il s’agit pour elles de voler au secours des populations locales, l’on peut avoir l’impression qu’elles font dans l’indolence. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de secourir leurs compatriotes. Le jour où les Africains commenceront à décrypter le phénomène terroriste comme un jeu d’intérêt entre les grands de ce monde, ils auront trouvé une partie du remède contre le mal.

 

« Le Pays »

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