ATTAQUES TOUS AZIMUTS  AU MALI

ATTAQUES TOUS AZIMUTS  AU MALI

  Jusqu’au bout de la témérité

Une mission conjointe des forces armées maliennes et de la force Barkhane, a été la cible d’une attaque spectaculaire, hier dimanche, dans la périphérie de Gao, manifestement menée par des candidats au suicide, à bord d’un véhicule bourré d’engins explosifs. Le bilan provisoire fait état de plusieurs victimes françaises et maliennes, et des blindés légers détruits. Au regard du mode opératoire et du profil des assaillants, il ne fait guère de doute que ce sont des terroristes qui étaient à la manœuvre, même si l’attentat n’avait pas  été revendiqué jusqu’au moment où nous tracions ces lignes. Ça pourrait d’ailleurs être une action de représailles contre les soldats français qui avaient utilisé des hélicoptères Tigres et des Mirages 2000, le 22 juin dernier, pour neutraliser une quinzaine de terroristes présumés à  Inabelbel, dans la région de Tombouctou. Alors qu’on pensait que ce coup dur allait réduire les djihadistes au silence pendant quelques semaines, les voilà qui redonnent des signes de vie de manière sanglante et pour le moins inédite, moins d’une semaine plus tard, cette fois-ci à Sévaré,  dans la région de Mopti.

Les habitants de cette ville-garnison située  au Centre du Mali, n’en croyaient pas, en effet, leurs oreilles et leurs yeux, vendredi dernier, quand ils ont entendu l’énorme déflagration suivie d’une épaisse fumée noire, au Quartier général (QG) de la force du G5 Sahel. Cette attaque particulièrement osée a fait six morts, dont deux soldats maliens et un civil. Trois assaillants ont également péri dans l’attentat, et quatre suspects ont été mis aux arrêts, selon le gouverneur de la région de Mopti, le général Sidi Alassane Touré. Ce pied de nez sans précédent à la force conjointe est, à en croire l’agence privée mauritanienne Al-Akhbar, l’œuvre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), même s’il ne faut pas exclure la possibilité de connexion avec des groupes armés peuls qui ont juré de venger le massacre de douze des leurs au marché de bétail de Boulikessi, en mai dernier, par des éléments du contingent malien du G5 Sahel.

La nébuleuse islamiste n’entend pas rester l’arme au pied

Mais la sophistication de l’opération (véhicule-bélier estampillé CICR bourré d’explosifs, projeté contre l’entrée principal du QG, suivi de tirs d’armes automatiques par des fantassins embusqués) et le timing (à 48 heures de l’ouverture du sommet de l’Union africaine (UA) à Nouakchott, en marge duquel la question de la force conjointe sera évoquée par les chefs d’Etat concernés), tendent à accréditer, comme dans le cas de l’attaque de la force Barkhane à Gao, la piste terroriste. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les assaillants, à Sévaré comme à Gao, sont allés jusqu’au bout de la témérité, puisqu’ils ont attaqué en plein jour des cibles fortes et des positions a priori fermement défendues par des soldats  forcément sur les dents depuis que le centre de gravité de la crise s’est dangereusement déplacé vers le Centre et le Sud du pays. Mais heureusement que cette fois-ci, au moins, les forces armées maliennes (FAMA) n’ont pas failli à leur mission, en allant illico presto porter secours et assistance à leurs collègues qui étaient attaqués. Cette réactivité des FAMA est assez rare pour être soulignée, puisqu’on se rappelle qu’en août 2015, des présumés djihadistes avaient investi l’hôtel « Le Byblos » situé à quelques encablures d’une caserne, tué treize de ses occupants et paradé dans les ruelles adjacentes avant de s’évanouir dans la nature, pendant que les soldats maliens restaient terrés dans leur forteresse. Mais depuis, les FAMA ont acquis de l’expérience et de l’expertise, et leur riposte suite aux attaques de la patrouille de la force Barkhane et du poste de commandement du G5, est la preuve, s’il en fallait, qu’on ne piétine pas impunément par deux fois et de la même manière, les bijoux d’un …soldat. En tout état de cause, l’attentat de Sévaré et dans une certaine mesure, celui de Gao, ne sont pas sans rappeler les attaques du 2 mars dernier à Ouagadougou, d’autant que dans les trois cas, coïncidence ou relation de cause à effet, ce sont des cibles symboliques qui sont visées, et ce sont surtout les pays membres de la force anti-djihadiste au Sahel qui en sont les victimes. Autres similitudes,  à Ouagadougou comme  à Sévaré et à Gao, ce sont des véhicules piégés qui ont été utilisés pour faire le maximum de victimes possibles, et c’est la même organisation du GSIM qui pourrait revendiquer les attaques. C’est la preuve, s’il  en est, que la nébuleuse islamiste n’entend pas rester l’arme au pied, au regard de l’activisme militaire des pays membres du G5 Sahel et de la France, notamment au niveau des frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Et le pire reste peut-être à venir, quand on sait que cet « Albatros » du G5 Sahel peine à prendre son envol par manque de ressources financières puisque toutes les promesses de contribution n’ont visiblement pas été suivies d’effets, alors que dans le même temps, l’ennemi à abattre peaufine ses stratégies et multiplie les actions d’éclat. La situation est encore plus inquiétante pour le Mali où on assiste, n’ayons pas peur des mots, à une guerre civile dans le Centre du pays. Et dire que malgré ce chaos sécuritaire et cette paranoïa ambiante, une élection présidentielle est prévue à la fin du mois en cours, comme si les populations du Centre et du Nord étaient prêtes à servir de chair à canon aux groupes armés d’obédience ethnique et/ou religieuse. Au regard donc de ce contexte plus que trouble,  il est fort probable que le taux de participation qu’on imagine relativement élevé dans le Sud du pays, serve de variable d’ajustement pour donner l’illusion, à la communauté internationale et aux partenaires du Mali, que la majorité des électeurs au plan national  se sont bousculés devant les bureaux de vote.

Hamadou GADIAGA

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