A la uneDialogue intérieur

ATTENTE DES RESULTATS EN RDC

 Mission-suicide pour Corneille Nangaa

En République démocratique du Congo (RDC), Godot a fini par arriver le 30 décembre 2018, après deux ans de retard et plusieurs reports de la présidentielle qui doit ouvrir la succession de Joseph Kabila. Depuis lors, tous les regards sont rivés sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui n’a pu tenir le délai du 6 janvier dernier pour la proclamation des résultats comme initialement prévu, mais dont l’entrée en conclave, il y a de cela quelque quarante-huit heures, augure de l’imminence de la sortie de la fumée blanche. Mais plus la CENI fait durer le suspense, plus la pression monte dans les différents états-majors de campagne où l’on ne s’attend à rien d’autre qu’à la victoire, que ce soit du côté de l’opposition ou du pouvoir.

Corneille Nangaa est aujourd’hui pris entre le marteau de l’opposition et l’enclume du pouvoir

Une situation qui a plongé le pays dans une lourde atmosphère de tensions qui annonce un déluge sur la RDC, et qui suscite craintes et inquiétudes du côté de la communauté internationale.

Dans cette atmosphère de veillée d’armes, un homme, Corneille Nangaa, est investi d’une lourde mission : celle de donner le nom du vainqueur de la présidentielle, en stricte conformité avec la vérité des urnes. Dans un pays où les esprits sont chauffés à blanc et préparés, d’un côté (opposition) comme de l’autre (pouvoir), à la victoire, comment faire pour ne pas risquer d’être mis à l’index par le camp des perdants ? Là est la véritable équation pour le président de la CENI qui semble engagé dans une véritable mission suicide. En effet, la position d’arbitre qui devrait être la sienne, semble aujourd’hui difficile à tenir parce qu’il a semé le doute sur son impartialité, dans l’esprit de l’opposition qui le soupçonne de rouler pour Joseph Kabila et de travailler à la victoire du candidat du parti au pouvoir. Et à y regarder de près, l’on ne peut pas dire que l’institution dirigée par Corneille Nangaa, s’est efforcée de montrer patte blanche dans cette affaire. Bien au contraire, l’on peut même dire qu’elle a prêté le flanc, tant elle semble se complaire de l’opacité la plus totale qui entoure le dépouillement des votes. Blocage des réseaux sociaux, black-out sur la compilation des résultats, comptage des voix en l’absence d’observateurs, découverte dans la nature, de PV de dépouillement en faveur de candidats de l’opposition, bref, de quoi largement conforter l’opposition dans sa conviction que tout est mis en œuvre pour lui voler sa victoire. Et l’opposition est d’autant plus fondée à le penser qu’au regard des invites pressantes et pas des moindres, adressées à la CENI, pour quelle respecte la vérité des urnes,  tout porte à croire que c’est un de ses candidats qui a remporté les élections. Or, du côté du pouvoir, l’on continue de soutenir qu’une victoire de l’opposition relèverait du miracle. C’est dire si Corneille Nangaa est aujourd’hui pris entre le marteau de l’opposition et l’enclume du pouvoir qui ne jurent tous que par la victoire. C’est pourquoi le président de la CENI doit prendre la pleine mesure de sa responsabilité devant l’Histoire, quitte à s’acquitter d’un devoir dans l’intérêt de la nation et du peuple congolais, c’est-à-dire le devoir d’ingratitude. Il porterait toute la responsabilité de la tragédie qui guette la RDC, s’il proclamait des résultats qui ne reflètent pas la vérité des urnes.

Pour la Nation, aucun sacrifice n’est de trop 

Il lui revient donc de refuser de jouer au Judas qui serait pris de remords après-coup. Car, pour l’une des rares fois, son pays a une chance inouïe de rentrer positivement dans l’Histoire. Car, depuis l’indépendance, la RDC a toujours accumulé drame sur drame par rapport à sa propre histoire et le pays n’a jamais connu de dévolution pacifique du pouvoir. En effet, après avoir « déposé », en 1965, par coup d’Etat, le premier président, Joseph Kasavubu, Mobutu Sésé Séko sera chassé trente-deux ans plus tard comme un malpropre, du pouvoir, en 1997, par Laurent-Désiré Kabila. Ce dernier sera assassiné en 2001 pour laisser la place à son fils, Joseph Kabila, que d’aucuns accusent de parricide, et qui préside depuis maintenant dix-huit ans  aux destinées de la RDC. L’occasion est donc belle pour vaincre le signe… congolais et rompre avec ce passé tragique, mais l’on se demande si Corneille Nangaa et les siens se montreront à la hauteur de l’Histoire. En tout cas, ce serait un haut fait politique mémorable dont son pays, l’Afrique et l’humanité lui seront reconnaissants.

En tout état de cause, les dés sont jetés et la RDC, en quête de renouveau, est une fois de plus face à son histoire. Tout le mal que l’on puisse lui souhaiter, c’est que cette histoire ne continue plus de s’écrire en lettres de sang. Pour cela, il faut des hommes qui aient un sens élevé de leurs responsabilités. Et Corneille Nangaa peut être de ceux-là. Se montrera-t-il à la hauteur du défi ? En attendant de savoir s’il est prêt à graver son nom au Panthéon des Grands hommes, le bien nommé Nangaa semble aujourd’hui, pour l’instant, dans la posture du  scorpion. Pris entre deux feux, choisira-t-il, comme  la bête, de s’auto-darder pour échapper au péril des flammes ? Ce n’est pas ce que son pays lui demande. Les Hommes passent, la Nation demeure. Et pour la Nation, aucun sacrifice n’est de trop !

Bien au contraire, ce genre de sacrifice est à tout point de vue, bénéfique.

Corneille Nangaa devrait en faire sa philosophie. 

« Le Pays » 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer