AZIZ DABO, SECRETAIRE EXECUTIF ADJOINT, PORTE-PAROLE DE LA NAFA : « Ce qui manque parfois à nos dirigeants, c’est la prospection»

AZIZ DABO, SECRETAIRE EXECUTIF ADJOINT, PORTE-PAROLE DE LA NAFA :  « Ce qui manque parfois à nos dirigeants, c’est la prospection»

Nous abordons avec notre invité de ‘’Mardi Politique ‘’ de cette semaine, Aziz Dabo, de nombreux sujets d’actualité comme le procès du putsch manqué, le message des chefs coutumiers aux Burkinabè, la gouvernance économique, la situation sécuritaire. Lisez plutôt !

« «Le Pays » : Comment se porte la NAFA depuis l’incarcération de son mentor, Djibrill Bassolé ?

Aziz Dabo : La NAFA se porte bien malgré toutes les difficultés rencontrées depuis sa création. Comme tout parti politique, la NAFA continue d'animer la scène politique.

Bientôt, débutera à la barre, l’audition du Général Djibrill Bassolé. Etes-vous serein au regard de ce que certains prévenus ont dit sur lui ?

Effectivement, nous sommes à la dernière liste des accusés du putsch manqué de 2015, qui se clôturera par l'audition de notre leader, le Général Bassolé. Nous, tout comme lui, attendons impatiemment cette étape fatidique du procès, afin qu'il puisse enfin s'expliquer aux Burkinabè et à toute l'opinion internationale, de ce qui lui est reproché. Trop de choses ont été dites, trop d'extrapolations et de mystères purement politiques autour du cas Bassolé. Aussi, à ma connaissance, aucune personne à ce procès n'a dit quelque chose de compromettant à son égard, sauf s'il s'agit d'un autre procès. Dès que son nom est cité, très rapidement, les adversaires politiques n'hésitent pas à en faire une controverse tout en déformant les propos. Vous savez, abordons les situations avec lucidité car il s'agit bien ici, d'opposer des faits avec des éléments de preuves et non des suppositions ou accusations sans fondement.

Croyez-vous en la justice ?

Trop d'incidents et de scandales ont terni l'image de ce procès où le politique semble avoir pris le dessus. Mais j'espère qu'en toute indépendance et impartialité, les magistrats prendront leur courage à deux mains afin de rendre un verdict en phase avec les textes et les lois. La loi pénale étant d'interprétation stricte.

Votre parti et plus précisément votre leader sont accusés d'être de connivence avec les terroristes. Quel commentaire en faites-vous ?

Vous ne pourrez rien contre les élucubrations de certains militants qui tentent inlassablement de justifier l'injustifiable et certaines analyses frelatées. Nous sommes sereins et prêts à répondre le cas échéant car, j'estime qu'en termes d'analyses, la question sécuritaire et du terrorisme devrait être abordée avec plus de sérieux.

Le ministre de la Défense, le jour de la fête de l'armée, parlait d'une tentative de déstabilisation dans une interview accordée à VOA. Qu’en dites-vous ?

N'ayant peut-être pas certains éléments d'appréciation dont il dispose et au vu de la délicatesse de sa fonction, je souhaiterais, comme tous les autres Burkinabè, savoir qui souhaite déstabiliser le Burkina Faso. A quelle fin ? Et pourquoi ne pas les appréhender ? Nous voulons être édifiés par la suite.

Quelle appréciation faites-vous du dispositif sécuritaire mis en place par le Burkina pour lutter contre le terrorisme?

Il serait prétentieux pour moi de connaître le dispositif de sécurité du Burkina Faso et de l'analyser, n’étant pas du domaine. Mais le constat est alarmant car des blessés, des pertes en vies humaines sont recensées et jamais l'intégrité du territoire n'a été autant menacée. Cela dit, je souhaiterais réitérer mes encouragements aux Forces de défense et de sécurité pour le travail abattu malgré les modestes moyens mis à leur disposition, tout en invitant les populations à une large collaboration. J'interpelle les autorités à dépolitiser la question sécuritaire et à faire de la lutte contre le terrorisme, une priorité.
Pour terminer, la semaine écoulée a été marquée par des événements culturels tels que le Salon international de l'artisanat de Ouagadougou (SIAO), les Recréatrales et un événement sportif, le Tour cycliste du Faso. Je voudrais féliciter les autorités et les Forces de défense et de sécurité pour la tenue de ces activités sans incidents malgré le contexte sécuritaire sensible. Privilégions l'intérêt supérieur de la Nation.

Quelle est votre analyse de la situation qui prévaut à la CENI, notamment la polémique autour de la plateforme numérique multicanal de recensement des électeurs ?

Je voudrais saluer le courage des commissaires qui, à l'unanimité, ont rejeté cette plateforme "Newton", projet tant controversé du président, prouvant que le consensus n'avait pas été privilégié. D'ailleurs, au niveau du Chef de file de l'opposition, nous avions refusé catégoriquement. Nous avons perdu énormément d'énergie dans cette affaire. Les élections peuvent conduire à des crises, pré ou post-électorales, d'où la nécessité, pour la CENI, de fonctionner dans une parfaite cohésion.

Selon vous, quelle doit être la posture du président de la CENI actuellement ?

Je constate que 14 commissaires sur 15 ont rejeté sa plate-forme. A lui d'en tirer les conséquences. Le plus important, c'est la cohésion au sein de l'institution et la crédibilité pour l'organisation d’élections transparentes acceptées par tous.

On constate qu’au Burkina, l’incivisme est grandissant malgré les séances de sensibilisation. Faut-il vraiment s’en inquiéter ?

C'est une réalité dans les comportements, à tous les niveaux de la vie de la Nation, mais surtout accentuée par les événements politiques récents du pays où certains ont confondu liberté avec libertinage au vu et au su de tout le monde sans toutefois être inquiétés. Un adage populaire dit ceci : « le poisson pourrit par la tête ». La gestion efficace et efficiente ne peut se faire sans sévir et cela, dans le respect des textes en vigueur et en toute impartialité.

Il y a un mouvement qui vient de naître pour demander le retour de Blaise Compaoré. Comprenez-vous le message dudit mouvement ?

Blaise Compaoré est Burkinabè, il a été 27 ans durant au pouvoir. Je ne suis pas étonné que ses partisans se mobilisent pour demander son retour.

D’aucuns disent que le réseau G33 qui vient d’être lancé à Bobo-Dioulasso, a été créé pour soutenir la candidature Kadré Désiré Ouédraogo et pour demander le retour des exilés politiques. Quelle est votre appréciation ?

Tout comme vous, je suis avec un grand intérêt la scène politique. Il semble que les prochaines échéances seront palpitantes. Il serait difficile que nous parlions de réconciliation nationale sans aborder la situation des exilés politiques.

Un des faits majeurs de l’actualité nationale, c’est la sortie du livre de l’ancien Premier ministre, Isaac Zida. Quel commentaire faites-vous dudit livre titré : « Je sais qui je suis » ?

Jeune Afrique annonçait l'écriture de ce livre, il y a quelques mois. Il s'est écoulé comme de petits pains pour l'homme qui est passé de Lieutenant-colonel à Général et qui a été respectivement président du Faso et Premier ministre. S'il a donné sa version des faits qui peut être discutable à certains niveaux, car se présentant comme le sauveur du Burkina, nous avons vu tous les scandales qui ont jalonné son départ. Le fait marquant, c'est la rupture avec les copains d'hier du MPP qui, pourtant, devaient entériner sa nomination comme ambassadeur à Washington. Vivement que les langues se délient pour qu'enfin, la vérité soit connue de tous.

Les chefs coutumiers viennent de donner leur analyse de la situation nationale. Comment avez-vous reçu leur message ?

Sans un retour aux sources basé sur nos cultures et valeurs, l'Afrique serait perdue. Mon souhait le plus ardent est que nos bonnets rouges s'impliquent activement dans la recherche de la paix, de la réconciliation et de la cohésion sociale nationale de façon impartiale.

D’aucuns se plaignent de la baisse du pouvoir d’achat des Burkinabè mais le gouvernement s’en défend. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Le gouvernement se défendra toujours de certains acquis mais est-ce suffisant au vu des promesses faites aux Burkinabè et des attentes sur la capacité du MPP et du candidat "Roch la solution "? La misère sévit au Burkina et la pauvreté a atteint des degrés indescriptibles. Faites-en une approche auprès des populations et si les choses vont bien, vous serez édifiés. Le référentiel PNDES vendu aux populations comme le rêve des 18 000 milliards de F CFA, qui semble être un échec, continue d'être la boussole des militants au pouvoir qui associent même les projets et financements acquis par l'ex- président Compaoré au PNDES. Ce qui manque parfois à nos dirigeants, c'est la prospection sur le long terme.

La question de l'employabilité de la jeunesse se pose avec beaucoup d’acuité. Comment, selon vous, doit-on faire face au problème du chômage ?

Je viens de visiter Banfora, Bobo-Dioulasso où le véritable problème de la jeunesse, c'est le chômage et les conditions d'accès aux emplois qui semblent avoir été politisées et ne sont accessibles qu'à ceux qui ont les bras longs, comme on le dit souvent. Et cela, au grand désarroi des plus pauvres. Très prochainement, se tiendra le salon des banques et PME des pays de l'UEMOA, qui se déroulera du 8 au 11 novembre à Bobo. J'espère que cette tribune permettra une réflexion approfondie des autorités sur les questions de l'employabilité de la jeunesse.

Quelle appréciation faites-vous de la classe politique ?

Elle a fourni assez d'efforts et est vieillissante car nombreux sont ceux qui sont aux affaires depuis plus de 30 ans. La nature ne trompe pas et une relève est indispensable. Traînant de longues querelles, cette classe a du mal à se départir de certaines considérations. La jeunesse est parfois otage de ces petits règlements de comptes. Mon souhait est que les jeunes se départissent de certaines méthodes pour appréhender la politique autrement, qui n'est nullement une guerre fratricide, mais un combat d'idées pour le développement du Burkina Faso, notre pays. Je suis de ceux qui pensent que les politiques doivent dialoguer et communiquer. Nous devons avoir de la maturité politique et je milite pour le concept suivant : la politique autrement.

Propos recueillis par Drissa TRAORE

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