AZIZ DIALLO, DEPUTE- MAIRE DE DORI « Il ne suffit pas de souhaiter la réconciliation nationale du bout des doigts ou des lèvres »

AZIZ DIALLO, DEPUTE- MAIRE DE DORI  « Il ne suffit pas de souhaiter la réconciliation nationale du bout des doigts ou des lèvres »

 

Après ses études en gestion et en informatique au Canada, il décide de travailler dans le secteur privé dans le même pays. Quelques années plus tard, il rejoint le système des Nations unies où il fait ses preuves. Rattaché aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, il travaille dans des pays en crise. De la Sierra Léone au Liberia en passant par l’Afghanistan, il contribue au maintien de la paix dans ces pays. Aimant les défis, il démissionne de son prestigieux poste en 2014 pour rejoindre son pays, le Burkina Faso. Après une année dans le secteur privé au pays des Hommes intègres, il entame une carrière politique sans doute pour poursuivre l’œuvre de son père, Hama Arba Diallo, décédé le 1er octobre 2014. Vous l’aurez imaginé, Aziz Diallo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est actuellement député-maire de la commune urbaine de Dori, chef-lieu de la région du Sahel. Il est l’invité de notre rubrique hebdomadaire « Mardi politique ». Avec lui, nous avons parlé de la situation nationale, des défis sécuritaires et du drame de Yirgou.

« Le Pays » : Comment se porte le PDS/METBA ?

Ahmed Aziz Diallo : Le PDS/ Metba se porte très bien. Depuis le dernier congrès, ce n’est plus le PDS Metba, mais le PDS tout simplement, Parti pour la démocratie et le socialisme. Nous avons tenu notre congrès en décembre dernier à Ouagadougou et nous avons procédé au renouvellement des structures du parti. Tout s’est bien passé. En amont, nous avons renouvelé les fédérations, nous sommes présents dans les 13 régions du pays. Tout ce travail a été fait. Les instances fonctionnent régulièrement et on peut dire que le PDS se porte très bien.

Comment vous sentez-vous au sein de la majorité ?

Nous nous sentons bien dans la majorité présidentielle. C’est une décision qui a été prise par les instances du parti et depuis l’avènement au pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, nous participons à la gestion du pouvoir. Nous avons un bilan positif de notre participation à la majorité présidentielle à travers les différentes instances.

C’est au nouveau PM de marquer le pas

Nous avons un représentant au niveau du gouvernement, nous participons aussi aux différents cadres qui existent, notamment dans le cadre de l’Alliance pour la majorité. Nous participons de manière active au niveau de ces différentes structures.

Quel bilan tirez-vous de cette collaboration ?

Au niveau de la collaboration, nous tirons un bilan positif. Nous pouvons dire que nous sommes satisfaits de la collaboration avec le parti au pouvoir. Le bilan est positif certes au niveau de la collaboration, mais vu la situation dans laquelle notre pays est, nous aurions souhaité qu’on fît mieux, qu’on fût allé plus loin surtout dans la résolution des préoccupations des Burkinabè. Donc, la collaboration se passe bien mais, nous aurions voulu avoir plus de résultats à montrer aujourd’hui au peuple burkinabè.

Quel est votre commentaire sur la gestion du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, 3 ans après ?

Je dirais que j’en tire un bilan positif. Bien sûr, on aurait souhaité que la situation fût mieux que cela comme je le disais un peu plus haut. Nous faisons face à d’énormes défis, notamment les défis sécuritaires qui se sont invités dans les débats. C’est une question qui est d’actualité à côté de tout ce que nous avons comme défis. Le gouvernement s’y attèle. Nous avons une appréciation positive du bilan après 3 ans de la gouvernance du président Roch Marc Kaboré et nous espérons qu’avec les deux années qui lui restent pour boucler son mandat, nous pourrons aller plus loin en termes de réalisations et de satisfaction des attentes du peuple burkinabè.

Est-ce que votre parti présentera un candidat à l’élection présidentielle de 2020 ?

C’est une décision qui n’a pas encore été prise. Au moment opportun, les instances du parti se réuniront et prendront la décision quant à la conduite que nous allons tenir vis-à-vis des élections de 2020. Ce n’est pas un débat qui a eu lieu au niveau du parti, mais c’est sûr qu’au moment opportun, les instances du parti en décideront.

Comment avez-vous accueilli la nomination du septuagénaire Christophe Dabiré, comme Premier ministre ?

Soixante-onze ans, c’est un âge où beaucoup de Burkinabè sont productifs. Je n’ai pas d’appréhension particulière vis-à-vis de son âge. C’est un monsieur qui a beaucoup d’expérience, qui connaît très bien la politique au Burkina, les institutions au Burkina et dans la sous-région. En tant que Burkinabè, le pire que nous pouvons lui souhaiter, c’est qu’il réussisse. Maintenant, vous avez beau avoir un très bon Premier ministre, tout seul, il ne pourra jamais aller loin. C’est important maintenant qu’il réussisse à fédérer toutes les forces vives de notre pays pour l’accompagner à réussir sa mission. C’est un défi qui est lancé à tout le monde.

Pensez-vous qu’il réussira à relever les défis auxquels fait face le Burkina ?

On espère qu’il le réussira. Comme je viens de le dire, même s’il est dans de bonnes dispositions pour réussir, il est important que tout le monde y mette sa main. Tout seul, il ne peut pas réussir. C’est important que tous les Burkinabè l’accompagnent, chacun dans son rôle, afin qu’il réussisse sa mission. Maintenant, si tout le monde dit qu’il y a un nouveau Premier ministre et qu’on s’asseoit pour le regarder faire, ce sera difficile pour lui de réussir au regard des défis auxquels nous faisons face. C’est important que lui-même marque le pas, qu’il intervienne afin que nous voyions ses intentions, ce qu’il envisage de faire. C’est à lui de marquer le pas, de travailler à réunir tous les Burkinabè autour des priorités de la Nation.

La cohésion sociale a été mise à rude épreuve ces derniers temps. Qu’est-ce qui explique cela ?

C’est difficile de dire ce qui explique cela. Nous traversons une crise que nous n’avons pas forcément connue dans le passé. C’est une crise que nous n’avons pas vu venir mais qui vient nous rappeler la légèreté de notre tissu social. Personne n’aurait imaginé que nous allions un jour voir ce que nous avons vu à Yirgou. Le plus important, c’est de comprendre ce qui s’est passé, d’en tirer les leçons pour nous assurer qu’un événement de ce type ne se reproduira plus dans notre pays. C’est une piqûre de rappel que nous ne devons pas prendre pour acquis. Nous avons toujours pensé que nous avions un pays très uni, très soudé. Malheureusement, nous avons ce genre d’évènements qui viennent nous rappeler que ce n’est pas forcément le cas. Il faut se réinvestir, chacun dans ses rôles, ses prérogatives, les populations comme le gouvernement, pour nous assurer que nous n’allons plus vivre ce genre d’évènements dans notre pays. L’Etat a un rôle très important à jouer là-dessus. La Justice aussi y a un rôle à jouer. Il est important qu’après avoir vécu un drame pareil, les responsabilités soient situées et que tous ceux qui ont contribué à ce massacre, payent, que justice soit rendue aux dizaines d’innocents qui ont été massacrés. Il faut que la Justice prenne les devants et qu’à côté, tout ce qu’il y a comme mécanismes, joue son rôle pour solidifier davantage notre justice sociale.

Que proposez-vous comme solutions pour renforcer le tissu social ?

La première proposition que je fais, c’est qu’il faut que justice soit rendue. A chaque fois qu’un Burkinabè est lésé quelque part, il faut que justice soit rendue. C’est le dénominateur commun. Il faut qu’on se dise tous, qu’importe ce qui se passe, qu’importe ce qui se dit ou se fait, qu’il y a une limite. Chaque Burkinabè doit être respecté dans ses droits et dans ses droits fondamentaux. Si un Burkinabè porte atteinte aux droits fondamentaux d’un autre Burkinabè, on doit se tourner vers la Justice afin que justice soit rendue pour que ce genre d’actions ne se reproduisent plus. La chose la plus importante, à mon avis, est que le droit soit dit dans le cas de Yirgou et dans tous les autres dossiers pendants. Il faut que tous les Burkinabè se disent que nous sommes tous égaux devant la loi et que celui qui est lésé dans ses droits, peut recourir à la Justice pour rentrer dans ses droits. Par la suite, tout ce que nous avons comme mécanismes traditionnels, comme instances, pourra jouer son rôle pour raffermir davantage notre tissu social.

Quel est le meilleur schéma pour parvenir à une véritable réconciliation nationale au Burkina tant souhaitée par tous ?

Il ne suffit pas de souhaiter la renonciation nationale du bout des doigts ou des lèvres. Il faut mener des actions qui concourent à cette réconciliation nationale. Je vais encore revenir sur le cas de la Justice. La Justice, à mon avis, est l’élément fondamental dans un processus de réconciliation nationale. Il faut que les gens se disent la vérité et que ceux qui ont commis des actes contraires à nos textes, admettent avoir commis ces actes, qu’ils acceptent d’avoir tort, d’avoir commis des infractions et que la Justice prenne les sanctions nécessaires. Nous avons vu ce qui s’est passé au Rwanda et aussi en Afrique du Sud à l’image de la commission vérité, justice et réconciliation. Aujourd’hui, on peut dire que l’Afrique du Sud a fait d’énormes pas en avant, quand on regarde son passé. Les choses se sont passées de manière naturelle. Il y a eu une commission, les gens ont reconnu qu’ils ont tort, ceux qui devaient être pardonnés l’ont été, ceux qui devaient faire face à la Justice ont été traduits en justice. Cela s’est passé au Rwanda également, après le génocide. Nous voyons qu’il y a eu des avancées à la suite de ce processus. C’est important que les gens se disent la vérité. Pour ceux qui doivent être pardonnés, si la société décide de les pardonner, elle les pardonnera. Ceux qui doivent répondre à la Justice, qu’ils aillent répondre et que tout le monde se sente respecté en tant que citoyen burkinabè.

Peut-on dire que les populations du Sahel sentent les effets du Programme d’urgence pour le Sahel (PUS) ?

On peut dire que les populations du Sahel sentent l’impact du programme d’urgence pour le Sahel. C’est vrai que nous avons de très fortes ambitions, le gouvernement en premier à travers le PUS. Malheureusement, les attentes sont très fortes au niveau des populations, au regard du contexte dans lequel nous vivons dans la zone. Les gens s’attendaient à voir plus que cela. C’est vrai, il ne faut pas l’occulter, on s’attendait à avoir, après deux ans d’exécution du PUS, plusieurs résultats. Mais, c’est un défi, il faut mobiliser les partenaires, il faut mobiliser les ressources pour pouvoir exécuter ce programme qui est très ambitieux. Cependant, le contexte dans lequel nous sommes, rend difficile l’exécution de certains projets qui sont inscrits dans ce programme. Les populations attendent beaucoup plus à travers ce programme d’urgence. On ne peut que souhaiter que le gouvernement réussisse davantage à mobiliser les ressources et les partenaires pour pouvoir exécuter ce programme afin de pouvoir répondre aux attentes des populations. Le contexte sécuritaire rend l’exécution de ce programme assez délicat. On peut avoir une appréciation mitigée de tout ce qui a été fait jusqu’à présent, mais, nous nous réjouissons du fait que le gouvernement reste engagé à travers ses partenaires et on espère que dans les mois et années à venir, on pourra montrer beaucoup plus de réalisations dans le cadre de ce programme d’urgence.

Depuis plus d’une décennie, la mairie de Dori est entre vos mains depuis votre père jusqu’à aujourd’hui. Quel est le secret ?

On ne peut pas parler de secret. Le papa, paix à son âme, est venu avec des ambitions de travail. Il a voulu changer les choses de manière substantielle à Dori, il s’y est investi et il a réussi. C’est un peu grâce à ses efforts que les populations se sont dit qu’elles vont nous accorder leur confiance, tout en espérant que nous allons lui emboîter le pas. Nous aussi avons adhéré à cette idée, nous avons nourri cet espoir, nous l’avons fait et nous nous évertuons à travailler pour que cet espoir-là,  ne s’amenuise pas, que les gens ne regrettent pas leur choix. Jusqu’à présent, nous rendons grâce à Dieu, les choses se passent assez bien. Donc, le secret, c’est le travail et les réponses aux attentes des populations. Les populations ne demandent pas la mer à boire. Elles ont des besoins fondamentaux, elles espèrent que l’équipe qui est là, tout comme l’équipe au temps du papa, va travailler pour pouvoir répondre, autant que possible, à leurs besoins.

Quels sont vos projets pour la ville de Dori ?

Nous avons beaucoup de projets pour la ville de Dori. Il y a beaucoup d’actions en cours, il y a beaucoup de projets que nous avons réalisés ces deux dernières années. Nous travaillons pour qu’à la fin de notre mandat, nous puissions aller devant les populations pour leur dire voilà ce que nous avons pu faire en fonction de leurs priorités. L’accès à l’eau est une question très importante dans la zone. Beaucoup d’efforts ont été faits dans le passé, le taux est excellent en milieu urbain, mais au niveau rural, nous avons beaucoup de difficultés en matière d’accès à l’eau potable. Si vous ne réglez pas le problème d’eau dans la région du Sahel, c’est que vous n’avez rien réglé. Nous investissons beaucoup avec l’appui de nos partenaires sur les questions d’eau, mais nous travaillons aussi sur d’autres secteurs qui sont porteurs pour l’économie de la zone.

Le projet triangle de l’eau sera réalisé dans son entièreté

Nous ne pouvons pas créer des emplois, mais nous pouvons investir dans certains secteurs qui sont importants pour permettre que cela nourrisse ce qu’il y a comme activités économiques au niveau de la zone, notamment dans le domaine de l’économie de l’élevage. Ce domaine nourrit plus de 80% de la population au niveau de la région et c’est important de réaliser certains investissements pour permettre à cette économie de bien fonctionner au profit de la population du Sahel. Nous travaillons beaucoup dans ce domaine. Nous travaillons beaucoup dans l’aménagement de nos zones pastorales. Nous avons un projet de construction d’une usine d’aliments à bétail au niveau de la commune, qui avance bien avec l’appui de nos partenaires. Nous nous sommes dit qu’en investissant au niveau de ce secteur-clé, cela va avoir un impact non seulement en matière de création d’emplois, mais aussi dans l’amélioration des conditions de vie des populations.

Que devient le projet « triangle de l’eau » qui était si cher à votre défunt père Hama Arba Diallo ?

Ce projet avance bien. Ce projet triangle d’eau est devenu aujourd’hui «  Eau et croissance économique et développement ». La première phase du projet est en cours d’exécution. Elle consiste en un renforcement du réseau existant de l’ONEA. Une station de traitement est en cours de construction. J’en profite pour saluer les partenaires financiers de ce projet. La station de traitement est en construction au niveau du barrage de Yakouta. On espère que d’ici la fin de l’année, le réseau existant pourra connaître une amélioration et nous sommes en train de mobiliser les ressources avec les partenaires pour la 2e phase du projet. A terme, c’est qu’à partir du barrage de Yakouta et de la station qui sera construite, on puisse canaliser l’eau pour aller jusqu’à Falagountou et à la commune de Gorom-Gorom et éventuellement dans certaines communes qui sont voisines. C’est la 2e phase du projet. Les discussions sont avancées avec la Banque africaine de développement (BAD) qui est très intéressée par le projet. A terme, ce projet sera réalisé dans son entièreté afin que la commune de Falagountou et la commune de Gorom-Gorom puissent bénéficier de la ressource en eau qui existe au niveau du barrage de Yakouta. C’est un projet très important pour toute la région et nous le suivons de près.

Combien coûtera cette 2e phase du projet ?

Nous ne pouvons pas, à l’heure actuelle, donner des chiffres exacts de cette phase du projet. La première phase a eu un budget de plus de 6 millions de dollars avec un l’appui de la mine d’Essakane et du gouvernement canadien. Un consultant a été sélectionné pour mettre à jour tout ce qui a été fait comme travaux et vu la fluctuation des coûts des matériaux, c’est difficile de donner un chiffre pour l’instant. Nous n’avons pas un budget spécifique pour la 2e phase, mais les travaux sont en cours.

Propos recueillis par Issa SIGUIRE

 

Aziz Diallo à propos des Editions « Le Pays »

Je voudrais vous féliciter pour le travail que votre journal « Le Pays » fait tous les jours, qui contribue à l’information et à la communication au niveau du pays. Je vous félicite pour le travail que vous abattez au quotidien  et vous encourage à poursuivre dans ce sens. Je voudrais, par la même occasion, vous présenter, ainsi qu’au peuple burkinabè, mes meilleurs vœux. Nous souhaitons avoir une année de paix, une année de stabilité afin de nous permettre de continuer à travailler pour le développement de notre pays. Je souhaite que cette année voie plus d’acquis, plus de réalisations qui aillent dans le sens des attentes du peuple burkinabè.

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