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BAGARRE AUTOUR DU NOUVEAU GOUVERNEMENT CENTRAFRICAIN

La rançon du clair-obscur

Paraphé le 5 février 2019 à Khartoum et signé le lendemain à Bangui, l’accord de paix sur la RCA (République centrafricaine) est en train de voler en éclats. Non pas parce que les différents signataires ont repris les combats sur le terrain mais tout simplement parce qu’ils passent le temps à se chamailler pour des intérêts bassement égoïstes. Tenez ! A peine dévoilé au grand public, le gouvernement d’union nationale, fort de 37 membres, censé permettre le retour progressif de la paix en RCA, a été remis en cause ; certains protagonistes et pas des moindres, ayant annoncé qu’ils ne participeraient pas à un « gouvernement de mascarade ». Sont de ceux-là le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FRPC) de Nourredine Adam qui, tout en dénonçant la formation d’un « ancien nouveau gouvernement » avait, naguère, revendiqué, dans un communiqué, huit portefeuilles ministériels dont celui de Premier ministre. Et ce n’est pas tout. Les représentants du parti de l’ex-président François Bozizé et celui de la Séléka-Renové ont claqué la porte. C’est dire donc que tous ceux qui avaient applaudi au lendemain de l’accord de Khartoum, doivent commencer à déchanter. Car le neuvième accord qui donnait à espérer, risque de connaître le même sort que les précédents et cela, du fait de la rapacité des Centrafricains et des Centrafricaines qui ne jurent que par leurs intérêts. En fait, certains groupes armés semblent trouver plus leurs comptes dans le chaos actuel que dans une normalisation de la situation en ex-Oubangui-Chari. S’ils acceptent donc d’entrer dans le gouvernement d’union nationale, la contrepartie serait qu’on leur concède des postes juteux ; histoire de compenser le manque à gagner qu’ils obtenaient dans les rapines et le pillage systématique des ressources minières.

Les premiers couacs enregistrés dans la mise en œuvre de cet accord ne sont ni plus ni moins que la rançon du clair-obscur

Du reste, pouvait-il en être autrement quand on sait que depuis qu’il a été paraphé et signé, l’accord de Khartoum n’a jamais été rendu public. Exceptée l’amnistie dont on dit qu’elle a été négociée pour les groupes armés qui contrôlent 80% du territoire centrafricain, personne, jusqu’à ce jour, ne connaît la teneur de cet accord signé sous le manteau. Alors pourquoi ? Difficile d’y répondre. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les premiers couacs enregistrés dans la mise en œuvre de cet accord ne sont ni plus ni moins que la rançon du clair-obscur. Et c’est peu dire. En tout cas, ce qui se passe actuellement au pays de Faustin Archange Touadéra, n’a rien d’étonnant. Car les gouvernements d’union nationale sont ainsi fait qu’ils sont toujours l’objet de contestation dès lors que les intérêts sont divergents ou inassouvis. Conséquence : ces gouvernements enfantés par les crises durent généralement le temps que l’encre des accords sèche. Et à l’allure où vont les choses, il faut craindre que dans les jours à venir, les armes ne commencent à crépiter sur le terrain. Ce n’est pas exclu. A moins que, fort du soutien de la Russie, le président Touadéra ne décide de prendre ses responsabilités en bandant les muscles contre ceux-là qui rameraient à contre-courant de l’accord de Khartoum. On attend de voir. Car, on ne le sait que trop bien, le rapport de forces compte beaucoup dans la résolution des crises.

 

Boundi OUOBA

 

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