BOUTEF ET LA PRESIDENTIELLE DE 2019

BOUTEF ET LA PRESIDENTIELLE DE 2019

  On ne demande pas à une « divinité » de se reposer

On en sait un peu plus sur le contenu de la missive adressée le 26 mai dernier au président  Abdel Aziz Bouteflika, par des  figures politiques et intellectuelles comme Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement, actuellement dans l’opposition, Soufiane Djilali, président d’un jeune parti d’opposition, Yasmina Khadra, écrivain, et l’universitaire Fatiha Benabbou entre autres. Dans cette lettre au vitriol dont ils ne sont pas sûrs qu’elle parviendra au destinataire, les signataires ont lancé un appel sans ambiguïté au président Bouteflika afin qu’il ne succombe pas à la tentation de se présenter pour la cinquième fois consécutive à l'élection présidentielle algérienne prévue en 2019. Bien que cette candidature ne soit pas encore officielle, le groupe constitué essentiellement d'intellectuels et d’universitaires, a préféré tiré la sonnette d’alarme en invitant leur président décrit comme un vieillard grabataire et valétudinaire, à tirer sa révérence politique en raison de son « âge avancé » et de son « dramatique état de santé » qui sont rédhibitoires pour l’exercice des fonctions de chef d’Etat.  Pas sûr que les contestataires soient entendus, puisque c’est la 3e  fois, sauf erreur ou omission, qu’une telle « fatwa » est lancée contre la candidature de Boutef par un groupe d’universitaires et d’intellectuels de ce rang, sans pour autant empêcher le président à la chaise roulante, de se présenter et de se faire réélire, avec en prime, des scores stratosphériques. C’est une situation pour le moins inédite, car la loi fondamentale algérienne elle-même prévoit la destitution du président de la République, en cas de maladie grave. Or, la maladie de Bouteflika ne relève plus du secret d’Etat, depuis qu’il a été foudroyé en 2013 par un accident vasculaire cérébral qui a sérieusement affecté sa motricité et son élocution.  Mais hypocrisie ou cynisme, la principale organisation patronale algérienne, réputée pour être proche du pouvoir, appelle avec « sincérité, respect et déférence » le chef de l’Etat à poursuivre  son œuvre en se présentant à la présidentielle de 2019.

Le risque est grand d’assister à un conflit de génération

La question qu’on se pose d’emblée est de savoir comment ce président si affaibli, et dont l’activité politique principale se résume en de rares rencontres protocolaires, arrive encore à diriger de main de maître la « turbulente » Algérie même étant reclus dans sa résidence de Zeralda, alors que quasiment tous ses pairs d’Afrique du Nord sont passés à la trappe, à la faveur des mouvements de contestation sociale et politique qui ont balayé cette région ces dernières années. L’apathie des Algériens et leur bienveillance vis-à-vis de leur octogénaire de président, s’expliquent sans doute par plusieurs facteurs, mais le plus important est à chercher,  nous semble-t-il, dans le passé récent et surtout lointain de l’Algérie, du parti historique du Front de libération nationale qui a fourni à ce pays les héros de la guerre de libération contre la France, parmi lesquels Abdel Aziz Bouteflika. C’est ce passé glorieux de résistant de l’homme, associé à son code de gestion inclusif des affaires de l’Etat ayant abouti à la fin de la tragique guerre civile de la décennie 90 avec la promulgation de la loi sur la « concorde civile », qui ont quasiment fait de lui une divinité dont il est interdit de demander le départ. On comprend dès lors pourquoi ceux-là qui tenaient à manifester samedi dernier à Constantine contre un cinquième mandat du « raïs » algérien, en ont été empêchés. Car, plus que l’escouade de cerbères qui montent la garde jour et nuit devant sa résidence, c’est cette admiration que lui vouent les Algériens de sa génération et cette peur de l’incertitude qui habite bon nombre de ses compatriotes en cas de départ chaotique du président, qui lui valent cette « autorisation de régner à vie », n’en déplaisent aux grincheux et aux geignards. Les exemples de désenchantements enregistrés en Tunisie et en Libye voisines après la chute brutale de leurs dictateurs respectifs, sont venus conforter les tenants de l’option  de l’atterrissage en douceur de leur président. Mais au regard de l’âge de ce dernier et de sa santé plus que chancelante, la succession de Boutef, ancien brillant ministre des Affaires étrangères de Houari Boumediene, doit enfin cesser d’être un sujet tabou dans cette Algérie qui  fut la Mecque des militants progressistes d’Afrique et d’Amérique.

« Le Pays »

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