CHRONIQUE D’UNE IMPOSSIBLE CANDIDATURE UNIQUE EN RDC

CHRONIQUE D’UNE IMPOSSIBLE CANDIDATURE UNIQUE EN RDC

 L’opposition en marche vers le précipice

Depuis le 20 septembre dernier, la liste définitive des candidats à la présidentielle congolaise du 23 décembre prochain est connue. En effet, 21 prétendants ont été jugés en règle pour tenter de décrocher le Saint Graal. S’il était déjà connu que Joseph Kabila ne serait pas candidat à sa propre succession, c’est sans surprise que cette liste est venue officialiser l’éviction des deux poids lourds de l’opposition que sont Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba. Le premier, maintenu à l’étranger et n’ayant même pas pu déposer sa candidature pour des raisons judiciaires, le second, après l’invalidation de son dossier par la Cour constitutionnelle.

Ils seront 20 challengers face au seul candidat de la majorité présidentielle

La grande question qui se pose alors est de savoir ce que fera l’opposition maintenant. Car, si Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe se retrouvent comme les deux principaux rivaux de Emmanuel Ramazani Shadary, le « dauphin » que Kabila s’est désigné, il n’en demeure pas moins qu’ils seront 20 challengers face au seul candidat de la majorité présidentielle. Cela fait stratégiquement un peu désordre, même si cette pléthore de candidatures peut être vue comme l’expression d’une vitalité démocratique. Cependant, là où le FCC (Front commun pour le Congo) a su faire front pour ne présenter qu’un seul candidat, il serait périlleux voire suicidaire pour l’opposition d’aller en rangs si dispersés. Surtout dans un scrutin à un seul tour qui se joue à la majorité simple. Or, plusieurs indices permettent de croire qu’une candidature unique de l’opposition sera difficile voire impossible à réaliser. Premièrement, la dernière réunion de l’opposition en Afrique du Sud, où à part les disqualifiés Moïse Katumbi et Adolphe Muzito, les grandes figures de l’opposition ont brillé par leur absence, préférant se faire représenter, peut être symptomatique d’un certain malaise. Deuxièmement,  les recalés Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi qui peuvent être autant de faiseurs de roi en cas de mutualisation des forces, semblent avoir chacun sa préférence  parmi les candidats en lice. Ainsi, il se dit que l’ancien vice-président aurait un penchant pour Vital Kamerhe, et que l’ex-gouverneur du Katanga aurait une inclination pour Tshisekedi fils. Troisièmement, le problème des ego des principaux leaders de l’opposition risque d’être un obstacle rédhibitoire à la réalisation de cette candidature unique. Surtout qu’au sein de l’opposition, tout porte à croire que l’unanimité est loin d’être faite autour d’un seul nom. En effet, si certains voient en l’expérience de Vital Kamerhe une carte à jouer, pour d’autres, Félix Tshisékédi est celui qui incarne le vrai changement. Surtout qu’il ne s’est pas compromis dans la gestion de la chose publique. C’est dire que si elle ne se ressaisit pas vite, l’opposition congolaise marche résolution vers le précipice. D’autant plus que cette nécessaire union apparaît aujourd’hui comme la seule alternative crédible pour espérer battre le candidat du pouvoir qui va non seulement avec les faveurs des pronostics, en raison de la force de frappe de son parrain de président , mais aussi fort du soutien de plusieurs regroupements politiques.

La réunion du 29 septembre prochain s’annonce d’ores et déjà décisive

D’un autre côté, on peut relever aussi autant de signaux qui indiquent que les dés de cette présidentielle sont déjà pipés et que l’on se dirige vers une victoire certaine du camp Kabila. Sont de ces signaux-là, le fait que Kabila, lors du dernier sommet de la SADC, a refusé de faire ses adieux à ses pairs, préférant parler d’au revoir. Cela  est révélateur du fait qu’il est sûr de son fait et qu’en bon manœuvrier, on ne voit pas comment les choses pourraient échapper à l’organisateur en chef qu’il est de ces élections qu’il a, du reste, complètement mis sous son contrôle. Ensuite, le refus de retirer les décriées machines à voter dont personne visiblement ne veut, sauf bien sûr le camp présidentiel qui semble y trouver son compte. Sans compter le fait que Kabila pourrait jouer à diviser davantage l’opposition, dans le but d’aboutir à un émiettement des voix qui ne pourrait profiter qu’à son poulain. Et c’est peu dire qu’il a les moyens de sa politique.

En tout état de cause, la réunion du 29 septembre prochain que l’opposition congolaise se promet de tenir à Kinshasa pour dévoiler sa stratégie, s’annonce d’ores et déjà décisive. En attendant, la Cenco (Conférence épiscopale), qui s’est clairement affichée, dès le début contre la forfaiture de Kabila, pourrait jouer les rassembleurs au sein de l’opposition, même si son action pourrait avoir des limites, car dépendant plus de la volonté des principaux concernés.

« Le Pays » 

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