CLASH ENTRE LE PRESIDENT LEGAL ET LE FONDATEUR DU FPI : Affi Nguessan victime de son réalisme et de son opportunisme politiques

CLASH ENTRE LE PRESIDENT LEGAL ET LE FONDATEUR DU FPI  : Affi Nguessan victime de son réalisme et de son opportunisme politiques

La rencontre tant attendue par les militants du Front populaire ivoirien (FPI), entre l’ex-président de la République, Laurent Gbagbo, et son ancien Premier ministre, Pascal Affi Nguessan, n’aura finalement pas eu lieu à Bruxelles en Belgique, jeudi dernier, en raison de leur désaccord aussi bien sur la forme que sur le contenu de ladite rencontre. Affi Nguessan voulait, en effet, un tête-à-tête avec son ancien mentor pour parler de la réunification du parti et de sa remise en ordre de bataille dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Mais c’est plutôt des émissaires du président Gbagbo qu’il a reçus à Paris et non pas à Bruxelles où réside ce dernier depuis sa sortie de prison. Leur message était sans ambiguïté : Affi Nguessan devra désormais accepter que c’est Laurent Gbagbo qui est le seul maître à bord du FPI, et il devra rendre publique cette « reddition ». Pour le député du Bongouanou et actuel président officiellement reconnu du parti, ces préalables ne sont ni plus ni moins qu’une volonté manifeste de ses interlocuteurs du jour et du président Gbagbo lui-même, de l’humilier et de le « tuer politiquement ». Il n’en fallait donc pas davantage pour qu’il retourne dare dare à Abidjan, et laisse éclater sa colère et sa déception face à ce qu’il considère comme un mépris et un rejet sans équivoque de la main qu’il a tendue à ses camarades de la branche dite radicale et notamment au fondateur du parti. Si l’intention de ceux qui ont préparé et programmé cette rencontre au sommet des deux leaders rivaux du FPI, était de colmater les brèches, eh bien, c’est complètement raté puisqu’Affi Nguessan qui semblait disposé à faire des concessions à Laurent Gbagbo, a durci sa position après le rendez-vous manqué, allant jusqu’à rappeler cyniquement à ce dernier qu’un gros dossier judiciaire l’attend en Côte d’Ivoire au cas où il prendrait le risque d’y revenir. Finies donc les attaques à fleurets mouchetés et par personnes interposées, place désormais au mano a mano entre deux camarades de lutte et de parti qui sont restés fidèles l’un à l’autre jusqu’à leur naufrage politique et judiciaire en 2011, suite à la crise postélectorale.

Le réalisme et le pragmatisme de Pascal Affi Nguessan sont vus par les ultras du FPI, comme une pure trahison et une compromission

A terme, personne ne gagnera au change, puisqu’il est évident que si le FPI va aux élections de 2020 avec ce bicéphalisme, il en sortira complètement laminé face à la coalition-bulldozer du Rassemblement des houphouêtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), actuellement au pouvoir. Comme on peut donc le deviner, ce clash entre Gbagbo et son ancien Premier ministre est une aubaine pour Alassane Ouattara et son camp, d’autant qu’il intervient au moment où le parti présidentiel est, pour ainsi dire, à la peine, après s’être bruyamment séparé de son bras droit qu’est le PDCI-RDA et de son bras gauche constitué essentiellement de Guillaume Soro et de ses partisans. On avait pourtant rêvé d’un face-à- face épique et indécis entre le parti unifié au pouvoir et une éventuelle coalition de l’opposition à l’occasion de la prochaine présidentielle. Malheureusement, les ego des uns et l’opportunisme des autres sont en train de compromettre la réalisation de ce rêve. Pour ce qui concerne le FPI, la faute est imputable aux partisans de la ligne dure, qui considèrent Laurent Gbagbo comme l’alpha et l’oméga du parti, alors que ce dernier n’a même pas encore fini avec ses déboires judiciaires. Par ailleurs, la Justice ivoirienne a déjà tranché la question de la présidence du parti qui échoit à Affi Nguessan depuis l’arrêt rendu le 3 avril 2015, consacrant ainsi la victoire des colombes sur les faucons qui se voient désormais interdits d’utiliser le nom et le logotype du parti. Pour le président légalement reconnu, il n’est pas question de laisser le parti dans la léthargie jusqu’au retour improbable de son fondateur embastillé à La Haye, et la meilleure façon de plaider sa cause, c’est de participer aux élections, de les gagner afin de négocier son élargissement au nom de la réconciliation nationale. C’est du politiquement correct, mais ce réalisme et ce pragmatisme de Pascal Affi Nguessan sont vus par les ultras du FPI, comme une pure trahison et une compromission qui ne feraient que légitimer le pouvoir d’Alassane Ouattara. La déchirure à laquelle on assiste aujourd’hui et les piques que se lancent les différents protagonistes de la crise, ont donc pour toile de fond la présidentielle de 2020, et tout porte à croire que c’est Affi Nguessan qui sera le porte-étendard du parti, puisqu’il a avec lui la légalité, mais également le soutien tacite du camp présidentiel qui ne verrait pas d’un mauvais œil une descente aux enfers de la branche jusqu’au-boutiste du FPI, et une candidature molle et pour la forme, de l’aile modérée. En tout état de cause, il faudra attendre les semaines à venir pour apprécier le degré de pourrissement de la situation aussi bien au FPI qu’au PDCI-RDA avant de confirmer ou non, les propos outrageusement triomphalistes du ministre d’Etat, ministre ivoirien de la Défense et cacique du parti au pouvoir, Hamed Bakayoko, selon lesquels « 2020, c’est déjà plié ».

Hamadou GADIAGA

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