CLASSIFICATION DES UNIVERSITES DU BURKINA : « Ce qui a manqué, c’est peut être l’approche », dixit Isidore Kini, PDF de l’Université Aube Nouvelle

CLASSIFICATION DES UNIVERSITES DU BURKINA : « Ce qui a manqué, c’est peut être l’approche », dixit Isidore Kini, PDF de l’Université Aube Nouvelle

 

La Direction des institutions privées d’enseignement supérieur  a publié un rapport de suivi-contrôle des institutions  privées d’enseignement du Burkina Faso. Ce rapport a  fait un classement qualitatif  desdites institutions. Ainsi, sur 112  contrôlées, 33 sont de bonne qualité, 29 d’assez bonne  qualité, 16 de qualité moyenne, 6 de mauvaise qualité, 5 de très mauvaise qualité. Les  24 autres  n’ont pas été classées,  parce que n’ayant pas répondu au questionnaire qui leur a été soumis.   Nous avons approché le Président Directeur  Fondateur (PDF) de l’Université Aube nouvelle, Isidore Kini, pour avoir sa réaction sur ce classement.   Pour lui, cette  démarche est louable et est à encourager, puisqu’elle permet d’extirper les mauvais élèves du milieu déjà gangréné par des brebis galeuses. Dans l’entretien, plusieurs autres sujets ont été abordés. Lisez plutôt !

Le Pays : Quel bilan pouvez-vous faire de la dernière année académique au niveau de l’Université?

Isidore Kini : Nous avons connu une année académique assez fructueuse.  L’année a été paisible.  Nous avons respecté le calendrier universitaire. Toutes les classes ont été bouclées, délibérées. Donc, tous les étudiants ont eu leurs résultats avant le 5 août 2017. Dans l’ensemble, les résultats sont satisfaisants. Quand on prend chaque filière ou chaque département,  les pourcentages de succès sont encourageants.    Au niveau de l’école doctorale, nous avons eu deux thèses soutenues cette année, ce qui est très encourageant pour  une jeune école doctorale comme la nôtre.  Nous avons reçu  deux missions d’évaluation ; une mission du  Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) pour évaluer  notre département des  cours en ligne qu’on appelle  Formation ouverte à distance (FOAD).  Nous avons  été retenus par le CAMES comme  une institution pilote pour expérimenter  ce département d’enseignement à distance. Le CAMES, pour le moment,   ne reconnaît pas les diplômes délivrés  à travers la formation à distance. La 2e mission que nous avons reçue, c’est celle des  experts de  l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) envoyée par l’UEMOA, pour nous  évaluer  dans nos offres de formation.  Ces missions se sont très bien passées.  Elles nous ont félicité pour certains aspects et encouragé à améliorer d’autres.  Nous sommes engagés sur   la démarche assurance  qualité de l’enseignement supérieur à travers notre plan stratégique. Le CAMES a 300 critères pour la question de l’assurance qualité de l’enseignement supérieur.   Comme nous sommes membre du CAMES,  nous voulons satisfaire,  au maximum, ces critères.   Nous faisons d’abord  de l’auto- évaluation pour voir comment les choses évoluent. C’est pourquoi le plan stratégique a été mis en place, pour répondre à cet   aspect. Nous sommes aussi dans la démarche assurance, qualité service de la norme ISO.  Le contrôle de ces deux missions nous a montré que nous sommes sur la bonne voie.  En résumé, je peux dire que l’année s’est très bien passée.

Comment se prépare l’année académique 2017-2018 ?

Cette rentrée académique 2017-2018, nous  la plaçons sous le signe de l’insertion socio-professionnelle  de nos diplômés et de l’assurance qualité.   Les deux évaluations dont j’ai parlé tantôt, nous rassurent  que nous sommes sur la bonne voie.  L’insertion socio-professionnelle  des diplômés est une préoccupation majeure maintenant.  C’est pourquoi nous avons un plan stratégique, aussi de la bonne gouvernance. Il faut avoir un plan stratégique pour ne pas  piloter à vue.   Pour nous, il ne s’agit pas de diplômer les étudiants,  mais de  se préoccuper de ce qu’ils deviennent.    Nous avons mis en place un Centre de carrière et de l’innovation, pour que cette question soit traitée  de façon professionnelle avec les partenaires.  Ainsi,  les étudiants seront accompagnés au cours de leur formation. Ils recevront une autre formation qui n’est pas académique, mais qui les prépare à se prendre en charge et savoir ainsi comment  s’auto-employer.

 L’Université Aube Nouvelle avait proposé des offres  de formation ouvertes  aux hommes et aux femmes de médias. Où en êtes-vous avec ce projet ?

Nous avons signé une convention avec l’Association des journalistes du Burkina (AJB)  où nous  avons proposé deux voies.  Les journalistes qui veulent se  perfectionner dans n’importe quel domaine, l’Université Aube nouvelle a de la compétence. Nous pouvons les recevoir dans des conditions spéciales.  La 2e  proposition, c’est d’ouvrir une école de journalisme où nous allons participer à la formation des journalistes. Ce dossier est en attente d’habilitation au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur. Nous avons bonne foi que d’ici-là, nous aurons la notification que l’arrêté est signé pour l’école de journalisme à l’Université Aube Nouvelle.

  Quelles sont les filières ouvertes cette année ?

Nous proposons l’Institut des métiers de journalisme,  de la communication,  de l’audiovisuel et du cinéma. La 2e nouveauté est le département d’anglais.  Nous voulons former les étudiants de la première année au Master, en anglais. Nous avons de la ressource et  les équipements nécessaires. L’ambassade des Etats-Unis d’Amérique  nous a rétrocédé le Centre américain de langue, avec tous les équipements nécessaires pour l’apprentissage de l’anglais.  Nous pensons que nous sommes prêts également pour faire cette formation, avec les moyens qu’il faut.  Pour cela, nous avons tenu un atelier de validation des programmes auxquels tous les professeurs de l’Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo ont participé. Nous sommes prêts à contribuer à la formation des étudiants dans ce domaine. Ce dossier est en attente d’habilitation. Nous pensons qu’au plus tard en  fin octobre 2017, nous  allons pouvoir ouvrir ce département. Au niveau de l’école doctorale, nous allons demander son extension dans deux domaines :  les domaines sciences économiques et juridiques.   Nous avons au total 3 dossiers  en attente d’habilitation,  au niveau du ministère.

Des étudiants de l’Université Aube Nouvelle séjournent à Shanghai en Chine. Dans quel cadre ces étudiants y séjournent-ils ?

Comme je le disais tantôt, le l’insertion  socio- professionnelle des étudiants est une préoccupation majeure pour nous.  Nous approchons les entreprises ou les sociétés pour voir ce que nous  pouvons faire ensemble. Nous avons signé tout récemment une  convention avec HUAWEI,  une entreprise de renommée mondiale dans les équipements de télécommunication. Cette structure utilise les jeunes compétents dans beaucoup de domaines,   de la comptabilité aux télécommunications.  Cette année, 5 de nos étudiants ont été  retenus sur la base du critère de qualité. Ils sont  actuellement en Chine pour un séjour professionnel.

Il nous est revenu que d’autres étudiants sont venus des USA. Quel était l’objet de leur séjour ?

Nous avons été approchés par Washington pour proposer 6 étudiants à tester. Il était  question de monter un robot qui doit  accomplir certaines fonctions.  Les critères étaient que ces jeunes n’aient pas plus de 21 ans.  Ils ont  donc retenu 5 étudiants sur les 6 que nous leur avons proposés.   Ils ont envoyé le robot et les étudiants l’ont monté. Ils avaient  donné les conditions de fonctionnalité du robot. Sur les 5 qui ont pris part à la compétition, 3 ont eu le visa et sont  allés  à Washington aux USA, pour  participer à cette compétition mondiale. Ils  ont été les  ambassadeurs du Burkina Faso et  ils ont défendu honorablement les couleurs du pays. Nous avons été classés devant la France  dans cette  compétition.

 Quelles sont vos perspectives en termes de partenariats ?

 Pour cette rentrée, nous voulons encore dynamiser  davantage les partenariats que nous avons déjà.  Pour nous, les partenariats sont très fructueux.   Quand vous voulez parler de la qualité de l’enseignement supérieur, il ne faut pas se contenter de vos compétences locales.   Il  faut aussi partager les expériences et les compétences d’ailleurs. C’est pourquoi, que ce soit l’AUF ou le CAMES, ils encouragent tous  la mobilité des enseignants- chercheurs.  L’année dernière, nous avons reçu 54 missions d’enseignement venant du Nord.  Cette année, nous  allons continuer à renforcer ce partenariat, parce que cela  permet   d’assurer une qualité de formation semblable à ce qui se passe au Nord. Qu’est-ce qui nous empêche d’amener le niveau  qualité d’études à celui du Nord ?   A mon avis, il y a trois choses. Les équipements, les infrastructures  et les ressources humaines.  Les équipements, on peut les avoir.  Les infrastructures, on peu les avoir.  Les ressources humaines, ici au Burkina, on en manque. Qu’est-ce qui nous empêche d’aller les chercher là où elles se trouvent ?  C’est ce que nous faisons.  On est obligé parfois, d’aller chercher ces ressources humaines  pour qu’elles viennent  ici.  Ce sont des universitaires, des scientifiques. Ils ne donneront pas une formation au rabais, même s’ils viennent ici. Ils ne vont pas tricher.  Les mêmes qualités qu’ils utilisent  pour  la formation   au Nord, c’est la même chose ici.  C’est pourquoi certains de nos Masters sont couverts à plus de 40%  de missionnaires.  Les gens trouvent que c’est cher, mais je crois que la qualité a un prix.  Je dirais sans blesser qui que ce soit, que moins cher, on peut en trouver. La Fonction publique met les moyens pour que le coût de la formation de qualité soit moins cher. Il suffit de payer 15 000 F CFA et vous êtes étudiant dans  une université publique. Vous y recevez la même qualité de formation. Le gouvernement est juste. Mais nous, pour avoir la même qualité de formation, il faut payer  plus cher puisque l’Etat ne nous subventionne pas.  Ce n’est pas que nous sommes chers, mais c’est le coût réel de la qualité.

Nous avons  des accords avec  l’Université  internationale de la Floride aux  Etats-Unis d’Amérique. C’est  une convention qui marche très bien, parce que  leur appui est extraordinaire.  Ils étaient attendus en fin août  début septembre 2017, pour équiper notre laboratoire en biologie. Ce sera un laboratoire de pointe, où il y aura 3 services.  Le département académique où les étudiants vont  faire les Travaux pratiques (TP), le  département recherche où les  enseignements-chercheurs  feront leurs recherches et le département services qui sera ouvert au public pour des services.  La Police, ou toute autre structure publique ou privée,  peut demander qu’on lui fasse des tests. Ce service sera chargé de traiter toutes les questions d’analyse qu’on peut imaginer.   C’est à cause des événements malheureux que notre pays a connus en août  dernier, qu’ils  ont  repoussé leur voyage.

 Comment se fait-il que les étudiants inscrits dans les universités publiques bénéficient de certaines faveurs telles que le  FONER alors  que ceux  du privé n’en bénéficient  pas ?

Le ministère  travaille sur cette question.  Les étudiants inscrits dans les universités et instituts   privés sont nos enfants, au même titre que ceux qui sont inscrits dans les universités  publiques.   Le gouvernement est en train de réfléchir sur cette question.

La Direction des institutions privées d’enseignement supérieur  a publié le rapport des sorties suivi-contrôle des institutions  privées du Burkina Faso. L’Université Aube nouvelle a eu la mention assez bien. Comment réagissez-vous ?

Je suis un peu gêné d’en parler. J’évite au maximum de faire de la polémique, mais comme l’opportunité m’est offerte, je vais essayer d’en dire un mot.  J’ai dit plus haut que   nous avons reçu cette année deux missions d’évaluation.  Le CAMES et l’AUF. Ces deux  institutions ont écrit au moins deux mois avant, pour nous annoncer l’arrivée de la mission. Elles nous ont informés de ce qu’elles voulaient voir.   C’est une démarche à laquelle nous sommes habitués et c’est la démarche scientifique crédible.  La qualité ne se décrète pas. Elle se vit. Elles sont venues et ont passé le temps qu’il faut.  Pour le ministère, nous n’avons pas été informés  par écrit.  C’est après vérification que nous avons appris que des agents du ministère sont passés.  Ce qui a manqué, c’est peut être l’approche.  Les critères n’ont pas été clairement définis. Je pense qu’il y a des choses à revoir.  Le contrôle administratif,  l’inspection des documents administratifs,  le ministère peut le faire à tout moment, même à l’improviste.   Mais ce contrôle  ne peut pas donner lieu à une classification en qualité.  Dès lors que l’on veut parler de qualité, c’est une  question très sérieuse.   A l’école primaire, c’est un inspecteur qui inspecte les instituteurs.  N’importe qui ne se lève pas pour aller contrôler une école primaire. C’est l’inspecteur qui est formé et  qualifié pour le faire.  C’est la même démarche au secondaire.  Mais au niveau du supérieur, il n’y a pas d’inspecteur.  Qui donc peut inspecter ou contrôler la qualité de l’enseignement supérieur ?  Le ministère le sait très bien.  Pour le moment, une seule institution le fait, c’est le CAMES.  Le ministère peut le faire, mais il faut qu’il se donne les moyens matériels, financiers et humains pour cela.  Le ministère ne les a pas encore réunis, mais   l’a prévu dans son cahier de charges. Il connaît  bien ses limites en la matière et il a prévu les deux ordres  de contrôle. Le  premier est un contrôle purement administratif.  Ce contrôle donne lieu à la publication de la liste officielle  des établissements, avec les filières.  On ne  peut pas confondre publication d’une liste officielle et  classification des établissements. Ce sont deux choses  bien différentes.  Malgré les compétences et  performances à travers  d’autres institutions  comme le CAMES,  le ministère se réserve le droit, la notoriété publique et la puissance publique de contrôler toutes les universités. C’est à saluer et nous encourageons cela parce que   nous sommes  les premiers gagnants, si l’Etat contrôle la régularité des fonctionnements  des établissements  de sorte à extraire  les  établissements clandestins. Nous encourageons  le ministère à aller aussi loin dans le classement.  Si  le ministère, en dehors du contrôle administratif,  veut faire le classement,  il  doit prendre un arrêté pour définir les critères  sur lesquels il veut évaluer  les universités privées avant de faire le classement.  Ces critères sont portés à la connaissance des établissements.  Il  doit aussi prendre un  autre arrêté pour  définir la liste des experts  qui vont faire ce travail.   Si tout ce travail est fait, on peut maintenait parler de classification.  Je salue, en passant, la directrice de l’enseignement supérieur qui a été très honnête.  Elle a dit que concernant le volet pédagogique,  ils n’ont pas évalué la pertinence des programmes et les enseignants, parce que les agents envoyés  ne pouvaient pas le faire.  Nous avons été surpris d’apprendre que nous sommes classés.  Nous allons continuer à faire des propositions d’amélioration au ministère, pour que cette initiative que nous saluons,   permette d’assainir notre milieu.

Quel est votre message à l’endroit des étudiants burkinabè qui vont bientôt regagner ou découvrir les amphithéâtres ?

Je souhaite que l’année académique se déroule dans la paix. Je souhaite, au niveau national, qu’il y ait la sérénité et que Dieu continue d’aider le Burkina Faso pour sa  sécurité.   Que les étudiants aussi sachent  que quand on va à l’Université, ce n’est  pas pour jouer. Les conditions peuvent être difficiles, mais c’est une opportunité qu’ils doivent saisir.

Issa SIGUIRE

 

 

 

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