CONCOURS DIRECTS 2018 : Le tirage des sujets se déroule sous haute surveillance

CONCOURS DIRECTS 2018   :  Le tirage des sujets se déroule sous haute surveillance

 

 

Le tirage des sujets des concours directs de la Fonction publique session 2018, se déroule du 13 au 22 août 2018.   Dans l’après-midi du lundi 13 au mardi 14 août dernier, une équipe de la presse a visité l’imprimerie où a lieu le tirage. Pilotée par le président de la Commission nationale de pilotage des concours directs 2018, Souleymane Lengané, par ailleurs secrétaire  général du ministère de la Fonction publique et la directrice générale de l’Agence générale de recrutement de l’Etat (AGRE), H. Bertille Hayoro, cette opération se déroule sous la haute surveillance des agents de sécurité en vue d’éviter la fraude. Pour toucher du doigt la solidité du mécanisme mis en place pour garantir  le bon déroulement de l’opération de tirage des sujets, le ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale, Séni Ouédraogo, s’est rendu sur les lieux. Au terme de sa visite, il a rassuré les candidats aux différents concours de l’égalité des chances et les a invités au travail, seul gage de succès, d’après lui.

 

Il était 12h 5mn, le lundi 13 août 2018, lorsque nous arrivions dans les locaux du ministère de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale. Après plus de 30 minutes d’attente, le Directeur de la Communication et de la presse ministérielle, Jean Louis Ouédraogo, nous demande d’embarquer. Dans le ciel ouagalais, les nuages s’amoncelaient, la forte chaleur qu’il faisait dans la journée avait commencé à s’atténuer.  A peine a-t-on démarré que dame nature a ouvert ses vannes.  Mais la pluie était accompagnée d’un vent violent qui empêchait certains usagers de la route de circuler convenablement. A 13h 16mn, nous voilà devant l’imprimerie où s’effectue le tirage des sujets. Le premier constat qui nous frappe, est la présence massive des agents de sécurité, armés jusqu’aux dents. Le premier contrôle à l’entrée, fut celui des identités. Après cette étape, le secrétaire général du ministère de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale, Soulyemane Lengané, nous reçoit. En compagnie de la directrice générale de l’AGRE, H. Bertille Hayoro, et des responsables de la Police et de la Gendarmerie, il nous fait un briefing sur le processus. Après avoir écouté religieusement ces responsables, nous  prîmes place pour attendre l’arrivée du ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale. A 13h 55mn, ce dernier fit son entrée.

Un climat de haute sécurité

 

La visite du processus peut donc commencer. Mais pour avoir accès à la salle des machines, il faut montrer patte blanche. Et malgré son rang, le ministre est lui aussi soumis aux fouilles corporelles. Ni document, ni téléphone portable, encore moins une clé USB ou sac et autres objets ne sont autorisés dans la salle. A chaque entrée ou sortie, la règle de la fouille corporelle est observée. Même les fouilleurs n’échappent pas à la dure règle. Lorsque l’un d’entre eux sort, il est, à son retour, soumis aux fouilles avant de reprendre son travail.  C’est dans ce climat de haute sécurité que le ministre et les premiers responsables de la Commission nationale de pilotage des concours directs 2018 ont visité les différentes étapes de l’opération de tirage des sujets des concours.

 

La solidité du mécanisme

 

C’est avec forts détails que le président de la Commission nationale de pilotage des concours directs 2018 a rassuré sur la solidité du mécanisme mis en place pour le tirage des sujets. « Personne n’a la possibilité de consulter les sujets ; même les déchets sont convoyés vers l’incinérateur sous escorte », rassure le président de la Commission nationale de pilotage des concours directs. En effet, lorsque des sujets sont jetés dans les flammes, les agents de sécurité, bien armés, veillent  toujours au grain jusqu’à ce que ceux-ci soient complètement consumés. C’est lorsque la cendre est passée à travers le grillage installé en dessous des flammes que l’on se convainc que les débris ne sont plus récupérables. Selon M. Lengané, il est interdit à toute personne impliquée dans le processus, de lire les sujets. « Seules deux personnes, notamment membres de la Commission nationale de pilotage des concours directs qui ont prêté serment, vérifient furtivement, dès l’impression de la première copie, que toutes les pages sont renseignées avant d’ordonner la poursuite de l’impression, mais elles ne lisent pas  le contenu », insiste-t-il. A son avis, cette précaution a été prise parce qu’il y a eu des années où on a constaté qu’il y avait des pages blanches qui se retrouvaient à l’intérieur des sujets, causant ainsi d’énormes désagréments  au moment de leur administration.  Et d’insister que tout comportement tendant à  lire les sujets est vite signalé par les agents de sécurité qui, du reste, affirme-t-il, peuvent procéder à l’interpellation de l’intéressé. « Même l’imprimerie est contrôlée avant et après le tirage des sujets pour éviter des fuites », révèle-t-il.  Pour lui, le processus de tirage des sujets est une phase très importante de l’organisation des concours de la Fonction publique. «Depuis un certain nombre d’années, la conception des sujets a été confiée à des opérateurs privés. Lorsque nous recevons ces sujets des opérateurs privés, nous procédons d’abord à un choix de sujet par concours, et lorsque cela est fait, ce sujet est envoyé dans un dispositif informatique qui ne permet pas de le voir. En plus, le concepteur qui a donné les épreuves ne sait pas quel est le sujet qui sera choisi pour tel ou tel concours. Il a peut-être donné un certain nombre de sujets, 10, 20, 40, 50 ou bien même 100. C’est la commission nationale  de pilotage des concours directs qui choisit un numéro, mais pas un intitulé. Ce numéro correspond à un fichier qu’on attribue au concours. Il n’est pas possible de visionner le contenu du sujet. C’est ce fichier qui est envoyé sur des plaques qui sont gravées à l’imprimerie pour être imprimé »,  explique-t-il. Il précise que même après l’impression, il n’y a pas la possibilité de regarder les sujets qui, révèle-t-il, sortent de manière à ce  que les deux dernières pages soient blanches. Les sujets ainsi imprimés, poursuit-il, sont pesés au lieu d’être comptés avant d’être conditionnés dans des enveloppes. Cela, pour éviter leur manipulation. Ces enveloppes, à leur tour, sont aussi conditionnées dans des cantines pour être transportées à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM) sous escorte de la Police et de la Gendarmerie. Une fois acheminés en ces lieux, les sujets sont gardés par des agents composés de policiers et de gendarmes pour être, ensuite, convoyés dans les 12 autres  régions sous escorte des mêmes agents de sécurité, où ils sont confiés aux comités régionaux de pilotage des concours directs. « Ces derniers, explique-t-il, ont l’obligation de les garder dans un dispositif sécuritaire qui est identique à celui qui est mis en place au niveau central ». « Ce n’est que le jour de l’administration des épreuves que quelqu’un peut dire qu’il a eu connaissance des sujets », signifie-t-il. Sinon, du début de l’impression jusqu’à l’administration de ceux-ci, personne  ne peut dire qu’il a eu connaissance des sujets, rassure M. Lengané.

Une équipe de policiers et de gendarmes  surveille chaque fait et geste de chaque opérateur

 

Expliquant le dispositif sécuritaire mis en place à l’étape de l’impression, le président de la Commission nationale de pilotage des concours directs affirmera qu’au niveau de chaque maillon important, baptisé poste par les agents de sécurité, une équipe mixte composée de policiers et de gendarmes y surveille chaque fait et geste de chaque opérateur. Ce qui ne permet pas à un acteur de se concentrer pour regarder quelque document que ce soit dans la salle, au risque d’être interpellé ou transféré en prison pour tentative de manipulation de sujets.

 

Garantir l’égalité des chances

 

Toutes ces mesures ont été prises pour garantir l’égalité des chances des candidats. Mais peut-on rassurer ces derniers qu’il n’y aura pas de fuite de sujets au niveau de la Fonction publique? A cette question, le président Lengané se veut rassurant.  « Avec le dispositif que nous avons mis en place, pour qu’il y ait fuite, il faut une collusion énorme ; ce qui est impossible parce qu’il y aura quelqu’un qui ne va pas marcher. C’est ce qui s’est passé dans les années antérieures où  on a découvert des cas de fraudes. Même cette année, aux concours professionnels, on a découvert des gens qui ont tenté de frauder et on les a arrêtés. Ils ont été jugés et condamnés». Tout en reconnaissant que  le risque zéro n’existe pas en la matière, le président de la Commission de pilotage des concours directs a averti que celui qui va tenter de frauder, a 90% de chances de se faire prendre. Mais quelles sont les sanctions qu’encourent les fraudeurs? S’il s’agit d’un fonctionnaire, il y a la procédure  disciplinaire qui peut aller jusqu’à la révocation, mais il y a également la procédure pénale qui peut aboutir à une sanction de 3 à 5 ans de prison ferme. Ce qui équivaut également à la révocation d’un fonctionnaire, a confié M. Lengané.  Réagissant aux difficultés auxquelles ils font face, il fera noter qu’il s’agit principalement de l’incompréhension de certains agents lorsqu’ils veulent être rigoureux, l’insuffisance des moyens financiers. Quant au montant demandé pour l’organisation des 103 concours de la session 2018, il se chiffre à 2 milliards de F  CFA, révèle M. Lengané, avant de préciser qu’ils n’ont pas encore reçu la totalité de cette somme.  Qu’à cela ne tienne, les acteurs, en l’occurrence  les agents du ministère de la Fonction publique ainsi que des éléments de sécurité, sont à pied d’œuvre pour relever le défi de l’organisation. A l’en croire, au niveau de l’impression des sujets, trois équipes se relaient jour et nuit. Chaque équipe est composée de 65 personnes dont 20 agents de sécurité. La première équipe monte à 6h. Elle est relayée par la seconde à 14h qui, elle aussi relayée par la troisième à 22h.

Plus d’un million de sujets à imprimer

 

Au niveau de l’impression des feuilles réponses, on dénombre également trois équipes de 60 personnes soit 20 personnes par équipe dont 6 agents de sécurité pour les équipes de la journée et 4 agents pour l’équipe de nuit. Le nombre de sujets à imprimer est estimé à 1 340 050 car, le nombre de candidatures pour cette session s’élève à 1 340 050 pour 6 668 postes à pourvoir. Mais le nombre total des postes à pourvoir pour l’ensemble des concours, directs, professionnels et sur mesures nouvelles, session 2018, est de 14 414. Mais comment fait-on pour que les opérateurs privés qui ont proposé les sujets ne les mettent pas à la disposition de certains candidats? Comme réponse à cette question, la directrice générale de l’Agence générale de recrutement de l’Etat (AGRE), H. Bertille Hayoro, rassure en ces termes : « A ce niveau, il y a un dispositif qui est mis en place pour leur choix, puisque c’est sur la base d’un marché public que ces opérateurs privés sont désignés. Et ils prennent l’engagement de fournir des sujets et de les sécuriser jusqu’à la fin de la période demandée dans le dossier. Ce sont des gens qui peuvent aussi être poursuivis. Ils sont exposés aux sanctions tout comme les candidats et les organisateurs des concours ». En plus de ces engagements, il y a, selon Mme Hayoro, un dispositif de lutte anti-fraude qui permet de suivre le travail des cabinets qui proposent les sujets.

Lutter contre la fraude

 

Si les deux membres de la Commission de pilotage des concours directs se veulent rassurants par rapport aux mesures prises pour lutter contre la fraude, le ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale, Séni Ouédraogo, ne va pas non plus dans le sens contraire. Sans écarter toute possibilité de fraude, ce dernier estime que le dispositif qu’il a pu observer, est assez bien outillé, assez bien sécurisé pour minimiser les potentiels risques de fraudes. Et de révéler que les premières mesures qu’il a prises dès son arrivée au ministère en charge de la Fonction publique, étaient d’inviter l’Office du Bac et la Direction des examens et concours du secondaire qui ont une très grande expérience en matière d’organisation des concours et examens du secondaire, à partager avec son département leur expérience de la banque des sujets. Et cette année, son département est dans une phase transitoire où il continuera avec les cabinets privés, mais il espère que d’ici l’année prochaine ou dans deux ans, il passera à une banque des sujets, c’est-à-dire qu’il aura, comme l’Office du Bac ou le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation (MENA), un ensemble de sujets dans lesquels il va puiser sans se référer continuellement aux cabinets privés qui confectionnent les sujets. Ce qui, à son avis, permettra de minimiser les risques de fraude parce que ceux-là mêmes qui vont concevoir les sujets, ne sauront pas, avec l’écoulement du temps, si ce sont  leurs sujets qui seront proposés dans 2, 3, 5 ou 10  ans.

 

Tous les concours seront réceptionnés en ligne en 2019

 

Au-delà de cette perspective à moyen terme, il y a, dira le ministre, d’autres innovations. Car, au regard de l’évolution croissante du nombre de candidats et d’imprévus qui grèvent le budget, il sied de trouver des solutions pour minimiser les coûts de l’organisation des concours. Du reste, c’est dans cette perspective que le dépôt des dossiers de candidature en ligne a été accéléré et l’année prochaine, tous les concours seront réceptionnés en ligne, foi du ministre Séni Ouédraogo. A l’entendre, l’introduction de la correction électronique des sujets des concours cette année, s’inscrit dans cette dynamique.  Selon le ministre de la Fonction publique, si son département a décidé d’impliquer la presse dans le processus de tirage des sujets des concours directs, c’est parce qu’elle est un maillon essentiel dans la construction de la démocratie au Burkina. « On note que depuis une dizaine d’années, la presse a été un acteur majeur dans plusieurs politiques publiques qui ont été mises en place. Et pour le ministère dont nous avons la charge, il n’était pas raisonnable de pouvoir entamer une gestion sans impliquer la presse. C’est pourquoi depuis que nous sommes arrivés à la tête du département, pour toutes les grandes politiques que nous voulons mettre en œuvre, nous avons toujours souhaité bénéficier de l’accompagnement de la presse. Non pas dans un objectif de nous encenser, nous distribuer des lauriers,  mais nous accompagner à travers un regard qui est distant, mais qui permet de voir la réalité de la conduite de nos politiques », soutient-il. Tout en saluant la présence de la presse sur le site de l’impression des sujets, le ministre Séni Ouédraogo souligne que son département a besoin d’un accompagnement critique, d’un regard extérieur car, ils n’ont pas la science infuse.

Une mission de service public

 

Et d’ajouter que cette activité est une mission de service public que son département et la presse sont en train d’accomplir pour garantir aux jeunes en quête d’emploi une certaine égalité, une certaine transparence et assurer les candidats que la seule voie pour réussir aux concours, c’est de travailler. Aussi les invite-t-il à se mettre au travail et à mettre fin aux affabulations parce que, quelques fois, celles-ci ne sont pas fondées. Pas d’arrêt de machine. Après le départ du ministre, le tic tac des machines assurant le tirage des sujets des concours directs continuait son rythme normal, toujours sous l’œil vigilant des agents de sécurité et la supervision des membres de la Commission nationale de pilotage des concours directs 2018. A 20h 54mn, les premières cantines sont prêtes. Elles sont une vingtaine à être entreposées dans la salle des machines.  A 21h 36mn, la première vague de l’équipe des agents de sécurité qui doit prendre la relève de 22h, fait son entrée. Après les formalités, elle se met immédiatement au travail. Du côté des civils, les agents relayeurs en font de même. Pour permettre aux acteurs de résister au froid, du café et du thé leur sont servis.  A 23h 30mn, les Hommes de médias font des va-et-vient pour s’assurer que tout se déroule bien. A 1h 30mn, certains d’entre eux bouclent à 70% leur article. A 2h 30mn, les échanges entre journalistes se poursuivent de plus belle, mais certains d’entre eux avaient les paupières lourdes. Malgré tout, ils refusent de se laisser tomber dans les bras de Morphée. 4h 30mn, certains renforcent leur dose de thé ou de café. A la même heure, les agents de sécurité continuent les fouilles corporelles. On dénombrait plus de 40 fouilles corporelles effectuées sur le chef de l’équipe de l’imprimerie. Svelte et très athlétique, ce dernier, habillé d’un pantalon Jean et d’un polo, faisait d’incessants va-et-vient entre les bâtiments abritant les machines, pour s’assurer que tout se déroule bien. Il est bientôt l’heure, lance un journaliste à ses confrères dont la mission devait prendre fin à 6h 30mn. Parmi eux, certains, entendant certainement l’appel du muezzin, étalaient leur natte en vue d’effectuer les ablutions pour la prière matinale. A 5h 40mn,  la première équipe du jour se présente. Chacun des membres de l’équipe côté forces de sécurité comme civils, confie ses objets personnels aux agents chargés de les enregistrer avant de prendre service. A 6h 30mn, un petit bilan dressé par la directrice générale de l’AGRE, H. Bertille Hayoro, nous donne les chiffres suivants : 35 450 copies conditionnées de 22h à 6h, 61 200 copies tirées. A cette heure, notre mission est terminée, mais celle de l’équipe de 6h commence. Et les équipes se relayeront ainsi jusqu’au 22 août 2018, afin de permettre une bonne administration des épreuves des concours directs, prévue du 25 août au 8 septembre 2018.  Pour des raisons évidentes, nous avons décidé de ne pas faire cas de certains détails, notamment les noms de certaines personnes, de lieu et des photos illustrant certains détails.

Dabadi ZOUMBARA

 

 

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