CONDAMNATION DE JEAN MARIE MICHEL MOKOKO AU CONGO

 CONDAMNATION DE JEAN MARIE MICHEL MOKOKO AU CONGO

On ne lorgne pas impunément le trône d’un dictateur

Comme on s’y attendait, le ciel est tombé sur la tête du Général congolais Jean Marie Michel Mokoko, vendredi dernier, au terme de son procès qualifié d’expéditif et kafkaïen par ses avocats. Un seul mot a suffi pour sceller le sort de cet ancien chef d’Etat-major de l’armée congolaise et conseiller du président actuel Denis Sassou Nguesso : Coupable ! La Cour criminelle de Brazzaville devant laquelle il comparaissait, l’a condamné à 20 ans de détention criminelle pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat », et a appliqué la même peine à sept autres co-accusés jugés par contumace, puisqu’ils n’ont pas daigné se présenter devant le prétoire. Autant dire que c’est une condamnation à mort pour cet homme de 71 ans bien sonnés, quand on connait les conditions horribles de détention dans les prisons-mouroirs du Congo-Brazzaville. C’est également un avertissement sans frais à toute l’opposition congolaise, puisque le procès ayant abouti aux 20 ans de bagne infligés au Général Mokoko avait, semble-t-il, des relents plutôt politiques. Rappelons, en effet, que les déboires de ce dernier ont commencé au lendemain de l’élection présidentielle controversée de 2016, notamment suite à son refus de reconnaître ce qu’il avait lui-même qualifié de « gangstérisme électoral » qui avait permis au président sortant, Denis Sassou Nguesso, de rebeloter. Depuis, et comme c’est souvent le cas en Afrique, le parti au pouvoir instrumentalise la Justice afin de mettre au pas les opposants les moins gênants, et en prison ceux qui n’ont pas compris qu’on ne lorgne pas impunément le trône d’un dictateur. Après Jean Marie Michel Mokoko, ce sera probablement au tour d’un autre poids lourd de la politique au Congo Brazzaville, André Okombi Salissa, de passer à la trappe, car tout porte à croire que Denis Sassou Nguesso qui aura 77 ans et totalisera 37 ans de règne à la prochaine élection présidentielle en 2021, veut faire place nette au profit de son fils cadet et possible successeur, Christel Sassou Nguesso.

C’est un tribunal politique qui a été constitué par le clan Sassou Nguesso pour punir un opposant ayant commis un crime de lèse-majesté

Le recours en révision que les conseils du truculent Général entendent introduire si ce n’est déjà fait, pour casser le jugement rendu par la Cour d’appel de Brazzaville, ne changera donc pas fondamentalement l’agenda caché du président en exercice, d’autant que l’objectif recherché in fine à travers la parodie de procès à laquelle on vient d’assister est, rappelons-le, d’écarter durablement tous les leaders de l’opposition, du chemin qui mène au palais du Peuple, le siège de la présidence de la République du Congo. On n’a d’ailleurs pas besoin d’être grand clerc ou expert en sciences politiques pour savoir que derrière cette condamnation à la hussarde et particulièrement lourde de Mokoko, il y a des motifs politiques sous-jacents, puisque les principaux éléments à charge ont été paradoxalement démontés par les témoins de l’accusation qui se sont pour ainsi dire rétractés. Deux d’entre eux, Tony Mandilou et Eric Beradingo, ont ouvertement fait part des pressions dont ils ont été l’objet, l’un parlant de subornation et l’autre d’aveux extorqués sous la torture. En un mot comme en mille, c’est un tribunal politique qui a été constitué par le clan Sassou Nguesso pour punir un opposant ayant commis un crime de lèse-majesté en ne reconnaissant pas la victoire du satrape en 2016, et pour en dissuader d’autres qui seraient mal inspirés de vouloir coûte que coûte être califes à la place du calife. Ainsi va malheureusement la démocratie dans nos républiques bananières d’Afrique où des roitelets bornés préfèrent s’acoquiner avec des juges corrompus pour traquer et embastiller toutes les personnalités clairvoyantes et avisées qui refuseraient de vendre leur âme au diable. Denis Sassou Nguesso a probablement obtenu le scalp de son ancien compagnon d’armes et proche collaborateur, mais il ne doit pas se méprendre sur la soif d’alternance inextinguible de ses concitoyens qui préfèrent pour le moment se terrer non seulement pour échapper aux nervis de son régime, mais aussi et surtout pour éviter au Congo une autre guerre civile après celle de la décennie 90 dont toutes les plaies n’ont pas encore été pansées. Il serait donc bien inspiré de préparer proprement sa sortie de scène à la fin de son mandat en 2021, s’il ne veut pas que la coulée de lave du volcan sur lequel il est en train de danser lui soit fatale, surtout avec la génération montante qui n’a pas connu les affres de la guerre civile et qui s’accommodera mal des pratiques mafieuses et corruptrices actuellement en cours au Congo.

Hamadou GADIAGA

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