CONDAMNATION DE PROCHES DE GBAGBO EN RCI : Le deux poids deux mesures continue

CONDAMNATION DE PROCHES DE GBAGBO EN RCI :  Le deux poids deux mesures continue

Le 26 décembre dernier, un proche de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, a été condamné à vingt ans de prison ferme par la Justice ivoirienne, pour « complicité d’assassinat » dans la mort d’une vingtaine de personnes dont six soldats onusiens de la paix, au cours d’attaques dans l’Ouest du pays en 2012. C’était au lendemain de la crise postélectorale qui a vu la chute du Christ de Mama en avril 2011, suivie de son transfèrement à la Cour pénale internationale à La Haye aux Pays-Bas en novembre de la même année. Depuis, nombre de ses proches et pas des moindres, ont connu des moments de tourmente, et la plupart des barons de son régime sont englués dans des déboires judiciaires quand ils n’ont pas tout simplement choisi le chemin de l’exil pour échapper à ce qu’ils qualifient de « justice des vainqueurs ».

Pour en revenir à la condamnation du 26 décembre dernier, elle concerne l’ex-ministre de la Fonction publique de Laurent Gbagbo, Hubert Oulaye, qui a été reconnu coupable d’avoir fourni deux millions de F CFA aux assassins de sept Casques bleus nigériens en 2012. Bien entendu, ce dernier et son conseil crient au procès politique, arguant du fait que l’accusation n’a pas pu apporter la moindre preuve matérielle de son implication dans lesdites tueries, encore moins prouvé qu’il a effectivement financé lesdits mercenaires.

On ne peut pas dire que tous ceux du camp Ouattara sont irréprochables

Morceau choisi d’un de ses avocats en la personne de Me Dadjé: « il n’y a aucun élément que l’accusation a produit, relevant d’une quelconque preuve de complicité, tant de Monsieur Oulaye que du jeune Djire. Pour moi, cela devrait être un arrêt de non-lieu. Cette décision de condamnation à vingt ans, je pense qu’elle est faite pour mettre Monsieur Hubert Oulaye hors d’état de nuire sur le plan politique ».

Cela dit, pour autant que la culpabilité de Monsieur Oulaye soit établie, il faut bien qu’il paye pour ses crimes. Et, en la matière, l’on ne peut pas reprocher à la Justice ivoirienne de dire le droit. Il faut même l’encourager à accélérer le traitement des dossiers de tous ceux qui sont détenus et qui sont de près ou de loin concernés par cette crise politique qui a fortement divisé la société ivoirienne. Ce, à l’effet de tourner la page pour aller à la réconciliation. Mais à l’allure où vont les choses, l’on a l’impression que  c’est un seul camp qui trinque devant la Justice, pendant que les autres se la coulent douce. Or, tout le monde est unanime à reconnaître que les 3 000 morts recensés dans le cadre de cette crise postélectorale, ne sont pas que le fait des pro-Gbagbo. On ne dit pas que les refondateurs sont blancs comme neige, mais on ne peut pas non plus dire que tous ceux du camp Ouattara sont irréprochables. Pour sûr, des partisans d’Alassane Ouattara ont aussi les mains tachées de sang.  Mais jusque-là, l’épée de la Justice ivoirienne ne semble s’abattre que sur la tête des partisans du Woody. A l’image de l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, condamnée en mars 2015 à 20 ans de prison pour « attentat à la sûreté de l’Etat », alors qu’elle était jugée avec 78 co-accusés pour  leur rôle dans la crise causée par le refus de son époux, Laurent Gbagbo, de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010. Dans le même procès, les Généraux Bruno Dogbo Blé (ex-commandant de la Garde Républicaine) et Vagba Faussignaux (ex-commandant de la Marine nationale) ont écopé de la même peine de 20 ans de prison que l’ex-Première dame.

Le problème de la réconciliation reste entier

 Pendant ce temps, Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, l’ex-Premier ministre Gilbert Aké N’gbo et plusieurs autres hauts cadres de l’ex-régime, étaient condamnés à des peines moins lourdes. En mars 2017, Simone Gbagbo sera acquittée dans une autre procédure où elle était poursuivie pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », mais deux mois plus tard, trois autres proches de l’ancien chef de l’Etat, Sébastien Dano Djédjé, Justin Koua et Nestor Dahi seront condamnés à trente mois de prison ferme dans une procédure qui les opposait à Pascal Affi N’Guessan pour le contrôle du parti au moment où ce dernier était soupçonné d’être de mêche avec le pouvoir d’Alassane Ouattara. Entre-temps, l’ancien chef de la sécurité rapprochée de l’ex-Première dame prendra aussi vingt ans de réclusion pour assassinat, pendant que le commandant Jean Noel Abehi qui comparaissait aux côtés de Séka Séka, était condamné à cinq ans de prison pour désertion à l’étranger. Bref, si l’on peut saluer ce travail titanesque de la Justice ivoirienne dans le but de vider le contentieux électoral de 2010, l’on peut déplorer que sa faucille n’ait jusque-là fauché que des têtes dans un seul camp. Si ce n’est pas du deux poids deux mesures, cela y ressemble fort.

Alors, on peut s’interroger sur ce qu’une telle situation peut avoir comme conséquences sur la réconciliation nationale tant chantée en Eburnie. Le constat est que près de six ans après la crise, le problème de la réconciliation reste entier et peine véritablement à prendre corps. Et il y a fort à parier que le sentiment de justice à deux vitesses que vivent les pro-Gbagbo y est pour quelque chose, car une telle situation n’est pas de nature à apaiser les cœurs.

 « Le Pays »

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