Conflits intercommunautaires au Mali: Le pays est loin d’être sorti de l’auberge

Conflits intercommunautaires au Mali: Le pays est loin d’être sorti de l’auberge

Au Mali, la multiplication des conflits intercommunautaires a de quoi inquiéter plus d’un.  D’autant plus que ces événements qui sont très souvent suivis de morts d’hommes, tendent à exacerber les tensions entre certaines communautés qui se regardent aujourd’hui en chiens de faïence.

En effet, quand ce ne sont pas des affrontements entre Peuhls et Dogons qui sont signalés par-ci, ce sont des heurts meurtriers entre Dozos et Peulhs par-là, comme vécu ce 1er jour de l'an 2019 dans le village de Koulogon dans le cercle de Bankass dans la région de Mopti où une expédition punitive des Dozos a fait 37 morts dont des femmes et des enfants. Et dire que l’on déplorait une dizaine de pertes en vies humaines suite à  une attaque similaire, le 23 novembre 2018, dans le même cercle de Bankass. De quoi donner davantage de soucis aux autorités maliennes en guerre ouverte contre une hydre terroriste qui se révèle plutôt coriace sur le terrain et qui donne suffisamment de fil à retordre à la coalition de forces internationales en présence. C’est dire si le Mali n’a pas besoin de ces conflits intercommunautaires, véritable guerre dans la guerre, autrement plus difficile à maîtriser par des autorités centrales théoriquement astreintes à la neutralité et qui ne sauraient raisonnablement prendre parti pour un camp contre un autre. Et dans le cas d’espèce, l’on est porté à penser que ni Barkhane ni les forces internationales ne sauraient gérer une telle situation, car ce n’est pas le genre de conflits qui se règlent à la canonnade. C’est pourquoi ces conflits intercommunautaires constituent un autre gros défi pour Bamako qui doit se donner les moyens de les endiguer pour donner des chances à l’application de l’accord de paix d’Alger censé tracer la voie de sortie de la crise multi raciale que traverse le pays depuis bientôt six ans.

 

Une implication des sages et autres leaders communautaires et religieux s’impose comme une nécessité absolue

 

 

C’est donc peu de dire que le Mali est encore loin d’être sorti de l’auberge, malgré le déploiement d’importants moyens pour la stabilisation du pays. En tout cas, la récurrence de ces conflits communautaires constitue une bombe ethnique à retardement qui pourrait non seulement exploser à tout moment entre les mains des autorités maliennes, mais aussi et surtout mettre à mal la cohésion sociale et l’union sacrée pour faire face à l’ennemi commun que sont les djihadistes. C’est pourquoi il est impératif, pour l’Etat, de trouver la formule pour faire baisser la tension et amener les différents protagonistes à fumer durablement le calumet de la paix.  

 

Quoi qu’il en soit, on ne mesurera jamais assez l’impact négatif de cette situation sur la cohésion sociale, sans oublier la dégradation continue de la situation sécuritaire dans son ensemble, due à l’action conjuguée des insurgés islamistes et autres groupes terroristes qui écument les parties septentrionale et centrale du pays. Toute chose qui vient en rajouter à la fragilité d’un tissu économique déjà fort désarticulé, mais qui a aussi un impact négatif certain sur d’autres secteurs d’activités comme le monde éducatif où les enseignants désertent les classes quand les symboles de la pensée occidentale que les djihadistes abhorrent ne sont pas l’objet d’autodafé.

 

En tout état de cause, tant que les conflits communautaires qui gangrènent aujourd’hui le Mali ne seront pas convenablement résolus, il serait utopique de penser pouvoir arriver à une paix durable. Cette denrée devenue rare sur les rives du Djoliba, derrière laquelle le président Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) court depuis sa prise de fonction et qui est en passe d’user bien de ses sandales. Il est donc temps, pour le gouvernement de prendre ses responsabilités. Mais d’ores et déjà, une implication des sages et autres leaders communautaires et religieux s’impose comme une nécessité absolue.

 

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