CRISE GAMBIENNE : Jammeh serait-il pris à son propre piège ?

CRISE GAMBIENNE : Jammeh serait-il pris à son propre piège ?

 

En Gambie, c’était hier 10 janvier 2017, que la Cour suprême devait se pencher sur le recours en annulation de Yahya Jammeh, suite à sa défaite à l’élection présidentielle du 1er décembre dernier. Mais la Cour suprême n’a pas pu siéger. En effet, les quatre juges nigérians et sierra-léonais auxquels le président gambien avait fait appel pour venir renforcer une Cour qu’il avait lui-même enterrée et qu’il a ressuscitée pour la circonstance, n’ont pas répondu à l’appel. Tant et si fait que le président gambien se trouve aujourd’hui dans une situation pour le moins embarrassante. Yahya Jammeh a-t-il alors été pris à son propre piège ? La question mérite d’être posée. D’autant plus que le chef de l’Etat gambien, malgré son attitude va-t-en-guerre et ses sorties de piste langagières, avait jusque-là pour lui la légalité, notamment le recours que lui reconnaissent les textes et qui avait été déposé dans les délais constitutionnels. Maintenant qu’il risque la forclusion, le président gambien qui comptait certainement sur le verdict de la Cour suprême pour se remettre « légalement » en selle, risque de voir ses plans déjoués. Pire, si la Constitution gambienne ne prévoit pas de scénario où il peut assurer la continuité de l’Etat au-delà de la période de transition, jusqu’à l’installation de son successeur, Yahya Jammeh est menacé d’être frappé d’illégalité à l’échéance du 19 janvier prochain, s’il se maintient au pouvoir. Par ailleurs,  rien ne dit qu’en essayant de faire peur à tout le monde, l’autocrate gambien n’a pas aussi fait peur aux grands juges africains sur lesquels il comptait certainement pour venir donner plus de crédibilité à son recours. En tout cas, tout porte à croire que la situation actuelle ne les met pas suffisamment à l’aise pour venir faire sereinement le travail. Si fait que l’on est enclin à croire que ces juges ont préféré prendre leurs distances, pour ne pas avoir à prendre une décision qui ne les aurait pas grandis et que l’Histoire aurait retenu contre eux. Surtout que le dictateur voulait se fonder sur un tel acte pour rebattre les cartes, alors qu’il avait reconnu sa défaite et même félicité son adversaire. Une chose est sûre, leur absence n’est pas fortuite et n’est certainement pas pour arranger les affaires de Yahya Jammeh.

Avec le rendez-vous manqué des juges,  le compte à rebours semble avoir commencé pour Yahya Jammeh

En tout état de cause, la délégation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a prévu de faire, ce 11 janvier,  le déplacement de Banjul pour « discuter avec le président Jammeh, de l’impératif de respecter la Constitution », ne devrait pas manquer d’arguments pour lui faire comprendre la délicatesse de sa position. Surtout au moment où le vide continue de se créer autour de lui, avec des défections de plus en plus nombreuses, malgré ses tentatives de garder la main ; comme par exemple le limogeage et le rappel des douze ambassadeurs accrédités à l’étranger, qui lui avaient demandé, en fin d’année, de céder le pouvoir, ou encore le remplacement, il y a de cela seulement trois jours, de son ministre de la Communication qui aurait quitté le navire. En tout cas, avec le rendez-vous manqué des juges,  le compte à rebours semble avoir commencé pour Yahya Jammeh, à une semaine de la fin de son mandat constitutionnel.  Que va-t-il faire maintenant ? Réussira-t-il à obtenir les nouvelles élections qu’il appelle de tous ses vœux, ou va-t-il décider de confisquer purement et simplement le pouvoir s’il ne revient pas à de meilleurs sentiments ? Wait and see.

Outélé KEITA

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