CRISE AU SEIN DE L’ANC : Zuma ou la stratégie du lépreux

CRISE AU SEIN DE L’ANC  : Zuma ou la stratégie du lépreux

En Afrique du sud, c’est une véritable crise que vit le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), relativement au sort du président Jacob Zuma. En effet, pendant que son départ est exigé par de nombreux militants, le président aux multiples scandales de la Nation Arc-en-ciel fait dans la résistance et s’est même trouvé, au sein du parti, des supporters pour demander son maintien à la tête de l’Etat, jusqu’à la fin de son mandat constitutionnel en 2019. Le week-end dernier déjà, des négociations menées par d’éminents cadres du parti pour obtenir le départ négocié de Jacob Zuma, n’avaient pas abouti.  L’homme qui a déjà fait l’objet d’au moins quatre motions de défiance au niveau du Parlement, se refuse à rendre le tablier, estimant qu’il n’a rien fait de répréhensible qui justifierait un départ avant terme.

Zuma a déjà suffisamment bradé l’héritage de l’icône de la lutte anti-apartheid

Et pourtant, ça grogne fort aussi bien dans les rangs de l’opposition qu’au sein du parti au pouvoir contre le septuagénaire président, pour l’ensemble de ses scandales à la tête de l’Etat, allant du détournement de deniers publics à des fins personnelles comme par exemple la rénovation de sa résidence privée par une utilisation indue de fonds publics, aux affaires de corruption et d’accointances avec une influente famille d’origine indienne, qui influencerait fortement sa gestion du pouvoir. C’est dans une telle atmosphère que l’élite dirigeante du parti au pouvoir doit se réunir en session extraordinaire ce 7 février, pour prendre une décision définitive concernant Jacob Zuma. La question est de savoir si le parti de Nelson Mandela va finalement se délester de son indélicat président qui, telle une tumeur, est en train de gangrener le parti au point de le conduire lentement et sûrement à la décadence.  En tout cas, en neuf ans de pouvoir et deux mandats, Zuma a déjà suffisamment bradé l’héritage de l’icône de la lutte anti-apartheid, qui aura, pourtant, donné sa vie pour son parti et pour son pays. Disons-le net, Jacob Zuma est l’antithèse crachée de Nelson Mandela. Autant les Sud-africains, dans leur grande majorité, ont voué respect, admiration et confiance à Madiba jusqu’à son dernier soupir, autant ils semblent pressés de tourner la page Zuma, pour l’ensemble de ses basses œuvres à la tête de la Nation Arc-en-ciel. D’où ces incessants appels à l’abréviation de son mandat. Mais tel un roseau, Zuma, jusque-là, plie mais ne rompt pas. Et il s’apprête même à faire face, dans quelques semaines, à une cinquième motion de défiance au cas où le parti échouerait à le faire partir d’ici là. Pire, l’on a le sentiment que non content de faire dans la résistance, Zuma, tel le lépreux incapable de traire la vache, cherche à renverser la calebasse de lait pour que tout le monde soit finalement perdant. Autrement, l’on ne comprend pas pourquoi cet entêtement à rassembler des partisans pour mener des contre-manifestations en réponse à ses détracteurs qui veulent son scalp, si ce n’est pour diviser davantage un parti déjà fragilisé, qui était déjà à la peine aux dernières élections municipales où il a vu certains bastions traditionnels lui échapper au profit d’autres formations politiques. Zuma voudrait creuser la tombe de l’ANC qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Car, pour moins que ce qu’il a fait, Thabo Mbeki avait été contraint à la démission sur les intrigues de ce même Zuma. Dans ces conditions, comment ne pas croire que le grand chef zulu du parti au pouvoir est dans la logique du « après moi le déluge » ?

Plus vite le parti se débarrassera de Jacob Zuma, mieux cela vaudra

C’est pourquoi le discours à la Nation que ses détracteurs au sein du parti ne veulent même pas qu’il prononce, a été reporté sine die. Reste maintenant à savoir si les cadres du parti vont enfin prendre leurs responsabilités. Car, quoi que l’on dise, Jacob Zuma a déjà joué sa partition qui ne sera certainement pas écrite en lettres d’or mais plutôt en termes de frasques dans l’histoire de l’Afrique du Sud. C’est maintenant l’avenir du parti qui est en jeu. Et ce dernier n’est pas à l’abri d’une implosion à cause de Jacob Zuma,  si l’on n’y prend garde. C’est pourquoi la décision des cadres du parti sur la question Zuma est très attendue en ce qu’elle s’avère capitale. L’avenir du parti en dépend. Et à l’orée de la présidentielle de 2019, cette décision est d’autant plus cruciale qu’elle permettra au parti de repartir du bon pied en vue des échéances futures ou de s’enfoncer davantage dans une crise qui ne fera que creuser le fossé entre les militants. Toute chose qui pourrait être préjudiciable à un retour en force au devant de la scène politique. Car, ce n’est pas en un jour que l’ANC comblera son retard pour espérer par exemple renverser la vapeur dans les fiefs qu’il a perdus. Il y a un véritable travail de reconstruction à faire et cela demande du temps. Donc, plus vite le parti se débarrassera de Jacob Zuma, mieux cela vaudra. Mais tant que ce dernier restera à la tête de l’Etat, l’ANC aura du mouron à se faire. Et ce n’est pas le vice-président Cyril Ramaphosa, le nouveau patron du parti au pouvoir, qui dira le contraire ; lui qui piaffe d’impatience de prendre la succession du fantasque président  pour redorer le blason du parti, et qui n’exclut pas la possibilité de lui faire rendre gorge pour l’exemple. Ceci  expliquerait-il cela ? En attendant, c’est le parti qui trinque et il est temps de siffler la fin de la récréation.

 « Le Pays »

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