CRISPATION POLITIQUE CONSECUTIVE A L’ANNULATION DE LA PRESIDENTIELLE AU KENYA : Avis de tempête sur Naïrobi  

CRISPATION POLITIQUE CONSECUTIVE A L’ANNULATION DE LA PRESIDENTIELLE AU KENYA : Avis de tempête sur Naïrobi   

 

Au lendemain de l’invalidation par la Cour suprême de la présidentielle kényane, des messages de félicitations fusent de partout à travers le monde. Si bien que même l’Union africaine (UA) réputée pour son inertie et son impéritie, est sortie de sa réserve pour saluer une « décision qui honore l’Afrique ». Mais comme à son habitude, l’organisation continentale, plutôt que de saluer clairement le courage et l’esprit d’indépendance des juges kényans, a préféré faire dans le  diplomatiquement correct non sans un brin de panafricanisme. Morceau choisi : « l’UA apprécie l’esprit de maturité et de responsabilité de tous les acteurs du processus qui ont préféré les voies légales à la violence. L’Afrique sera ce que nous voudrions qu’elle soit et la preuve est aujourd’hui faite que les Africains peuvent se comprendre pour préserver l’essentiel : la paix et la quiétude des citoyens », a déclaré Alpha Condé, président en exercice de l’UA. Pendant ce temps, les deux protagonistes kényans à savoir Uhuru Kenyatta et Raïla Odinga, déjà en campagne, se laissent aller à  propos peu rassurants de nature à mettre le feu aux poudres dans un pays où la violence a pignon sur rue.

Une escalade de violences verbales qui n’augurent rien de bon pour le Kenya

En effet, à l’entame de sa nouvelle campagne, le président Uhuru Kenyatta qui avait été dans un premier temps donné pour vainqueur par la Commission électorale (l’IEBC), n’est pas allé avec le dos de la cuillère contre la Cour suprême contre laquelle il ne décolère pas et dont il a traité les juges d’«escrocs » en s’en prenant de façon véhémente  à son président qu’il semble avoir désormais dans son collimateur. De son côté, l’opposant Raïla Odinga ne cache pas sa rage contre l’IEBC dont il a qualifié les agents de « voleurs » et de « hyènes ». Une escalade de violences verbales qui n’augurent rien de bon pour le Kenya. Et quand on connaît tout l’attachement du président Kenyatta  à cette institution que son adversaire est en train de pourfendre et de demander la recomposition, l’on se demande si l’on ne se dirige pas vers un bras de fer qui risque de cristalliser toutes les passions. C’est dire si le Kenya n’est pas sorti de l’auberge car, à côté de la question du maintien ou du changement des membres de la Commission électorale, l’autre défi à relever reste celui de mener une campagne électorale apaisée, qui déboucherait sur des élections tout aussi apaisée, avec à la clé une acceptation des résultats par toutes les parties. Mais telle que la campagne est repartie, ce paris est loin d’être gagné à l’avance. Bien au contraire, il y a lieu de nourrir de réelles inquiétudes pour le Kenya, avec ces gros nuages sombres qui s’amoncellent dans le ciel de Naïrobi. Pour en revenir aux deux protagonistes, Uhuru Kenyatta et Raïla Ondinga, leur attitude est simplement déplorable et condamnable avec ces dérapages verbaux contre des institutions de la République qui méritent pourtant respect et considération. Aussi, en s’illustrant négativement, l’un et l’autre ont péché non seulement par orgueil en ne donnant pas le bon exemple, mais aussi ils contribuent à fragiliser des institutions qui ont pourtant besoin de sérénité pour accomplir au mieux leurs missions.

Il appartient aux deux protagonistes de revenir à la raison et de maîtriser leurs troupes

Surtout en ces moments où le pays est à un véritable tournant de son histoire. C’est pourquoi, venant de telles personnalités qui dirigent ou qui aspirent à diriger la nation kényane, de tels propos ne méritaient pas d’être tenus. En tout cas, ils ne font pas honneur à leurs auteurs. Encore plus Uhuru Kenyatta qui, en tant que chef de l’Etat, aura été à l’origine du choix et de l’installation des membres de cette même Cour qu’il traite aujourd’hui d’escrocs. C’est pourquoi le président kényan semble véritablement dans le mauvais rôle. Mais il ne devrait s’en prendre qu’à lui-même. Car, s’il pensait avoir installé des béni-oui-oui à ces postes, il en aura pris pour son grade. Et il faut espérer que l’exemple de son pays fasse tache d’huile sur le continent, et que non seulement les Cours suprêmes ou autres Conseils constitutionnels, mais aussi les Céni puissent s’en inspirer. En tout cas, c’est de telles institutions courageuses dont l’Afrique a besoin. S’il en avait été ainsi de longue date, il y a fort à parier que bien des fossoyeurs de la démocratie et autres satrapes du continent qui continuent à se maintenir contre vents et marées au pouvoir, ne seraient pas là où ils sont, à l’image du Burundais Pierre Nkurunziza, du Congolais Denis Sassou, du Gabonais Ali Bongo Ondimba, entre autres. Pour revenir au cas du Kenya, on peut dire que la Cour suprême a tranché, mais le plus dur reste à venir. Et avec cette reprise annoncée de l’élection présidentielle qui est une première, le Kenya entre dans une période d’incertitudes. Il appartient donc aux deux protagonistes, malgré l’enjeu, de revenir à la raison et de maîtriser leurs troupes. Pour cela, ils doivent d’abord commencer déjà par modérer leur langage.  C’est à ce prix que l’on pourrait tendre vers une baisse de la tension sociopolitique, dans l’espoir de mener sereinement le processus électoral à son terme.  Autrement, si les djinns de la violence devaient ressortir de leur bouteille, Naïrobi ne serait pas à l’abri de violences électorales dont nul ne saurait prédire l’ampleur ni l’issue.  Et Kenyatta et Ondinga en porteraient l’entière responsabilité devant l’histoire. Mais il appartient aussi à la communauté internationale de veiller au bon déroulement du scrutin, dans la transparence et la neutralité les plus totales, pour éviter au Kenya de replonger dans les violences du passé. Il y va de l’avenir de ce pays.

« Le Pays »

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