CSPS DE DARA : L’agresseur d’une sage-femme écope de deux mois de prison ferme

CSPS DE DARA : L’agresseur d’une sage-femme écope de deux mois de prison ferme

Le 19 février dernier, un individu qui avait accompagné son père malade au CSPS de Dara, prenait à partie une sage-femme en service audit CSPS. Le mis en cause a été convoqué à la barre du Tribunal de grande instance de Nouna, le 14 mars 2017, pour être jugé des faits d’injures publiques, de violences et voies de fait sur un agent du service public.

 

Il était 11h 30mn environ, quand Ulrich Yakoro, la trentaine bien sonnée, comparaissait devant le Tribunal de grande instance de Nouna. De teint noir et de taille svelte, l’accusé est apparu  devant un auditoire composé à majorité d’infirmières, à ce procès qui était très attendu. C’est le président du tribunal, Patrick W. Zoundi, qui a présenté au prévenu les principaux chefs d’accusation qui portant sur la  violation des articles 362, 364, 367 et 368 du code pénal et les articles 84 et 85 prévoyant les sanctions pénales.

Debout, Ulrich Yakoro dit reconnaître les faits et explique avoir agi sous l’emprise de la colère, suite au décès de son papa. En fait, il incriminait les infirmiers de Dara d’avoir tué son père par négligence. Dans ses explications, il dit s’être rendu à plusieurs reprises au CSPS avec son père malade, mais la santé de ce dernier se dégradait continuellement. « Mon intention, c’était de la tuer pour me venger du décès de mon père », clama-t-il, visiblement serein. Face à de tels propos, l’auditoire éclata de rire. Il a fallu l’intervention du président du tribunal pour que le calme revienne dans la salle.

En prenant la parole à son tour, la sage-femme, Awa Traoré née Sanou, rejeta certains des propos du prévenu qu’elle a jugé trop exagérés. Elle relata, elle aussi, sa version des faits.

 

Zoom sur le récit de l’agression

 

C’est un malade qui avait été transféré depuis l’hôpital de Bobo-Dioulasso. Il était fait de sorte à « disponibiliser » les produits au niveau du CSPS pour permettre au patient d’y avoir accès facilement. C’est dans cette optique que la semaine derrière, le fils du patient est passé voir le major, Judéon Dakissaga, pour lui faire savoir que l’état de son père se dégradait et demander s’il y a une possibilité d’avoir la fiche de traitement pour l’emmener urgemment à Nouna. En fait, cette fiche doit rester au CSPS. C’est ainsi que le major lui a fait savoir qu’avec la fiche verte que détenait le malade, il pouvait déjà l’emmener à Nouna.  Ce qui n’a pas été fait.

Le dimanche 19 février au matin, le fils du patient est de nouveau revenu au CSPS. En l’absence du major, il demanda la fiche de traitement à la sage-femme qui était présente. Cette dernière lui fit comprendre qu’il n’était pas possible de la lui donner. C’est ainsi qu’au lieu d’emmener le malade à Nouna, il aurait préféré rentrer avec lui à la maison. Aux environs de 20h, après le décès de son père, il revint tout furieux au CSPS et s’en prit vertement à la sage-femme qui, dans sa fuite, a fait une chute. Cette dernière était à terme. Une autre infirmière qui était présente, a également été agressée, et n’eut été l’intervention de certains accompagnants de malades, le pire se serait produit. Devant la situation, le premier responsable du district sanitaire de Nouna demanda au personnel soignant de quitter les lieux pour raison d’insécurité. Il décida également de la fermeture du CSPS.

L’intervention du procureur

 

Le procureur, après avoir écouté les différentes parties, a voulu savoir là où était le major du CSPS au moment des faits, puisque Ulrich est revenu trois fois le manquer au poste.

En réponse à cette question, l’Infirmier chef de poste (ICP) a tout d’abord indiqué qu’il a remis personnellement son adresse téléphonique au fils du patient pour qu’il le tienne informé de l’évolution de l’état de santé du malade. Seulement, il aurait préféré remettre le contact à son père et partir travailler à Nouna.

S’agissant de son absence pendant les évènements, il a dit s’être rendu au district pour déposer un courrier et profiter se soigner.

Le substitut du procureur, Pierre Ouédraogo, lui, a fait des reproches au personnel soignant en particulier et aux autres agents du service en général. Selon lui, ils se doivent de promouvoir le bon accueil des usagers et la communication dans l’exercice de leurs fonctions.

Il a ajouté que, quelle que soit leur prestation, si la forme n’y est pas, elle sera mal prise. « Certes, les conditions de travail restent précaires, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit avoir des excuses pour vaquer à d’autres occupations au détriment du service public », a expliqué le juge. Il poursuit en soulignant que le service pour lequel on est payé, est prioritaire. « C’est un devoir professionnel que tout agent doit accomplir avec tact, abnégation et disponibilité tout en évitant les traitements discriminatoires », indiqua-t-il.

Dans sa réquisition, le procureur a plaidé pour une condamnation du prévenu. Il a déploré qu’Ulrich Yakoro ait fait usage de la force pour recouvrer ses droits.

C’est à l’issue de cette adresse que le président du tribunal a requis une peine de 2 mois de prison ferme pour Ulrich Yakoro. Ce dernier à 15 jours pour faire recours.

 

Madi KEBRE, (Correspondant)

 

 

 

 

 

 

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