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DECES DU PREMIER PRESIDENT GAMBIEN : Dawda Jawara peut reposer en paix

Le 27 août dernier, Dawda Jawara, père de l’indépendance de la Gambie, a tiré sa révérence à l’âge de 95 ans. Vétérinaire de formation, le natif de Barajally qui s’est lancé en politique dans les années soixante après son retour d’études dix ans plus tôt, était un militant du Parti populaire progressiste. Déjà Premier ministre lorsque la Gambie accède à son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni, en 1965, il proclame cinq ans plus tard la République de Gambie et en devient le premier président en 1970. Il sera ensuite réélu plusieurs fois à la tête de l’Etat, jusqu’en 1994 où il est renversé par Yahya Jammeh, à la suite d’un coup d’Etat militaire. S’en suivra pour lui une longue période d’exil au Sénégal, jusqu’en 2010 où, à la faveur d’une amnistie, il regagne le pays natal pour ne plus jamais le quitter. Pour le président Adama Barrow, la disparition de celui que la Gambie pleure aujourd’hui, « est une grande perte pour le pays en particulier et pour l’humanité en général ».

C’est une page de l’histoire de la Gambie qui se tourne

Réputé pacifiste et conciliateur par les uns et rassembleur par les autres, Dawda Jawara laisse de lui l’image d’un démocrate dans l’âme, qui aura donné le meilleur de lui-même pour son pays. Peu connu de la nouvelle génération, l’homme est resté discret depuis son retour d’exil en 2010, qui l’avait éloigné du pays pendant seize ans.  Avec son décès, c’est une page de l’histoire de la Gambie qui se tourne. Surtout avec l’éphémère confédération de la Sénégambie qu’il a fondée en 1982 avec son homologue sénégalais de l’époque, Abdou Diouf, et qui sera plus tard dissoute, en 1989, suite à des divergences. De leurs dessous et de leurs non-dits, Dawda Jawara emportera une partie dans sa tombe. Mais le père de l’indépendance de la Gambie peut reposer en paix, d’autant qu’il tire sa révérence au moment où son pays a non seulement réchauffé ses relations avec son voisin, le Sénégal, mais a aussi été remis sur les rails de la démocratie à la faveur de l’accession de Adama Barrow au pouvoir, en 2016.

Cela est d’autant plus important à souligner que cette disparition intervient au moment où la Gambie, en pleine reconstruction démocratique, a ouvert le douloureux chapitre des auditions foraines des « Junglers », du nom de ces anciens escadrons de la mort du régime déchu, auditions censées conduire le pays à une catharsis pour panser les plaies du passé et ouvrir le chemin de la réconciliation. C’est une avancée notable qu’il convient de relever, même si la démarche reste encore largement perfectible. Et le moins que l’on puisse en dire,  c’est que c’est déjà un pas en avant qui traduit toute la volonté de rupture des nouvelles autorités avec un passé où toutes les méthodes rétrogrades, dégradantes de la dignité humaine et les pratiques antidémocratiques étaient permises.

En tout cas,  ces autorités frapperaient un grand coup qui marquerait certainement à jamais les esprits, si ces auditions débouchaient sur la comparution tant voulue par certains, de l’emblématique procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, pour répondre de faits qui lui sont reprochés du temps où elle occupait de hautes fonctions dans l’administration judiciaire de son pays avant de prendre la succession de l’Argentin Luis Moreno Ocampo, à la tête de la juridiction internationale.

On attend de voir comment la Nation lui rendra honneur

Ce serait autant de signaux révélateurs de la volonté de régénérescence  d’un pays qui aura vécu sous la férule d’un dictateur qui se croyait sorti de la cuisse de Jupiter au point de faire vivre à ses compatriotes, les pires atrocités que n’ait jamais connu leur pays.

C’est dire si avec Adama Barrow, c’est une ère nouvelle,  pleine d’espoirs, qui s’est ouverte pour ce pays auquel son premier président vient de faire ses adieux, et aura consacré la moitié de sa vie. Rien que pour cela, il mérite  des funérailles nationales et on attend de voir comment la Nation lui rendra honneur. En tout cas, ce pays revient de loin, pour avoir  souffert, après le règne de l’illustre disparu,  le martyre d’une des dictatures les plus rudes et les plus féroces du continent, durant plus de deux décennies. C’est pourquoi l’on est porté à croire que l’une des plus grandes satisfactions de Dawda Jawara, aura été d’avoir vu la chute de son tombeur, Yahya Jammeh qui lui reprochait bien des choses et qui aura, au bout du compte, été l’une des pires calamités pour son pays, par ses frasques ubuesques et ses lubies à la tête de l’Etat gambien.

En tout état de cause, Dawda Jawara, pourrait-on dire, a joué sa partition et est allé comme il était venu, en homme discret. Puisse-t-il à présent reposer auprès des ancêtres, dans la paix intérieure retrouvée. Que la terre de sa Gambie natale lui soit légère!

 

 « Le Pays »

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