DECLARATION DES BIENS DES FONCTIONNAIRES AU MALI : Effet d’annonce ou annonce sans effet ?

DECLARATION DES BIENS DES FONCTIONNAIRES AU MALI : Effet d’annonce ou annonce sans effet ?

Au Mali, les autorités semblent décidées à lutter contre la corruption et l’enrichissement illicite. Dans ce cadre, à la suite des ministres et des hauts fonctionnaires qui étaient seuls concernés jusque-là par la déclaration de biens, les fonctionnaires sont appelés à leur emboîter le pas. Ils ont jusqu’en fin août pour s’exécuter, sous peine de se faire taper sur les doigts. Et ce ne sont pas les moyens de coercition qui manquent, puisque, selon le président de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (Oclei) « le fonctionnaire assujetti, qui manque à cette obligation, doit être révoqué de ses fonctions et être interdit d’exercer les fonctions d’assujetti pendant cinq ans ». En aval, la loi prévoit des peines d’emprisonnement allant jusqu’à cinq ans, plus la saisie de biens pour les fonctionnaires reconnus corrompus. De prime abord, l’on ne peut que saluer ces mesures du gouvernement malien que l’on pourrait aisément classer dans le cadre de l’assainissement ou de  la moralisation de la vie publique. L’idée, en elle-même, est donc bonne, car cela participe de la bonne gouvernance. Surtout quand on sait les méfaits de la corruption sur les fragiles économies africaines ; toutes choses qui rebutent les bailleurs de fonds à y injecter de l’argent alors qu’elles sont déjà sous perfusion. Mais là où l’on peut émettre des réserves voire des inquiétudes dans le cas du Mali, c’est à propos de l’opérationnalisation de la mesure. Quand on sait qu’il y a plus de 55 000 fonctionnaires civils et militaires qui sont concernés, sans oublier les travailleurs des collectivités territoriales qui dépassent de loin en nombre les fonctionnaires ci-sus cités, il y a de quoi s’interroger sur la manière dont tous ces dossiers pourraient être traités avec diligence et efficacité. Le gouvernement malien a donc du pain sur la planche. Et la tâche paraît si ardue que l’on se demande si cette mesure ne sera pas un simple effet d’annonce ou une annonce sans effet.

Il y a des craintes que ces mesures ne s’apparentent à  un combat contre des moulins à vent

En effet, comparaison n’est pas raison, mais la loi sur le délit d’apparence fortement applaudie chez le voisin burkinabè tarde encore à montrer ses effets. Et pourtant, ce ne sont pas les exemples de délits d’apparence qui manquent. Mais depuis lors, personne, à ce que l’on sache, n’a jusque- là été inquiété. Si fait que l’on se demande si la loi n’a pas été tout simplement rangée aux oubliettes, alors que l’apparence de citoyens qui mènent un train de vie nettement supérieur à leurs revenus légaux crève chaque jour les yeux, de jour comme de nuit. C’est pourquoi, tout en encourageant les autorités maliennes dans la lutte contre la corruption, il convient de les exhorter à mettre un point d’honneur à joindre véritablement l’acte à la parole. En cela, la traque des fonctionnaires corrompus aurait pu avoir beaucoup plus d’effet, si le ménage avait au préalable été fait au niveau des ministres et autres hauts fonctionnaires qui sont déjà soumis à la déclaration de biens. Si rien n’est fait à ce niveau, comment peut-on vouloir sanctionner des fonctionnaires à la base quand au sommet, de nombreux dossiers et pas des moindres, puent la corruption et les détournements de deniers publics ? L’on se rappelle encore cette histoire d’achat de l’avion présidentiel qui avait fait grand bruit au point d’amener la Banque mondiale à taper du poing sur la table pour demander des explications à Bamako. L’on se rappelle aussi le coup de gueule du ministre Mamadou Ismaila Konaté alors en charge de la justice, qui ne comprenait déjà pas en 2016, « comment sur 208 dossiers de lutte contre la corruption déposés auprès des juges depuis 2007, 110 ont été classés sans suite dans des conditions inexplicables ». C’est dire s’il y a des craintes que ces mesures de lutte contre la corruption ne s’apparentent finalement à  un combat contre des moulins à vent. C’est pourquoi, au-delà de ces mesures, il faudra prendre des textes organisationnels pour réglementer les différents corps de métiers. Autrement, tous les efforts du gouvernement contre cette pratique aux origines séculaires risquent d’être vains, et l’économie malienne risque à son tour de souffrir pour longtemps encore de cette gangrène qui lui colle inexorablement à la peau.

Outélé KEITA

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