DEMANDE DE LEVEE DE L’IMMUNITE DE DEPUTES DE L’OPPOSITION AU BENIN : Volonté réelle d’assainissement ou chasse aux sorcières ?

DEMANDE DE LEVEE DE L’IMMUNITE DE DEPUTES DE L’OPPOSITION AU BENIN : Volonté réelle d’assainissement ou chasse aux sorcières ?

Sommeil agité pour trois députés de l’opposition béninoise et trois anciens ministres de l’ancien président Thomas Boni Yayi. Ils sont tous dans le viseur de la Justice béninoise, après que le procureur de la République a réclamé la levée de l’immunité des trois élus et la poursuite des trois ex-ministres devant la Haute Cour de Justice.  Ces requêtes ont été adressées à l’Assemblée nationale, la semaine dernière, via le ministre de la Justice. Ces trois parlementaires ainsi que ces trois huiles de l’ère Boni, sont visés pour des affaires de mauvaise gestion, de trafic de faux médicaments et de détention d’argent liquide à domicile. L’affaire fait en ce moment grand bruit au pays du roi Béhanzin. De là à croire que celle-ci exhale les relents nauséabonds de la politique politicienne, il n’y a qu’un pas que d’aucuns n’ont pas hésité à franchir puisque l’opposition dénonce déjà une « chasse aux sorcières ». Elle n’y voit, en effet, ni plus ni moins qu’un règlement de comptes d’autant que tout est parti d’audits commandités par… un adversaire politique, Patrice Talon pour ne pas le nommer, à son arrivée à la présidence du Bénin. Volonté réelle d’assainissement de la vie publique ou soif de vengeance du numéro un béninois ?  Toujours est-il que l’affaire est entre les mains de la Justice qui se chargera d’élucider ses tenants et aboutissants.  Mais d’ores et déjà, l’on peut penser que si le procureur s’est autosaisi du dossier, c’est qu’il détient du « solide » par-devers lui. En tous les cas, il faut se réjouir de l’intérêt porté par le président Talon sur la façon dont le bien public a été géré par l’Exécutif sortant.  A priori, il n’y a aucun mal à cela, d’autant que la culture de l’audit participe à coup sûr de la bonne gouvernance. Que Patrice Talon veuille aussi voir plus clair dans la gestion des affaires de l’Etat par ses adversaires politiques actuels, cela n’a a priori non plus rien de condamnable. Pour tout dire, l’initiative du président Talon est louable.

Pourquoi la Justice se met-elle en branle seulement maintenant ?

Toutefois, il devrait aller plus loin.  Il gagnerait à se mettre à l’abri de toute critique en ne jetant pas son dévolu sur ses opposants politiques.   En matière de bonne gouvernance, la même rigueur doit s’appliquer à tous, que l’on soit du pouvoir ou de l’opposition. C’est la seule manière, pour le président, d’apporter la preuve de son attachement indéfectible à la gouvernance vertueuse et de s’éviter toute critique laissant croire qu’il fait dans le « deux poids deux mesures ».  Cela dit, aujourd’hui, ce sont des ministres et des députés de l’opposition qui sont dans le collimateur de la Justice, suite à ces audits.  On peut se poser la question de savoir si le successeur de Boni Yayi et son équipe accepteront volontiers de se plier au principe de l’audit, une fois qu’ils auront eux aussi passé la main.  Si le pouvoir béninois se défend de toute « chasse aux sorcières », s’empressera-t-il de crier  haut et fort au « règlement de comptes » plutôt que de s’attacher à prouver sa bonne foi, s’il est appelé à rendre compte de sa gestion ?  Il faut espérer qu’il opte pour la seconde solution. Autrement, ce feuilleton politico-judiciaire n’aura été que de la pure diversion qui pourrait avoir été orchestrée par un pouvoir confronté à des mouvements sociaux de tous ordres, et dont le but n’aura été que de  détourner le peuple béninois des vrais problèmes qui l’assaillent au quotidien. Pour ce qui est du profil des personnalités mises en cause, il faut dire que parmi celles-ci figure un député qui a dirigé la Société nationale de coton. Un autre s’est occupé des intrants. On sait que dans une autre vie, le président Talon était connu comme le loup blanc dans la filière du coton au Bénin.   Il en était le magnat. L’ancien homme d’affaires est-il au-dessus de tout soupçon ?   Ces deux personnalités qui filent aujourd’hui du mauvais coton, et qui ont peut-être le malheur de ne pas disposer de la bonne carte, sont-elles des bouc-émissaires ? Il appartient à la Justice de faire éclater la vérité, sans parti pris aucun.

Cela étant dit, les audits ont été commanditées en 2016.  On peut croire que leurs résultats ne datent pas seulement d’hier.  Etaient-ils soigneusement rangés dans un tiroir, en attendant le moment propice pour être dépoussiérés ? Pourquoi la Justice se met-elle en branle seulement maintenant ?  En tous les cas, l’on peut faire remarquer que cette affaire intervient quelque temps après que les députés en question se sont montrés très critiques envers le régime. Volonté de leur rabattre le caquet ?  En tout état de cause, la classe politique béninoise devrait tirer leçon de ce qui arrive à ces  députés et  autres anciens dignitaires.  Au Bénin comme partout ailleurs, quand on décide de hausser le ton contre le pouvoir en place, il vaut mieux s’assurer de ne pas traîner de casseroles. Il faut seulement espérer que la Justice béninoise tranchera, en toute impartialité, cette affaire.

« Le Pays »

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