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DEPOT DES DOSSIERS DE SORO ET DE GBAGBO A LA CEI

Des candidatures pour provoquer le « gnaga »

C’est fait ! Le 31 août 2020, les dossiers de Soro Guillaume et Laurent Gbagbo ont été déposés à la Commission électorale indépendante (CEI). Ils entendent ainsi faire acte de candidatures à la prochaine présidentielle. Chacun peut déjà imaginer  l’ambiance tumultueuse à l’intérieur et autour des locaux de la CEI au moment où les représentants des deux postulants ont posé le geste symbolique, quand on sait que ces candidatures sont perçues par le pouvoir et par les militants des deux têtes brûlées, comme des actes de défiance vis-à-vis de la loi électorale qui les a sortis, à tort ou à raison, de la liste. A vrai dire, les intéressés eux-mêmes ne se font guère d’illusion sur la recevabilité ou plutôt sur la validité de leurs dossiers, depuis que la Justice ivoirienne les a foudroyés pour des raisons différentes, à l’issue de procès « kafkaïens » pour reprendre la terminologie de l’un de leurs avocats. Pour rappel, les portes de la prison civile sont largement entrebâillées pour accueillir pour vingt ans, les deux condamnés, s’ils prenaient le risque inconsidéré de fouler le sol ivoirien, surtout pendant cette période préélectorale particulièrement troublée. Par ailleurs, le droit positif ivoirien est sans pitié dans le cas d’espèce, et toute personne condamnée perd son statut d’électeur et, ipso facto, n’est pas éligible quelle que soit la nature du scrutin. Alors, pourquoi Laurent Gbagbo et Soro Guillaume déposent-ils leurs dossiers, en sachant bien que la cause est déjà perdue ? Eh bien, c’est pour amener les amis et partenaires de la Côte d’Ivoire à venir constater, avec leurs gros yeux de Saint Thomas, la dérive « totalitaire » d’un régime « aux abois », qui ajouterait un nouveau clou au cercueil de la liberté et de la transparence électorale en Côte d’Ivoire, si leurs dossiers venaient à être rejetés. Du coup, la justification de la chienlit qui se profile à l’horizon, serait toute trouvée. C’est vrai que pour qui connaît l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, tout est imaginable. Mais au regard des troubles post-traumatiques enregistrés dans ce pays depuis la dernière crise, on se demande si les Ivoiriens accepteront encore de se laisser conduire à l’abattoir comme des moutons de panurge, par des politiciens nombrilistes, au nom de leurs  rêves non réalisés. Tous  quasiment en ont marre, en effet, et le souhait de beaucoup est que quiconque s’évertuera à provoquer encore des « gnaga*» juste pour satisfaire ses intérêts égoïstes « tape poteau » comme on dit dans le nouchi abidjanais, avec le risque bien plus grave de sortir du terrain politique sur une civière pour prendre la direction de la Justice où il répondra des désordres et des dérapages que sa boulimie du pouvoir auront engendrés. Il y a donc de quoi refréner  certains de nos frères ivoiriens dans leurs velléités manifestes d’en découdre, et de les aider à trouver les mots justes pour apaiser les cœurs et les esprits afin d’éviter que l’édifice « Côte d’Ivoire » ne se craquèle davantage. Dans cette optique, le président Alassane Ouattara pourrait, par exemple, utiliser les moyens exorbitants mis à sa disposition par la Constitution, pour débloquer tous les points de crispation dont notamment l’invalidation plus que probable des candidatures de Gbagbo et de Soro. En 2005, Laurent Gbagbo avait fait appel à l’article 48 qui lui conférait des pouvoirs exceptionnels, pour réintroduire Alassane Ouattara dans le jeu politique et mettre ainsi un terme à la grave crise que vivait alors la Côte d’Ivoire. Plus qu’un retour d’ascenseur, Alassane Ouattara pourrait s’en servir pour calmer un tant soit peu la fronde et la grogne montantes contre sa propre candidature, et rabattre ultérieurement le caquet à tous ceux qui justifieraient sa réélection éventuelle par l’invalidation des candidatures de deux de ses plus sérieux challengers. Espérons que l’enjeu de cette présidentielle à venir ne va pas tuer l’esprit d’ouverture et de conciliation dont la Côte d’Ivoire a besoin, et surtout pas la ramener à la bifurcation où des politiciens à l’esprit sectaire lui avaient fait tromper de chemin, au lendemain de la mort du père de la Nation, Félix Houphouët Boigny.

 

Hamadou GADIAGA

 

* Ganga : mot qui signifie palabres en nouchi

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