DESIGNATION DE BENSALAH COMME PRESIDENT PAR INTERIM : Le divorce est consommé entre la rue et l’armée

DESIGNATION DE BENSALAH COMME PRESIDENT PAR INTERIM  : Le divorce est consommé entre la rue et l’armée

 

En Algérie, les deux Chambres réunies, hier 9 avril 2019, ont décidé, après l’abdication d’Abdelaziz Bouteflika, de confier l’intérim de la présidence de la République à Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, l’équivalent algérien du Sénat, conformément à l’article 102 de la Constitution et surtout conformément à la volonté de l’armée. C’est donc cet homme âgé de 77 ans qui devrait avoir pour rôle de conduire la Transition et d’organiser, dans un délai constitutionnel de 90 jours, de nouvelles élections. Cette manœuvre face à laquelle l’on n’a pas besoin d’être un devin pour voir la main de l’armée, serait parfaite si elle n’allait pas à l’encontre de la volonté des Algériens qui ont exigé dans la rue, et obtenu la tête du président Bouteflika, et qui entendent aussi venir à bout du système politique qu’il a mis en place depuis deux décennies.

La répression à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau est symptomatique du durcissement des positionsEn effet, le nouvel homme fort est considéré comme l’un des membres du premier cercle du pouvoir du président démissionnaire et donc l’instrument de sa perpétuation. Il est devenu, de ce fait, aussitôt après l’annonce de sa nomination, la cible des nouvelles manifestations. En effet, des milliers de croquants, essentiellement des étudiants, sont spontanément descendus dans la rue dès l’annonce de l’élection à la tête de l’Etat de celui que d’aucuns appellent l’ombre de Bouteflika, pour rejeter ce qu’ils considèrent comme une dévolution arrangée du pouvoir au
profit du régime dont le peuple algérien ne veut plus. Et sans nul doute, de nouvelles manifestations monstres devraient, dans les jours à venir, accentuer la pression sur le pouvoir.
En attendant de voir de quoi sera faite la météo politique en Algérie, l’on ne peut que constater un clash entre l’armée et le peuple. Car, visiblement, l’armée semble avoir caressé le peuple dans le sens du poil par ses déclarations rassurantes pour opérer, par la suite, un passage en force en récupérant la révolution. Rien d’étonnant quand on sait que cette armée algérienne s’est toujours imposée comme l’une des composantes essentielles du système politique algérien. Se considérant comme l’héritière de toutes les luttes du peuple algérien depuis la guerre de libération nationale, cela aurait relevé du miracle qu’elle se laissât déposséder du pouvoir d’Etat. La question que l’on peut se poser est la suivante :  jusqu’où ira ce bras de fer entre cette armée et la rue ? Si, jusque-là, l’on peut se féliciter que cette armée se soit abstenue de faire couler le sang, la répression à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau des manifestations, qui a suivi l’annonce de la nomination d’Abdelkader Bensalah est symptomatique du durcissement des positions des uns et des autres. En face, l’on sait qu’il en faudra plus pour venir à bout de la détermination des manifestants qui semblent plus que jamais décidés à ne pas se laisser conter fleurette. Mais l’on peut penser que la pression est plus du côté de l’armée qui se rendrait coupable d’une grave méprise si elle venait à persévérer dans la répression.

Les 90 jours de pouvoir d’Abdelkader Bensalah, ne seront pas de tout repos

D’abord, parce qu’une telle attitude
déconstruirait le discours qu’elle a tenu jusque-là. Ensuite, parce qu’aucune armée, aussi puissante soit-elle, n’est parvenue à vaincre un peuple debout. Enfin, ce serait une grave confusion que l’armée ferait entre les intérêts personnels de certains de ses cadres, notamment le Chef d’Etat-major et les intérêts du peuple.  Dans tous les cas, ce qu’il faut le plus redouter dans ce bras de fer, ce sont les conséquences. En effet, si l’on est encore loin du chaos qu’annoncent certains théoriciens de l’Apocalypse, il est certain qu’ «à force de trop tirer sur la calebasse des deux côtés, elle peut finir par se briser». Et au nombre des menaces qui pèsent sur cette Algérie, il y a d’abord le risque de marasme économique. Mais il y a aussi et surtout le péril islamiste dans un pays dont l’histoire est encore hantée par les réminiscences des extrémismes.  En tout état de cause, l’on peut aisément imaginer que les 90 jours de pouvoir d’Abdelkader Bensalah, ne seront pas de tout repos si fait que sa mission première de la Transition qui est de préparer des élections transparentes et équitables, pourrait ne pas être atteinte. Mais il y a encore cette possibilité dont il dispose lui-même d’écourter son règne en démissionnant pour permettre de faire l’unanimité autour de nouvelles figures qui font plus consensus. Ce serait à son honneur et il aurait déjà fait mieux que le président Abdelaziz Bouteflika qui a tenté de résister à la bourrasque pendant six semaines avant de comprendre que le véritable détenteur du pouvoir, c’est le peuple et que c’est à lui que revient le dernier mot.

« Le Pays »

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