DIALOGUE ETAT/OSC : « Le rôle des OSC, ce n’est pas (…) de créer la division entre les Burkinabè », dixit Roch Marc Christian Kaboré

DIALOGUE ETAT/OSC : «  Le rôle des OSC, ce n’est pas (…) de créer la division entre les Burkinabè », dixit Roch Marc Christian Kaboré

La deuxième session du Cadre de concertation et de dialogue entre l’Etat et les Organisations de la société civile (OSC) s’est tenue le  16 juin 2017 à Ouagadougou. Après une journée d’intense réflexion sur le thème « Cohésion sociale et mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES) : quelle contribution des organisations de la société civile ?», les participants ont eu des échanges directs avec  le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

 

Conformément au décret portant création, attributions et fonctionnement d’un Cadre de concertation et de dialogue entre l’Etat et les Organisations de la société civile du Burkina (CCD–Etat/OSC), pris sous la Transition, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a eu un échange direct avec les responsables d’OSC. Un cadre de rencontre qui aura permis au chef de l’Etat de prendre non seulement note des préoccupations des responsables d’OSC venus des 45 provinces du Burkina, mais aussi de leur prodiguer des conseils. Prenant ainsi la parole, les 9 composantes d’OSC présentes à la session ont « vomi » ce qu’elles avaient dans le ventre. Il s’agit, entre autres, des Organisations et associations féminines, des mouvements et associations des jeunes, des Organisations non  gouvernementales (ONG) et associations de développement, des mouvements et Associations des droits humains,  des organisations professionnelles des médias, des organisations religieuses et coutumières, des organisations et associations des personnes vivant avec un handicap, des organisations paysannes et des instituts et centres de recherches. Ouvrant le bal des préoccupations, les organisations et associations féminines ont demandé au président du Faso, la prise en compte du quota genre dans toutes les politiques de gouvernance. Elles ont également plaidé auprès du chef de l’Etat  pour l’élaboration de mécanismes plus efficaces aux fins de venir à bout des fléaux dont sont victimes les femmes, en l’occurrence  le mariage forcé, l’excision,  etc. « Nous demandons aussi à l’Etat de faciliter l’accès aux terres cultivables au profit des femmes, d’aménager des crèches et garderies dans tous les services et dans les universités et écoles  de formation », a soutenu la représentante des organisations et associations féminines, Clarisse Nadembèga.  Les mouvements et associations des jeunes, pour leur part, ont sollicité, entre autres, la tenue à nouveau du Forum national des jeunes, la mise en œuvre d’une bonne politique pour une meilleure employabilité des jeunes. En ce qui concerne les ONG et associations, elles ont demandé, entre autres, le renforcement des mesures visant l’amélioration de leur environnement de travail et la mise en place d’un groupe de travail Etat-ONG.

 

« Si la presse saigne par le nez, notre démocratie va suffoquer  »

 

S’agissant des mouvements et associations des droits humains, ils ont « plaidé » en faveur de tous les dossiers portant sur les crimes de sang en instance et les crimes économiques afin qu’ils soient vidés au plus tard fin 2017. Ils ont aussi demandé à l’Etat d’assurer son rôle régalien qui est de protéger les citoyens  et leurs biens. Saluant les initiatives des Koglwéogo qui permettent, à leur avis, de mieux lutter contre l’insécurité, les mouvements et associations des droits humains  ont demandé à l’Etat d’œuvrer à l’encadrement  des initiatives citoyennes de protection. « Nous voulons que les initiatives citoyennes de protection ne soient pas balayées du revers de la main », a insisté Charles Sorgho, représentant les mouvements et associations des droits humains. Outre cela, il a demandé à ce que les prisons soient humanisées; mieux, que les autorités fassent  le point de tous les détenus des Maisons d’arrêt et de correction du Burkina afin que ceux qui ne sont pas jusque-là jugés et qui croupissent en prison puissent jouir de tous leurs droits, s’ils ne sont coupables. Par ailleurs, les responsables des mouvements et associations des droits humains ont non seulement demandé la baisse des produits de grande consommation, mais aussi le bitumage de la route nationale no 4, reliant Fada-Kantchari à la frontière du Niger, afin d’apporter le sourire aux usagers de ce tronçon.

Les organisations professionnelles des médias, elles, ont posé la problématique de la vétusté des bâtiments abritant les médias publics, en l’occurrence la RTB et les Editions « Sidwaya ». Elles ont demandé à l’Etat de doter les organes de presse publics de matériels conséquents et modernes. Elles ont aussi plaidé pour l’expression d’une presse libre et professionnelle. Pour elles, cette liberté s’acquiert à nouveau par la protection des journalistes dans l’exercice de leur profession. « Si la presse gémit et saigne par le nez sans  qu’aucun secours ne lui soit apporté (....) ; si la presse saigne par le nez, notre démocratie va suffoquer  », a soutenu le représentant des organisations professionnelles des médias, Gabriel Kambou, qui a aussi demandé au Président de revoir à la hausse la subvention à la presse privée et mieux, que cette subvention ne soit plus un soutien aux patrons de presse, mais plutôt une aide aux ouvriers de la presse. Les organisations religieuses et coutumières, dans la même lancée, ont demandé, entre autres, l’adoption d’un statut particulier au profit des chefs coutumiers, la lutte contre le fondamentalisme, la création d’un cadre d’expression pour les autorités. Car, a lancé leur représentant, « le Burkina tient dans ses mains un trésor ». Les représentants des instituts et centres de recherches, eux, ont demandé à l’Etat  de leur permettre de mieux suivre la mise en œuvre du PNDES. Ils ont aussi plaidé pour la mise en œuvre de la loi 051 portant droit d’accès à l’information, la valorisation de l’expertise nationale, en l’occurrence  les résultats de recherches. Sur le plan de la formation des cadres du pays, ils ont sollicité auprès des autorités, l’ouverture d’Universités pleines dans les 13 régions du Burkina. Les personnes vivant avec un handicap, à travers  leurs organisations, ont demandé  que le décret de la loi portant promotion et protection des personnes vivant avec un handicap soit mis en œuvre et respecté.  « Nous ne voulons pas de la charité. Nous voulons qu’on le mette en œuvre (…). Nous voulons que les personnes handicapées aient des emplois », a soutenu le  représentant des organisations et associations des personnes vivant avec un handicap, Christophe Oulé. Outre cela, il a demandé au président du Faso, Roch Marc  Christian Kaboré,  d’accorder, dans le budget de l’Etat,  une subvention à l'Union nationale des Associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM) afin que celle-ci puisse bien mettre en œuvre ses actions. Les Organisations paysannes, elles, ont demandé, entre autres, que les 10% du budget national alloués à l’agriculture soient sentis sur le terrain. « Si la terre ne ment pas, investissez dans la terre (…). Accompagnez nous à produire et à vendre et nous allons vous aider en payant les taxes (…). Consommons burkinabè », a lancé le représentant des Organisations paysannes au président du Conseil des ministres.

 

« Le rôle des OSC, ce n’est pas de créer la division entre les Burkinabè ni de créer l’esprit de haine »

 

C’est après cette litanie de doléances que le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a pris la parole pour d’abord féliciter les OSC pour leur dynamisme dans la vie politique et économique du pays. « C’est un dialogue qui est nécessaire, car les OSC  sont des vigiles de la démocratie. Elles doivent être présentes pour interpeller le gouvernement  sur ce qui ne va pas», a-t-il soutenu. Toutefois, a prévenu le chef de l’Etat, chacun a ses limites dans ses actions. « Le rôle des OSC, ce n’est pas la prise du pouvoir d’Etat. Le rôle des OSC, ce n’est pas de faire de la politique. Le rôle des OSC, ce n’est pas  non plus de créer la division entre les Burkinabè et de créer l’esprit de haine. De même, il ne nous appartient pas en tant que gouvernement d’instrumentaliser les OSC en notre faveur (...). Chacun de nous a une ligne rouge à ne pas franchir », a-t-il soutenu, avant d’encourager les responsables d’OSC à poursuivre leurs missions. « Les OSC sont une nécessité (…). Tant que vous serez dans votre rôle d’éducateur, d’interpellateur, ne craignez rien. Faites votre travail », leur a-t-il dit. Selon le président du Faso, pour construire, il faut de la cohésion. « Pas une cohésion avec le gouvernement, mais une cohésion au sein des populations (…). Le Burkina, ou nous allons le construire, ou nous allons couler ensemble (…). On n’a pas de pétrole ni de gaz, mais on est fier d’être Burkinabè »,  a-t-il dit. Parlant de l’ampleur de l’incivisme, il a fait savoir que cela relève de la responsabilité de chaque Burkinabè. « L’incivisme, ce n’est pas seulement le gouvernement. Mais, c’est nous tous », a-t-il relevé.  C’est après ces remarques préliminaires que le président du Faso a répondu aux sollicitations des OSC, point par point.  Sur le Forum national des jeunes, il a promis que cet évènement sera tenu cette année. Mieux, a-t-il ajouté, 5 milliards de F CFA seront décaissés comme fonds de soutien aux initiatives des jeunes d’ici fin juillet 2017. Mais pour le président, il faut mettre l’accent sur le travail de sensibilisation dans les écoles, dans les quartiers et secteurs pour amener les jeunes à prendre conscience du danger de la drogue et autres stupéfiants. Car, dit-il, la jeunesse, c’est l’avenir de la Nation. Sur les fléaux liés à l’excision, au mariage forcé, etc.,  le président  du Faso pense qu’il faut plus de sensibilisation car, à son avis, les textes ont beau être pris, s’ils ne sont pas suivis d’actions, ils ne pourront jamais  produire l’effet escompté. Sur les questions des crimes de sang et des crimes économiques, le président du Faso s’est voulu clair : « Nous ne pouvons pas, en tant qu’Etat, interférer dans l’action de la Justice. Mais nous fondons l’espoir que d’ici fin 2017, un certain nombre de dossiers pourront connaître un dénouement ». Faisant allusion à la protection des citoyens et de leurs biens, le chef de l’Etat a réitéré l’engagement des autorités  à déployer les moyens conséquents pour apporter plus de quiétude aux populations. Sur l’état de la route nationale (RN) no4 reliant Fada à la frontière du Niger complètement dégradée, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été on ne peut plus clair : « D’ici le mois de juillet, la BAD va confirmer son financement et les travaux  pourront commencer pour que nous puissions  effectivement, depuis  Koupèla jusqu’à la frontière (NDLR ; du Niger), avoir une route  qui sera à l’honneur des  Burkinabè et à l’honneur du trafic qui se fait tout au long de cette voie».

Les Burkinabè de l’extérieur pourront-ils voter en 2020 ? Sur cette question aussi, le chef de l’Etat  a tenu un langage ferme et rassurant : « En 2020, les Burkinabè voteront. Des dispositions doivent être prises pour que les Burkinabè de l’étranger participent aux votes en 2020 ».  Sur les différends qui surviennent régulièrement entre professionnels des médias et agents des forces de l’ordre et de sécurité sur  les lieux de cérémonie, le président du Faso s’est voulu « bon père ». « Il faut qu’on se respecte mutuellement. Il faut qu’on travaille au respect des différences », a-t-il dit. Parlant de la rénovation d’infrastructures des médias publics, surtout de la RTB, il a révélé que 10 à 12 milliards de F CFA seront déployés pour la construction de nouveaux bâtiments. Quant à l’inquiétude des personnes vivant avec un handicap liée notamment à leur insertion dans la Fonction publique, le président du Faso a rassuré que le quota de 10% qui leur est accordé dans le recrutement de la Fonction publique sera bel et bien mis en œuvre et ce, à cette session de 2017. Pour ce qui est de  la subvention à l’UN-ABPAM, Roch Marc Christian Kaboré a souligné que cette aide sera effective  à partir de 2018, car prévue dans le budget de l’Etat. Quant aux préoccupations des Organisations paysannes, il a annoncé l’ouverture, au plus tard fin juin 2017, de la Banque agricole. Une banque voulue par les acteurs du monde agricole.

Pour rappel, c’est en juillet 2014 que le gouvernement a pris un décret portant création, attributions et fonctionnement d’un Cadre de concertation et de dialogue entre l’Etat et les Organisations de la société civile du Burkina (CCD–Etat/OSC). Ce texte dispose que ce cadre se tient une fois l’an en session ordinaire et chaque fois que de besoin en session extraordinaire, sur convocation du président ou à la demande d’au moins un tiers de ses membres. C’est ainsi que  le 24 février 2015, s’est tenue la première session de ce cadre, présidée par le président de la Transition, Michel Kafando, et parrainée par Sa Majesté le Mogho Naaba Baongho. Cette édition inaugurale s’était achevée par des recommandations et résolutions. La deuxième session, qui devrait se tenir en 2016, n’a pas eu lieu du fait du contexte socio-politique marqué par l’organisation des élections présidentielle, législatives et municipales et à l’issue desquelles ont été mises en place les institutions de la République.

 

Mamouda TANKOANO

 

 

 Les grands absents de la rencontre

 

« L’affaire est sérieuse. On dirait que rien ne va entre les Safiatou Lopez et les Roch là dèh ! ». Ainsi s’exclamait un confrère après avoir constaté, dans la salle des banquets de Ouaga 2000 où se tenait le cadre de rencontre Etat/OSC,  l’absence de Safiatou Lopez et certains de ses camarades de renom. En effet, Marcel Tankoano du mouvement M21, Hervé Ouattarra du CAR et Ben Aziz Ouattara du CPPU, pour ne citer que ceux-là, n’étaient pas à  la deuxième session du CCD-Etat/OSC.  Pourtant, à la première session de ce cadre, tenue le 24 février 2015,  présidée par le président de la Transition, Michel Kafando, et parrainée par Sa Majesté le Mogho Naaba Baongho, ces figures du paysage de la société civile étaient présentes.

 

M.T.

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1 Commentaire

  1. Toutdemême

    Les media ont largement relayé la mise au point du Chef de l’Etat sur le rôle des OSC. Ce rappel est une bonne chose, même s’il arrive un peu en retard. Le seul problème est que l’on s’est trompé d’interlocuteur. Cette mise au point devrait concerner un nouveau type d’OSC, suscitées et entretenues par des formations politiques (dont le MPP), qui sont apparues dans le contexte de l’insurrection et qui, prétendant y avoir joué un rôle de premier plan, veulent s’ériger désormais en faiseurs de rois, estimant que l’histoire politique du Burkina commence en 2013. Par contre les OSC présentes à la rencontre sont engagées depuis les années 70 dans des actions de développement. Ces OSC se sont coalisées dans des faîtières telles que le SPONG (premier collectif de la sous-région), le BLONGA, RECIF-ONG, la CBDF, le RESOCID, le CCEB/BF, la CPF, la FENOP, le CODDE, le CNOSC, etc., et n’ont cure de la conquête et de l’exercice du pouvoir d’Etat. Ces OSC-là ont demandé et obtenu une rencontre annuelle avec le Gouvernement, qui a été mise en œuvre sous son Excellence Tertius Zongo (si je ne m’abuse) et se poursuit aujourd’hui sous l’actuelle dénomination. Cette rencontre annuelle permet d’harmoniser l’insertion de l’action des OSC dans l’effort national de développement et de faire le point de ses contributions (à hauteur de centaines de milliards).
    Respectueusement !

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