DIALOGUE INTER-BURUNDAIS A ARUSHA : L’archange Michel dans l’enfer burundais

DIALOGUE INTER-BURUNDAIS A ARUSHA  : L’archange Michel dans l’enfer burundais

 

Au Burundi, l’on en est encore à la recherche de la formule magique pour recoller les morceaux du tissu social et politique qui s’est déchiré depuis que le président Pierre Nkurunziza a eu la mauvaise idée de briguer un troisième mandat. Ce en violation de la Constitution de son pays et des accords d’Arusha qui avaient permis de fermer, en 2000, la douloureuse parenthèse de la guerre civile que ce pays a vécue. Depuis sa candidature controversée jusqu’à sa réélection tout aussi contestée en 2015, le maître de Bujumbura, qui, au passage, a échappé à un coup d’Etat, n’a cessé de faire pleuvoir du feu sur la tête de ses opposants dont la plupart ont été réduits soit au silence soit à prendre le chemin de l’exil. La contestation ayant été brisée dans le sang, c’est fort logiquement que les portes de l’enfer se sont grandement ouvertes pour tous les Burundais qui ne juraient que par la chute du pasteur- président. Dans les violences qui s’en sont suivies, au moins 1200 Burundais perdront la vie. C’est dans ce contexte que le président de la Transition burkinabè, Michel Kafando, sera nommé représentant spécial des Nations unies au Burundi, en remplacement de Jamal Benomar qui n’aura pas réussi à faire bouger les lignes.

Cet énième round du dialogue inter-burundais s’annonce comme des travaux d’Hercule pour l’ex-président burkinabè

Le 27 novembre dernier, s’ouvrait à Arusha un énième round des négociations entre les protagonistes de la crise burundaise, qui devrait s’étendre jusqu’au 8 décembre prochain. A en croire Michel Kafando, cette rencontre devrait réunir « les représentants du gouvernement et toutes les autres parties prenantes burundaises, y compris l’opposition en exil ». De quoi pousser à l’optimisme, quand on sait que toute la difficulté de la crise burundaise réside dans le refus des protagonistes de s’asseoir autour d’une même table pour discuter sans tabou. Mais quand le même représentant spécial de l’ONU affirme qu’ils ont « été informés que le Cnared (une plateforme regroupant la quasi-totalité de l’opposition burundaise) ne serait pas prêt à y participer », l’on est porté à croire que ces discussions vont inévitablement accoucher d’une souris. Car, l’on ne voit pas comment l’on pourrait parvenir à une solution de sortie de crise sans la participation des principaux protagonistes. Et s’il s’agit de regrouper les représentants d’un seul camp, en l’occurrence le camp présidentiel et quelques pseudo-opposants pour tenir un simulacre de dialogue, il ne faudrait pas s’étonner par la suite qu’il ne produise pas les effets escomptés et que la crise ne connaisse pas son épilogue. Un tel scénario ne serait ni plus ni moins qu’une façon de se chatouiller pour rire. En tout état de cause, cet énième round du dialogue inter-burundais s’annonce comme des travaux d’Hercule pour l’ex-président burkinabè. Cela, au regard des positions diamétralement opposées et à la limite inconciliables des deux parties.

Michel Kafando semble plus à plaindre qu’à envier

En effet, quand on sait que le président Pierre Nkurunziza a une position non équivoque sur l’opposition radicale dont il traite les membres de terroristes et ne veut pas en entendre parler, et que ces derniers, de leur côté, ne démordent pas non plus dans la contestation de son pouvoir, l’on se demande quelles chances peut avoir l’archange Michel qui se trouve pris au milieu de l’enfer burundais, de rapprocher des positions a priori inconciliables. En tout cas, sa nomination avait été vue par beaucoup comme un signe d’espoir de faire bouger les lignes, tant l’homme semblait avoir le profil de l’emploi, après la longue expérience acquise dans le monde diplomatique et la conduite à terme de la plus que mouvementée transition burkinabè. Mais aujourd’hui, face à la réalité du terrain et surtout l’intransigeance des deux parties où personne ne veut mettre de l’eau dans son vin, Michel Kafando semble plus à plaindre qu’à envier dans ce brûlant dossier burundais. In fine, il est à craindre qu’il ne se brûle les ailes et que sa mission, qui est pratiquement une mission impossible, ne puisse pas véritablement changer grand-chose dans la tragédie burundaise. Car, dès le départ, la donne était biaisée, et c’est sans surprise que tous les facilitateurs qui se sont essayés à une quelconque médiation, ont dû se résoudre à jeter l’éponge. Et rien ne permet de penser que Michel Kafando aura plus de chance ou de succès.

« Le Pays »

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2 Commentaires

  1. Diallo abou moussa

    1/ La Constitution du Burundi : Oui le President NKURUNZIZA pouvait se représenter une 3ème fois au scrutin de 2015. La Cour constitutionnelle du Burundi a validé dans un argumentaire de 7 pages le mardi 5 mai 2015. La Cour de l’East African Community a confirmé par la suite.
    2/ Le CNARED est une association de droit de Belge qui aujourd’hui n’existe plus légalement en Belgique.
    3/ Le problème du Burundi est :
    A) Géopolitique : opposant la Chine à l’Occident ( USA, BELGIQUE, FRANCE ). L’enjeu : 1.000 Milliards USD d’exportation annuel de minerais à partir de la RDC Congo, voisine du Burundi. Sous MOBUTU, 990 Milliards USD annuel allaient vers 50 multinationales occidentales et 10 Milliard USD comme budget de la RDC. Depuis KABILA, la Chine est entrée dans le JEU.
    B) Institutionnelle : Les HIMA ( minorité de 2% à 5% de la population burundaise ) souhaitent occuper 50% de l’armée burundaise et 40% des postes étatiques au Burundi. Les 3 clans majoritaire des Barundi [ Bahanza (50%) ; Bajiji 20% ; et Bashubi 20% ] qui dans la TRADITION AFRICAINE INSTITUTIONNELLE organise par alliance la Constitution des Barundi autrefois un ROYAUME MILLENAIRE STABLE ne sont pas d’accord ! Le President NKURUNZIZA est issue des BAHANZA.
    Ce sont les USA, la BELGIQUE (ex-Colons), la France qui soutiennent les HIMA et le CNARED.

    Diallo Abou Moussa
    Burundi-agnews.org

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  2. Sheiky

    A-t-on vraiment pensé que M’ba Michel pouvait réussir quelque chose au Burundi. Pour ma part, on doit prendre cela juste comme une reconnaissance pour services rendus à la démocratie dans son pays. Je pense que lui-même et le Président du Faso en étaient conscient. Il faut bien connaître les burundais et la situation qui prévaut pour savoir que c’était quasiment mission impossible. Au stade actuel, sauf un rapport de force fortement défavorable au pouvoir burundais pourra assurer un début de négociation et de fléchissement. Ou un coup de force interne ou externe. La communauté internationale en est parfaitement consciente. Sinon, M’ba Michel empochera ses émoluments et retournera à sa ferme ou à une autre mission plus adaptée à son âge.
    En toute chose, il faut savoir choisir son combat.

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