DIALOGUE POLITIQUE AU TOGO : Peut-on concilier le chien et le chat ?

DIALOGUE POLITIQUE AU TOGO :  Peut-on concilier le chien et le chat ?

La date du 15 février prochain a été finalement retenue par les protagonistes de la crise togolaise pour discuter de tous les sujets qui fâchent, notamment ceux portant sur le départ immédiat de l’actuel président de la République comme l’exige la coalition de 14 partis de l’opposition, et sur la candidature à la présidentielle de 2020 de celui qui préside aux destinées du Togo depuis 2005. Dans dix jours donc, le peuple togolais aura les yeux rivés sur Lomé où les frères ennemis se rencontreront enfin sous l’égide de deux pays de la sous-région, le Ghana et la Guinée-Conakry, pour ne pas les nommer. Les émissaires Albert Kan Dapaah et Tibou Camara que Nana Akuffo Addo et Alpha Condé ont dépêchés sur place comme pompiers de service pour sauver la démocratie lilliputienne instaurée par césarienne au Togo, auront affaire à Faure, pardon, auront fort à faire quand on sait que les deux parties jouent au chien et au chat, avec l’opposition dans le rôle du félin qui sort régulièrement ses griffes depuis plusieurs mois, prête à en découdre malgré la supériorité supposée de son vis-à-vis. En clair, c’est un véritable travail d’Hercule qu’Hercule lui-même n’aurait peut-être pas pu faire, qui est confié aux médiateurs : celui de rabibocher des positions a priori irréconciliables de deux protagonistes qui ne se font plus confiance en raison des relations « mouta-mouta » qui ont toujours prévalu entre eux. Dans cette partie de poker où chacun espère asséner le coup fatal à son adversaire, ce sont les leaders de l’opposition qui risquent gros, puisqu’ils sortiraient décrédibilisés vis-à-vis de leurs militants et politiquement ridicules s’ils n’obtenaient pas le principe de la rétroactivité de la future loi sur la limitation des mandats présidentiels, à défaut d’obtenir la démission immédiate de Faure Essoazina Gnassingbé. Cette perspective de voir l’enfant de Kara faire ses adieux au palais présidentiel de Lomé 2 en 2020, est pourtant quasiment utopique, du moins si l’on se réfère à l’interview qu’il a accordée au Magazine Jeune Afrique, dans laquelle il affirmait « que s'il devait y avoir une réforme constitutionnelle (notamment la limitation à deux du nombre de mandats), elle appartenait à l'avenir et non au passé ».

Les deux parties doivent éviter le jusqu’auboutisme de mauvais aloi

Les déclarations tendancieuses faites de part et d’autre, n’incitent guère à l’optimisme, et tout porte à croire que ce premier round de négociations prévu pour le 15 février prochain, ne sera pas le dernier. Il pourrait, en effet, aboutir à un accord sur le désaccord des protagonistes par rapport aux propositions de sortie de crise qui en seront issues, sans que cela n’offusque outre mesure les leaders de l’opposition et les représentants du parti au pouvoir. Chaque camp aura ainsi sauvé sa face, mais le Togo et les Togolais continueront malheureusement à souffrir du statu quo qui a déjà porté des coups durs à l’économie et à l’image du pays. L’annulation pour cause de grèves et de manifestations publiques de la Conférence ministérielle de la Francophonie qui devait drainer du monde et des devises à Lomé, de même que le report sine die du tout premier Sommet Israël-Afrique qui était prévu pour se tenir en octobre 2017 au Togo avec des chances de voir l’Etat hébreu accompagner le continent dans la voie de l’émergence technologique, ont été préjudiciables au pays. C’est le moins que l’on puisse dire. Espérons que les leaders des deux camps, qui disent tous s’être engagés en politique pour servir les intérêts de leur pays, seront assez conciliants au cours du dialogue tant attendu pour ramener sans trop de casse le Togo à la bifurcation où l’ancien président, le Général Eyadéma, lui avait fait se tromper de chemin en 1992, avec « sa » Constitution taillée sur mesure, qui faisait du président en exercice quasiment un président ad vitam aeternam. L’opposition politique ne doit pas se laisser griser par l’adhésion massive des Togolais à cette contestation qui a pris corps dans toutes les contrées du pays et qui grossit comme un fleuve en crue, au point de se montrer inflexible et irrédentiste car, la ferveur actuelle pourrait s’essouffler si les négociations piétinent et si aucune lueur de changement ne pointe à l’horizon. Cet avertissement vaut pour le parti au pouvoir d’autant que pour la première fois, même les régions du Nord traditionnellement acquises aux Gnassingbé, ont crié haro sur le baudet, et Lomé qui est le centre névralgique du pouvoir est devenu pour eux une capitale ouvertement hostile. Les deux parties doivent donc éviter le jusqu’auboutisme de mauvais aloi, si elles ne veulent pas qu’un troisième larron habillé en kaki s’invite au débat en descendant tout le monde de son piédestal par le truchement du nouveau mode opératoire des putschs en Afrique,  depuis la « jurisprudence Constantino Chiwenga » au Zimbabwé, qui a poussé intelligemment et en douceur le vieux Robert Mugabe vers la porte de sortie. Cela dit, un homme politique prévenu en vaut deux !

Hamadou GADIAGA

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