A la uneDialogue intérieur

DISCOURS ATTENDU D’ALI BONGO

 Que peut-il dire ?

C’est une coutume que les chefs d’Etat s’adressent à leurs compatriotes le 31 décembre de chaque année. De ce point de vue, l’exercice sous tous les cieux, est loin d’être un événement. Mais pour le cas spécifique du Gabon, le discours annoncé d’Ali Bongo en constitue un. En effet, depuis le 24 octobre dernier, date à laquelle il a été hospitalisé en Arabie Saoudite, la rumeur sur son état de santé, tient en haleine les Gabonaises et les Gabonais. Pendant que les uns évoquaient un cas de fatigue générale nécessitant un repos, les autres croyaient dur comme fer que le numéro 1 des Gabonais avait cassé sa pipe. Après plusieurs jours de mutisme, l’équipe dirigeante du Palais du bord de mer a reconnu, de manière très implicite, la gravité de l’état de santé du président. « Il est en phase de recouvrement de la plénitude de ses facultés physiques », avait-elle dit.

Le Gabon dans l’incertitude

Aujourd’hui, le discours officiel parle d’un accident vasculaire cérébral dont Ali Bongo est en train de se remettre. Pour convaincre les plus sceptiques, deux vidéos rendues publiques en deux mois, le montrent assis. Mais les tenants de la thèse du montage ont persisté et signé dans leur posture. En effet, ceux-ci ont vite fait de relever deux faits troublants. Le premier est que le président a été filmé de profil. L’autre est que les vidéos ont été diffusées sans le moindre son. En un mot comme en mille, pour eux, on veut cacher aux Gabonais la vérité sur l’état de santé de leur président. C’est dans ce contexte que le gouvernement a annoncé, comme pour couper court aux rumeurs tendancieuses, que le président Bongo s’adressera à la Nation le 31 décembre au soir. Dès lors, l’on peut comprendre que les Gabonaises et les Gabonais piaffent d’impatience de voir venir le jour-J et ce, d’autant plus que depuis le 24 octobre, leur président n’est plus revenu au pays et ne s’est pas non plus exprimé, plongeant tout le Gabon dans l’incertitude.

Déjà, le pays entier bruisse de questions du genre : sous quelle forme le président Ali Bongo s’exprimera-t-il ? Une vidéo sera-t-elle diffusée ? Entendra-t-on le son de sa voix ? Et ces aspects liés à la forme du discours le plus attendu de l’histoire politique du Gabon depuis Léon Mba, plus que des détails, illustrent la soif non étanchée des Gabonais de connaître tout sur l’état de santé de celui qui préside à leur destinée. Et cela est, on ne peut plus légitime. Tout sera donc observé et scruté, du mouvement des membres au moindre rictus sur le visage pour s’assurer que la personne qui va leur parler, est bel et bien Ali Bongo et non un sosie. Pour sûr, le 31 décembre, chaque Gabonais se découvrira des talents de décrypteur de l’image et du son pour se forger sa propre opinion sur l’état de santé du président. Et ils n’auront pas tort d’adopter cette attitude, car les techniques de l’information et de la communication sont capables de tout aujourd’hui. En somme, les Gabonais feront beaucoup plus une fixation,  pour parler  comme les linguistes, sur le signifiant que sur le signifié de ce discours, c’est-à-dire beaucoup plus sur la forme que sur le fond du discours. Un opposant a su bien le dire en ces termes : « Sur le message de vœux en lui-même, nous n’attendons rien de particulier, c’est la forme qui importe ». Et un autre de s’interroger non sans un brin d’ironie : « Le disparu de Rabat va-t-il enfin apparaître devant nos écrans ? » Comme pour répondre à cet opposant et au-delà, rassurer   l’ensemble des Gabonais, une source proche du palais a laissé entendre ceci : « On le verra, on l’entendra » et d’apporter la précision suivante : « Tout n’est pas encore définitivement arrêté. Il y a de grandes chances que ce soit sous le format habituel, face à la caméra, soit en direct soit en léger différé ». Cela dit, l’on peut tout de même se poser la question suivante en rapport avec le fond du discours dans l’hypothèse où il y en aurait un. Que peut dire Ali Bongo ? On peut avancer des éléments de réponse en partant du rapport au pouvoir de bien des chefs d’Etat sous nos tropiques.

En général, en Afrique, on aspire à rester président jusqu’à ce que la nature en décide autrement. C’est cet attachement maladif au trône qui explique que certains présidents, même  grabataires,  n’envisagent point de remettre leur démission pour permettre ainsi aux mécanismes normaux de dévolution du pouvoir, de se mettre en branle. L’une des rares fois où l’on a assisté à ce scénario, c’était au Cameroun avec Amadou Ahidjo. Nous étions en 1982. Cette année-là, en effet, le président Ahidjo, pour raison de maladie, a quitté le pouvoir pour   le laisser entre les mains d’un certain… Paul Biya. D’autres présidents africains ont quitté volontairement le pouvoir, mais pour d’autres raisons. L’on peut citer les cas de Léopold Sédar Senghor du Sénégal et de Julius Nyerere de la Tanzanie.

Chez les Bantous,   l’alternance démocratique est un sacrilège

Mais ces hommes politiques étaient de vrais hommes d’Etat. Ce qui est loin d’être le cas d’Ali Bongo. Le seul mérite de ce dernier, peut-on dire, est d’être le fils de son papa. Or, il est de notoriété publique que les Bongo adorent le pouvoir. Bongo père y était tellement attaché qu’il s’est accroché à son trône jusqu’à son dernier souffle. Et le fils aujourd’hui marche allègrement sur ses pas. Et chez eux, le suffrage des Gabonais a toujours compté pour du beurre. Bongo fils est dans ce paradigme. Les démocrates gabonais en savent quelque chose. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’un tel personnage, pour quelque raison que ce soit, abdique de son gré pour permettre à un autre Gabonais de diriger le pays. Au cas donc où Ali Bongo s’exprimerait le 31 décembre prochain, la probabilité est grande qu’il dise, non sans avoir remercié tous ceux qui ont eu une pensée pieuse pour lui pendant sa maladie, qu’il a encore la force de diriger le pays. Même s’il doit le dire en chancelant, il le dira. Car chez les Bantous, l’on peut avoir l’impression que l’alternance démocratique est un sacrilège. Et tous les présidents de l’Afrique centrale ont été nourris à cette idéologie.

En tout cas, ceux qui se prennent déjà à rêver que le meilleur pourrait venir de ce discours tant attendu d’Ali Bongo, pourrait déchanter le 31 décembre prochain. Et là aussi, c’est si Bongo parle. Ce qui est loin d’être une certitude.

« Le Pays »  

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