DR ALFRED RAKISSIDA OUEDRAOGO A PROPOS DES EXAMENS PRENUPTIAUX : « Il y a des situations d’incompatibilités surmontables »

DR ALFRED RAKISSIDA OUEDRAOGO A PROPOS DES EXAMENS PRENUPTIAUX : « Il y a des situations d’incompatibilités surmontables »

Dr Alfred Rakissida Ouédraogo, médecin embryologiste cytogénéticien, s’occupe des personnes qui ont des difficultés pour concevoir. Ces difficultés peuvent tirer leur source de l’union des deux partenaires où un certain nombre de facteurs peuvent contribuer à engendrer des problèmes de procréation. Avec lui, nous avons abordé la question de la visite prénuptiale qui se révèle être un sujet d’une importance capitale, parce qu’elle permet de détecter à l’avance les risques que peut courir la progéniture en terme de santé.

 

Le Pays : Qu’appelle-t-on examen prénuptial ?

 

Dr Alfred Ouédraogo : C’est un examen que le droit positif burkinabè,  plus précisément le Code des personnes et de la famille (CPF) consacre en son article 253 et  qui dispose :

« Le dossier de mariage comprend les éléments suivants :

- un extrait d'acte de naissance de chacun des futurs époux ou un jugement supplétif en tenant lieu ;

- un certificat de résidence de chacun des futurs époux ;

- un certificat de visite prénuptiale délivré par un médecin. Cependant, dans les localités où il n'existe pas de médecin, ce certificat médical peut être délivré par un simple agent de santé ;

- un certificat de non-grossesse s'il y a lieu ;

- une autorisation administrative des supérieurs hiérarchiques s'il y a lieu ;

- s'il y a lieu, le consentement du père et de la mère ou celui d'une des personnes visées aux articles 241 et 243 ;

- le choix du régime matrimonial adopté par les futurs époux et, le cas échéant, un exemplaire du contrat de mariage ;

- le cas échéant, la déclaration d'option de polygamie constatée dans les formes prévues à l'article 258. »

Cette disposition oblige le couple à fournir dans le dossier de mariage un certificat prénuptial pour que le maire puisse accepter le dossier et célébrer le mariage. L’examen prénuptial est celui qui permet à l’autorité compétente de célébrer, en toute protection du couple et de sa progéniture, le mariage. Il permet de savoir si le futur couple n’aura pas de problèmes. Dans l’hypothèse d’un problème,  l’amoindrir au minimum et au maximum, le conjurer.

Le plus important étant le fait que le couple puisse s’assurer des conséquences qui pourraient surgir après le mariage, compte tenu de leur état de santé acquis ou inné.

 

L’examen prénuptial est-il courant dans notre contexte ?

 

A partir du moment où la loi l’oblige, l’examen devient un passage obligé pour ceux qui veulent se marier légalement. Cependant, il faut relever le caractère évasif de la loi. Elle ne dispose pas, de façon exhaustive, du nombre d’examens et du type d’examens à faire, qui sont, du reste évolutifs. En plus, la loi ne définit pas qui peut signer le certificat prénuptial. Elle dit simplement « un agent de santé ». Il est bien vrai que dans le contexte burkinabè, on n’a pas de médecins partout, mais je pense que l’on devrait évoluer rapidement pour que ce soit le personnel médical qui délivre ce certificat, pour mieux dépister les risques. Avec la transformation des CSPS des chefs-lieux de commune en CM, chaque commune pourra avoir un médecin pour aider les futurs couples. Aussi, le fait de ne pas lister le type et le nombre d’examens à faire ouvre la porte à la complaisance. Souvent, on ne prend pas le soin de bien faire un certain nombre d’examens avant de signer le certificat. Nous pensons qu’il faudrait durcir cet élément du droit positif pour que l’on puisse de façon consensuelle définir un certain nombre d’examens qui doivent être faits, mais aussi définir le type d’agents de santé qui pourraient délivrer le certificat. Cela permet de mieux protéger le couple, donc la famille qui est la cellule de base de la société.

 

Quels sont les risques qu’encourt un couple qui fait un examen de complaisance ?

 

Il y a des situations d’incompatibilités surmontables comme le rhésus positif et le rhésus négatif. Par exemple, quand une femme est de rhésus négatif et que le mari est de rhésus positif, ce n’est pas une incompatibilité grave, mais c’est une incompatibilité qui nécessite la prise de précautions parce que si la femme est de rhésus négatif et le géniteur de rhésus positif, le fœtus que cette femme portera, qui vient de l’union du spermatozoïde et de l’ovocyte 2 (ovule), peut être de rhésus positif. Comme la femme est de rhésus négatif, dès que son organisme est en contact avec le sang du bébé, le corps de la femme va produire des anticorps contre le rhésus positif. Pour la première grossesse, cela ne posera pas de problèmes. Cependant, si l’on ne prend pas la précaution d’injecter des anticorps anti D pour détruire l’antigène du rhésus positif du fœtus qui est entré en contact avec le sang de la mère, celle-ci va produire des anticorps. Pour le premier fœtus, donc le futur premier enfant, il n’y a pas de problème. Mais si le deuxième enfant a la malchance d’être de rhésus positif, les anticorps préfabriqués par la mère vont s’attaquer au fœtus en passant par le placenta, et on assistera à sa destruction et cela peut aboutir à une interruption de la grossesse. Du reste, cette incompatibilité peut se rattraper en prenant des précautions pour injecter le sérum.  Aussi, il faut faire remarquer aux lecteurs qu’un avortement présente les mêmes risques.

 

Pouvez-vous être plus précis ?

 

Prenons comme exemple le cas de la drépanocytose. Si la femme est SS ou AS et son conjoint est AS ou SS, cela veut dire que ce couple peut avoir des enfants SS dans le pire des cas ou AS s’ils sont un peu chanceux, ou AA s’ils sont très chanceux.  On ne va pas leur interdire de se marier, mais le médecin va leur dire qu’ils ont un risque de 25%, 50% ou 100% d’avoir un enfant drépanocytaire. Il va leur demander s’ils sont prêts à assumer le fait de voir leur enfant souffrir toute sa vie en dépit des progrès thérapeutiques. Cet exemple est assez moindre, comparativement à des situations dramatiques. Les adeptes de certaines confessions religieuses ne consomment pas la sexualité avant le mariage, mais ils se marient également sans prendre un certain nombre de précautions, à savoir la vérification des sérologies de l’hépatite B, du VIH, de l’hépatite C ou de la syphilis. Il  est impératif de faire le point sur son état de santé avant d’aller au mariage, surtout connaître la sérologie de votre partenaire. Certains conjoints utilisent le préservatif avant le mariage. Mais quand ils abandonnent le préservatif après le mariage, il faut qu’ils prennent des précautions pour s’assurer que l’un ne va pas contaminer l’autre. Il est important de connaître la sérologie de l’autre pour apporter des solutions s’il y a lieu. Ce n’est pas parce que le partenaire est séropositif que vous allez vous abandonner. Non. Il y a des couples qui se marient tout en sachant que l’un ou l’autre est séropositif. Mais quand ce sont des pathologies que l’on peut traiter, on les traite avant le mariage pour éviter de créer des problèmes aux couples. Là, il faudrait le savoir à l’avance. Voilà pourquoi le législateur, estimant que la famille est la cellule de base de la société, a édicté un certain nombre de dispositions dans le Code des personnes et de la famille, qui exigent l’examen prénuptial matérialisé par un certificat qui autorise le couple à se marier.

 

Quand faut-il faire le sérum anti-D ?

 

En général, il faut faire le sérum anti-D,  au plus tard 72 heures après l’accouchement parce que l’organisme n’a pas encore adapté sa réponse. Cela dit, la femme peut ne pas faire le sérum, mais peut refaire un enfant avec quelqu’un qui a un rhésus négatif. A ce moment, les anticorps de la femme ayant un rhésus négatif ne vont pas attaquer le rhésus négatif.

 

Les mariages religieux et coutumiers ne sont-ils pas en porte-à-faux avec l’examen prénuptial ?

 

Dans notre contexte traditionnel, la femme est la cible de beaucoup d’injustices. Nos cultures ont des limites. Il y a ce qu’on appelle la représentation africaine de la maladie, qui stigmatisait la femme alors qu’en réalité elle n’est pas responsable.

 

Pour cela n’est-il pas opportun d’introduire l’examen prénuptial au niveau du mariage traditionnel et religieux ?

 

C’est l’idéal. Mais cela reviendrait à reconnaître le mariage traditionnel ou coutumier comme un mariage légal. Beaucoup de citoyens se marient à la mosquée ou à l’église au lieu de la mairie. D’un point de vue de santé publique, on peut sensibiliser les responsables coutumiers et religieux pour qu’ils exigent un certificat prénuptial avant de célébrer le mariage. Et cela sans coercition.

 

L’examen prénuptial n’est-il pas un frein à l’amour ?

 

La situation est assez délicate, mais il y a un choix à faire. Cela dépend des objectifs qu’on se fixe pour vivre ensemble. La consanguinité, c’est-à-dire le mariage entre cousins et cousines, développe un certain nombre de pathologies liées à cette parenté.

 

Quels conseils pour ceux qui ne sont pas encore mariés et ceux qui sont mariés et qui ont des incompatibilités ?

 

Pour ceux qui ne sont pas encore mariés, avant de penser au mariage, il faut évaluer le risque que votre enfant peut avoir. Nous suggérons de faire les différentes sérologies pour vous assurer que vous n’allez pas vous contaminer. Pour les couples déjà mariés, il faut sauver ce qui peut l’être.

 

Votre dernier mot ?

 

Il faudrait que nous fassions l’effort de définir de façon exhaustive et consensuelle une liste de pathologies qui va faire l’objet d’investigations avant le mariage. Il faudrait également définir l’agent qualifié, qui puisse le faire. Il y a beaucoup de médecins sur le territoire national et pour le mariage, on peut se rendre dans un Centre médical ou Centre médical avec antenne chirurgicale, pour qu’au moins un médecin puisse délivrer le certificat prénuptial. Cela limiterait les certificats de complaisance en ce sens que le médecin engage sa responsabilité ordinale en établissant un certificat de complaisance.

 Propos recueillis par Françoise DEMBELE

 

 

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