Dr JEAN HUBERT BAZIE, président de la Convergence de l’Espoir : « La politique, c’est une course de fond, ce n’est pas du bricolage encore moins de la rigolade »

Dr JEAN HUBERT BAZIE, président de la Convergence de l’Espoir : « La politique, c’est une course de fond, ce n’est pas du bricolage encore moins de la rigolade »

Docteur en Sciences de l’information depuis près d’une quarantaine d’années (3 juillet 1978), Jean Hubert Bazié n’est pas seulement un journaliste dans l’âme. Il est aussi un littéraire assez fécond (une dizaine de publications), mais surtout un homme politique bien avisé. Directeur de cabinet du ministre de la Justice, Mme Nignan/Marie Louise Bassolet sous le Conseil du salut du peuple (CSP) II et proche de Thomas Sankara, Dr Jean Hubert Bazié est aujourd’hui président de la Convergence de l’Espoir, parti politique sankariste affilié au Chef de file de l’opposition. A travers cette interview, il décrypte l’actualité brûlante de l’heure.  

 

Le Pays : Que devient Jean Hubert Bazié ?

 

Je suis toujours là. Au plan professionnel, j’occupe mon temps à donner des cours en journalisme et en communication dans des instituts et des universités, notamment à l’université Aube Nouvelle à Ouagadougou, à l’université Aube Nouvelle à Bobo-Dioulasso, à l’IPERMIC qui dépend de l’université Joseph Ki-Zerbo, à l’Institut des sciences de l’information et de la communication (ISTIC). Je donnais des cours à l’université de Koudougou, mais j’ai dû arrêter. En ce qui concerne le volet politique, je suis le premier responsable du parti politique Convergence de l’Espoir, en abrégé L’Espoir et à ce titre, je suis membre de l’opposition politique qui est affiliée au Chef de file de l’opposition (CFOP). Nous sommes membre de la Coordination des forces démocratiques pour le vrai changement (CFDC), qui est une coalition d’une quinzaine de partis politiques. En tant qu’homme politique, je continue mon activité d’information et de débat sur la vie politique de notre pays. Pour l’aspect culturel, je continue d’écrire mes livres. De temps en temps, je sors un livre de réflexion sur la vie politique et éventuellement, j’envisage des écrits de type roman pour ne pas dire de type fiction. Je ne m’ennuie pas en tout cas. Et je m’occupe aussi de mes petits-enfants.

 

Pouvez-vous nous citer certains de vos ouvrages phares ?

 

J’ai fait une dizaine de publications. La dernière, c’est sur l’expérience du CNT qui a pour titre : De l’insurrection à la législation au Pays des Hommes intègres. Avant cela, il y a l’ouvrage dans le domaine de la communication qui s’intitule : Comprendre l’information et la communication en milieu traditionnel. Sous la révolution, j’ai écrit et après la révolution également. Il y a par exemple Lomboro de Bourasso, un recueil de nouvelles. Je pourrais aussi citer Au Burkina, la parole est à tous, qui est la réunion de deux interviews. L’une de Sangoulé Lamizana et l’autre de Maurice Yaméogo. J’ai également écrit le roman Zaka. J’ai quand même une activité littéraire assez fournie.

 

Le plus récent de vos ouvrages, comme vous l’avez dit, c’est sur la Transition à laquelle d’aucuns reprochent d’avoir eu des insuffisances. Vous qui en avez été l’un des acteurs, qu’en dites-vous ?

 

La Transition, telle qu’elle est née et telle qu’elle s’est établie, ne pouvait pas ne pas avoir des insuffisances. Je pense que la Transition a été, au sens noble du terme, une aventure extraordinaire qui a été bénie de Dieu parce que nous avons traversé une zone de turbulences extraordinaire. Nous en sommes sortis, à mon sens, avec le moins de dégâts possibles. Si vous considérez que dans d’autres pays, il y a eu beaucoup de sang versé, quand vous voyez des pays voisins tout comme des pays d’Afrique centrale et autres, vous reconnaîtrez avec moi que nous avons eu la chance parce que ça aurait pu être pire. Oui, il y a eu des insuffisances parce que c’était des moments difficiles où l’appareil d’Etat a été secoué, où beaucoup de choses ont été remises en cause par le mouvement populaire. Mais les Burkinabè ont gardé le cap. Pour l’essentiel, les institutions ont été sauvegardées. Elles ont conduit cette Transition comme nous l’avons vécue et un régime constitutionnel normal a été rétabli et qui dirige le pays actuellement. Donc, ce n’est pas une mauvaise chose.

 

Alors, quels sont les acquis et les insuffisances du pouvoir actuel qui a succédé à la Transition ?

 

Pour ma part, je ne parlerais pas d’acquis du gouvernement actuel. J’ai un autre regard sur la situation actuelle. Le régime de Roch Marc Christian Kaboré a préservé une part des acquis de l’insurrection populaire. Il y a des exemples comme la liberté d’expression, la redevabilité des responsables politiques, l’idée de dialogue avec l’opposition même si sa promesse de rencontrer tous les six mois sinon chaque année l’opposition, n’a pas eu de suite depuis la première rencontre que nous avons eue avec lui à la présidence du Faso. Il y a aussi une conscience du fait que le pouvoir, de nos jours, ne peut plus être absolu. Il faut donc être attentif aux interpellations des divers segments du peuple, à savoir les OSC, les partis politiques, les structures constituées ou associatives. Je crois que c’est l’essentiel que l’on peut retenir des acquis de l’insurrection populaire, que le régime de Roch Marc Christian Kaboré a préservés. En ce qui concerne les difficultés, les attentes des Burkinabè sont nombreuses. Il faut que ce régime se batte pour pouvoir les satisfaire. Et là, ça ne dépend pas de nous opposition.

 

Mais là, il se trouve qu’il y a un personnage clé de ce régime à savoir Salifou Diallo, qui a tiré sa révérence le 19 août dernier. Comment avez-vous accueilli son décès ?

 

Pour dire vrai, tout le monde savait qu’il était souffrant. Mais nul n’est Dieu pour prévoir qu’untel partirait et surtout pour déterminer la période de son départ. Des bébés peuvent mourir avant des hommes de 60 ou 70 ans, tout comme dans l’ordre normal des choses, quelqu’un qui est très âgé ou qui est plus âgé qu’un autre peut partir avant un plus jeune. Donc, on peut dire que sa mort a ému certains cercles, elle a été constatée par d’autres, et nous vivons l’après-Salifou Diallo de manière différente, selon qu’on est de l’opposition actuelle, de l’opposition CDP ou de l’opposition ordinaire. Je dis opposition actuelle parce qu’au sein de l’opposition CFDC, nous l’avons vu se manifester comme un élément-clé du pouvoir qui avait une certaine forme de pensée, un vocabulaire particulier avec cette opposition. Cela fait partie du débat normal et nous avions eu, en son temps, à le féliciter pour une certaine lucidité dans ses critiques, tout comme nous avions eu à le critiquer aussi pour certains excès de langage. Je dis opposition CDP aussi parce que ses anciens compagnons d’une certaine qualité, sont aujourd’hui dans cette opposition. Je veux parler de ceux qui dirigent le CDP actuel. Donc, l’appréciation et les sentiments peuvent être différents, parce qu’il a été un homme politique d’une certaine envergure. Il a été l’un des piliers du pouvoir de Blaise Compaoré jusqu’à la forme de disgrâce qu’il a eue en son temps, parce qu’il a eu à critiquer le régime. Vous savez, quand on a été plus de 30 ans au pouvoir, on ne laisse/reste pas indifférent. Moi, mon appréciation positive va à la période de la révolution, et le modèle qui reste valable pour sortir notre pays de ses difficultés, c’est le modèle de Thomas Sankara, avec ses propositions politiques.

 

Mais quels types de rapports entreteniez-vous avec Salifou Diallo depuis la révolution jusqu’à sa mort ?

 

Vous savez, après 1987, la répression s’est abattue sur nous. Comme le dirait quelqu’un, nous nous cherchions. Eux, ils étaient au pouvoir, ils l’exerçaient pleinement. Nous n’étions pas dans les faveurs du pouvoir ni à côté du pouvoir. Ceux qui se sont convertis pour aller à la soupe, pourraient mieux parler de Salifou Diallo que moi, parce que j’ai fait pratiquement vingt ans dans l’enseignement. Après 1987, on m’a envoyé à Nouna enseigner dans un CEG, ensuite au lycée Diaba Lompo à Fada, après au lycée Vénégré et j’ai terminé ma carrière à l’ISTIC en tant qu’enseignant. C’est vous dire que lorsqu’on vous exclut des activités normales de fonctionnaire que vous êtes pour des considérations politiques, vous n’allez pas traîner dans les allées du pouvoir. Pour chercher quoi ? Donc, je ne peux pas parler de manière fondée et de manière autorisée de Salifou Diallo sous le régime de Blaise Compaoré, en dehors des déclarations qu’il faisait et de ses activités politiques dans le gouvernement.

 

De façon générale, que retenez-vous de l’homme ?

 

Je retiens de lui un homme de pouvoir et un homme du pouvoir. Un homme de pouvoir parce qu’il a exercé le pouvoir de manière ferme, parfois de manière brutale et je ne rentrerai pas dans les détails. Un homme du pouvoir parce qu’il était dans les arcanes de ce pouvoir et ceux qui ont été dans les différents gouvernements de Blaise Compaoré et dans les structures de direction du CDP, pourraient vous dire quelle influence il avait. Je ne vais pas m’attarder sur ces aspects. Je pense que c’est quelqu’un qui a marqué de manière très forte le régime de Blaise Compaoré et c’est pourquoi les appréciations qu’on peut porter sur lui, en dehors du respect de celui qui est parti, peuvent être parfois dures.

 

Dans le même registre, comment entrevoyez-vous l’après-Salifou Diallo ?

 

Vous savez, dans le domaine politique, quand on reste longtemps au pouvoir, et quand Dieu vous rappelle, il y a un vide. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé après la fuite de Blaise Compaoré. Ce sont des cartes qui sont en train de se recomposer. Je suis sûr que si vous étiez un criquet ou une chauve-souris pour vous promener la nuit ou rester pendu aux poutres de certaines maisons, vous verriez l’activité souterraine nocturne de certains acteurs politiques pour remplir ce vide. C’est normal. Les cartes se recomposent, ses « partisans » ne voudront pas lâcher la proie. Ceux qui étaient mis de côté, vont vouloir se repositionner. Il y a aussi la carte Roch Marc Christian Kaboré. Vous savez qu’à l’intérieur du pouvoir actuel, il y a des tendances et chacun veut maîtriser la conduite des affaires, même si cette conduite est partagée. Quand il y a une voiture, on dit que le président tient le volant, mais qui tient le frein ? Qui met le carburant ? Donc, c’est une vision objective du pouvoir avec ses partages, sa rivalité interne et ses repositionnements. Nous souhaitons simplement que cette période que je qualifierais d’incertitudes internes au MPP, puisse être une période de paix, de clarté et d’espoir pour un renouveau de notre pays.

 

Actuellement, les députés sont en session extraordinaire pour élire un nouveau président de l’Assemblée nationale, le 8 septembre prochain. Qui voyez-vous, qui a l’étoffe idéale pour être au perchoir ?

 

En politique, il y a l’autorité personnelle, le caractère de l’individu, et il ne faut pas oublier un volet plus important qui est celui de l’organisation. Même si vous êtes brillant, si l’organisation ne vous choisit pas, vous ne pouvez pas remplir les responsabilités, notamment celles de président de l’Assemblée nationale. Il y a donc plusieurs critères ou paramètres. Il y a des gens qu’on peut estimer admirables, des gens de qualité, mais dans les combinaisons politiques, ils ne peuvent pas apparaître. Il y a des contributeurs, comme il y a des ‘’faiseurs de rois’’. Ce n’est pas un critère absolu et standard qui vient fixer les horloges. C’est pour cela que  je vous dis qu’actuellement ça bouge sous l’eau, ça bouge dans la nuit et ça bouge dans l’air. N’étant pas du MPP, je ne peux pas dire quelles sont les tendances actuelles. C’est difficile de faire un pronostic, ce serait jouer à une loterie pas très intéressante parce que pronostiquer qui va être à la tête de l’Assemblée nationale, c’est en quelque sorte dévoiler ses propres préférences, ses passions ou ses tendances alors que la loi politique impose des rigueurs. Il y a l’intérêt du MPP, il y a aussi l’équilibre interne. Il y a les autres pouvoirs, l’Exécutif notamment qui va jouer certainement sa partition. Sous Blaise Compaoré, c’était pratiquement lui Blaise qui désignait le président de l’Assemblée nationale. Je ne sais pas quels sont les pouvoirs de Roch actuellement, mais je souhaite qu’il y ait un consensus, une transition apaisée. Qu’au sein du MPP, il y ait cette forme de transition que nous avons connue au niveau du Burkina.

 

Pensez-vous que le MPP a pu ou est capable de secréter quelqu’un de la trempe de Salifou Diallo ?

 

A un moment donné de l’histoire correspond une forme de leadership. Je ne sais pas s’il faut quelqu’un de la trempe de Salifou Diallo à nouveau à la tête de l’Assemblée nationale mais, ce que je peux vous dire, c’est que le pays a besoin de responsables politiques qui soient à l’écoute des attentes du peuple. Cela est le sens du sacrifice suprême pour que les choses puissent avancer. Le pays a besoin de leaders exemplaires. C’est-à-dire que si le peuple souffre, l’on ne peut pas accepter d’être dans des 4X4 rutilantes avec le teint frais. Vous ne pouvez pas être dans ces conditions et parler d’effort populaire pour que le pays avance. Il faut des responsables exemplaires, qui acceptent de partager ce qu’ils ont personnellement et de gérer les ressources du pays savamment avec altruisme en ayant pour cap ultime les intérêts du peuple. Si on a un nouveau responsable à l’Assemblée nationale qui a ce sentiment et qui, dans son vécu quotidien, donne l’exemple de probité, d’honnêteté et de frugalité, nous allons applaudir parce que nous sommes certes un peuple pauvre, mais fier de son indépendance, de son intégrité et de sa dignité. C’est le combat que nous menons au sein de l’opposition. Mais, ce n’est pas facile parce qu’il y a de tout dans un pays et dans un parti également. C’est comme une rivière qui charrie de l’eau, avec tout ce qu’il peut y avoir comme boue et  animaux de tous genres. L’essentiel, c’est de fixer le cap,  des normes et de les imposer à tout le monde afin que dans la clarté, dans la transparence et dans la redevabilité, nous puissions être exemplaires en tant que premiers responsables.

 

Pourquoi n’avez-vous pas rejoint la majorité présidentielle comme l’on fait certains sankaristes ?

 

Je dirais d’abord qu’il n’est pas nécessaire d’être avec le pouvoir pour être utile à son pays. Je suis dans l’opposition depuis près de trente ans. Je crois que de façon structurelle, ce pouvoir a fixé un certain nombre d’ambitions. Ces ambitions doivent normalement être crédibles et incarnées. Avant l’élection présidentielle, nous avons choisi le programme de Zéphirin Diabré. Nous avons travaillé avec lui dans l’opposition pendant des années. Donc, nous connaissons ses capacités et ses qualités. Nous avons estimé que nous devons lui rester fidèles pour son programme, pour l’homme qu’il est et pour le travail qu’il a fait. Nous souhaitons bonne chance au MPP. Si la direction qu’il prend est celle que nous souhaitons et s’il arrive à incarner les aspirations populaires, nous allons applaudir. Si ce n’est pas le cas, nous allons le critiquer et proposer des solutions.

 

Mais, idéologiquement, vous semblez plus proches du MPP qui est de la social-démocratie que de l’UPC qui est libéral. Vous, vous êtes sankariste donc socialiste.

 

Vous savez, il y a la théorie et il y a la pratique. Je ne vais pas faire un mauvais procès au MPP en tant que structure globale mais, la plupart de ceux qui animent le MPP actuellement, sont ceux qui étaient les premiers responsables du CDP. A priori, il est difficile de comprendre que ceux qui animaient ce pouvoir sous le CDP, n’aient pas pu infléchir ce mouvement dans le sens de ce que nous considérons comme les intérêts du peuple pendant près de trente ans. Comme dirait l’autre, il faut attendre pour  voir. Le CDP s’affichait comme étant social-démocrate mais est-ce que les actes que le CDP affichait, en son temps, étaient des actes émanant de la social-démocratie ? Je pense donc qu’il y a ce qu’on dit et il y a ce qu’on fait. Et ce qu’on fait est plus important que ce qu’on dit.

 

Quels rapports entretenez-vous avec les autres sankaristes ?

 

(Silence). Nous les voyons vivre, nous les voyons agir et nous les voyons parler. (Encore silence). Je crois que pour certains qui se réclament du défunt,  (Ndlr : Thomas Sankara), si le défunt revenait à lui,  il risquerait de s’évanouir en découvrant ce que certains qui se réclament de son mouvement, font aujourd’hui. C’est pour dire tout simplement que ce pourquoi Thomas Sankara a perdu la vie, est un idéal exigeant. Je dirai même que c’est un idéal contraignant, qui impose des sacrifices quotidiens, une certaine intelligence de la gestion politique et une capacité énorme d’amour pour autrui. Cela exclut l’égoïsme, la forfanterie et le larbinisme. Pour quelqu’un comme moi, qui a accepté un certain sacrifice et qui se bat pour préserver la mémoire de Thomas Sankara et l’idéal qui l’animait, c’est difficile de distinguer, dans ce que d’autres qui se réclament de son héritage, des éléments convaincants qui puissent m’amener à m’associer à leurs actions. Je ne dis pas que je suis un puriste. Comme le disait l’un des personnages de Jean Paul Sartre, dans Les mains sales, la pureté est une notion de fakirs et de moines. Je ne suis ni fakir ni moine, mais dans un engagement politique, il me faut un minimum d’éléments qui puissent me convaincre pour suivre une certaine direction. La politique, c’est une course de fond, ce n’est pas du bricolage encore moins de la rigolade. Laissons aux comédiens la place des tréteaux et empruntons les voies difficiles du militantisme actif.

 

Quel est le climat qui règne au sein du CFOP ?

 

C’est un climat de franche camaraderie, de critiques objectives, une volonté de cheminer ensemble et de faire en sorte qu’on puisse compter dans la vie politique de notre pays en termes de propositions, de réflexions et de faire en sorte d’être crédibles. La configuration de l’opposition actuelle telle que nous la vivons avec comme coordonnateur le président Zéphirin Diabré, préfigure ce que peut être un Burkina de fraternité. Il y a beaucoup de gens de l’opposition actuelle qui ont subi ce que certains du CDP ont eu à faire, mais nous cheminons ensemble. Nous faisons les critiques de manière sincère et objective et nous voyons comment nous pouvons composer pour qu’il y ait un Burkina de paix demain, sans pour autant dire que les erreurs ne doivent pas être corrigées, que les fautes ne doivent pas être sanctionnées et que la transparence dans la conduite des affaires dans ce pays ne puisse pas s’imposer. La justice s’imposera toujours, la redevabilité s’imposera toujours et l’intérêt supérieur des Burkinabè doit s’imposer à tous. C’est pourquoi d’ailleurs, il y a la Coordination des forces démocratiques pour le vrai changement (CFDC), la CODER et d’autres qui sont en dehors de ces structures. Mais, nous cheminons tous ensemble dans l’opposition. Quand on dit Chef de file de l’opposition, c’est qu’il a été choisi par les textes, mais il n’est pas obligé d’appuyer tout le monde. Il n’est pas obligé d’avoir tout le monde à ses côtés. Selon les sensibilités, vous pouvez aller à la CODER ou à la CFDC ou encore rester en dehors de cette opposition formelle. Je fais la précision parce qu’il y en a qui croient que le Chef de file de l’opposition doit les accepter coûte que coûte. Non, les textes ne le disent pas.

 

Comment se porte votre parti, la Convergence de l’Espoir ?

 

Nous nous battons avec quelques camarades, surtout du bureau, qui acceptent les sacrifices. Sachez que ce n’est pas facile quand vous êtes à la tête d’un parti. Il y a les sollicitations des militants de base et les activités diverses que vous devez assurer. Cela coûte en terme d’argent. Il y a aussi ceux qui sont à l’extérieur du parti et qui veulent démobiliser. Parfois, vous valorisez certains militants et ils en profitent pour monnayer cette position en trahissant et en allant vers d’autres intérêts. Ce n’est pas facile. J’ai toujours dit que la Convergence de l’Espoir n’a pas été créée pour conquérir le pouvoir d’Etat. Parce que nous n’en avons pas les moyens. Mais elle a fait un travail d’explication sur la révolution, d’analyse sur la situation politique de notre pays, de mobilisation et de conscientisation. Cela peut paraître peu, mais nous essayons de nous consacrer à cette tâche difficile qui nous a convaincu que si nous continuons, notre vie n’aura pas été inutile.

 

Cela dit, quelles sont vos perspectives pour 2020 ?

 

Nous allons toujours travailler à nous regrouper, à nous fédérer pour peser encore plus dans la vie politique de notre pays et continuer la bataille jusqu’à ce que notre idéal puisse s’imposer. Je ne parle pas en termes de 100%. Mais, tout est dans l’effort et dans l’engagement pour que demain soit meilleur.

 

Quelle analyse faites-vous de la situation sécuritaire au Burkina ?

 

Il y a beaucoup de choses à dire. Quand on tient compte de certaines affinités qui avaient été tissées par le régime antérieur, quand on voit la poussée djihadiste et quand on considère la faiblesse des ressources, le courage, la hardiesse et la témérité de nos forces de défense et de sécurité ne peuvent pas suffire. Vous n’allez pas présenter votre poitrine à quelqu’un qui a une kalachnikov et dire que vous allez le combattre à mains nues. C’est une image bien sûr. C’est simplement pour dire qu’il faut la formation, des moyens et la conscientisation de la population pour avoir son adhésion. Parce que le premier soldat, c’est le citoyen ordinaire. Viennent après ceux qui sont armées. C’est un travail d’ensemble. C’est pourquoi, chaque fois qu’il y a un choc des terroristes, tout le monde est solidaire, défend le Faso et parle pour le Faso et non pour un clan ou pour des individus. Cette situation sécuritaire, nous souhaitons que dans une vision régionale sinon internationale, les forces puissent être fédérées et développées pour que nous puissions venir à bout de ce monstre qui sème la mort partout et de manière inconsidérée, sous le drapeau divin. Pourtant, Dieu, pour nous, est amour, compassion, intelligence et respect de la vie d’autrui.

 

Que pensez-vous de la récente initiative du président français, qui est d’instaurer un Conseil présidentiel pour l’Afrique ?

 

Nous avons connu la France-Afrique. Avant elle, nous avons connu la colonisation. Le président Macron est en train de mettre en place une structure qui, pense-t-il, peut l’aider à gérer ses relations avec l’Afrique. Je ne peux pas apprécier ce choix. Je ne peux que souhaiter que la nouvelle direction politique française puisse travailler avec l’Afrique dans le sens de notre liberté, de notre dignité réclamée et revendiquée. Je compte surtout sur les Burkinabè pour qu’ils se battent pour arracher des victoires. Nous ne devons pas attendre quelque chose des gens de l’extérieur, si nous voulons véritablement nous développer. C’est la grande leçon que la révolution burkinabè a donnée à ses enfants. En quatre ans de révolution, ce que nous avons fait, personne d’autre ne serait venu nous aider à le faire. Comptons sur nos propres forces. Nous avons suffisamment d’intelligence, de bras, de volonté pour vivre, survivre et nous imposer dans le concert des nations.

 

La venue de Macron au Burkina est prévue pour le mois de novembre 2017. Attendez-vous quelque chose de particulier de cette visite ?

 

Il viendra, nous l’écouterons. Nous ne sommes pas du pouvoir. Il appartient au pouvoir actuel de se battre pour que la vision que je souhaite conforme aux aspirations du peuple burkinabè, puisse retenir l’attention du président Macron. Il vient pour ses intérêts. J’espère que nous aussi nous aurons suffisamment d’intelligence pour tirer les marrons du feu.  Je souhaite que cette rencontre qui s’inscrira certainement dans le cadre d’intérêts régionaux et de défis sécuritaires et économiques, puisse être bénéfique pour le Burkina Faso.

Dr Jean Hubert Bazié aux Editions « Le Pays »

 

‘’Je voudrais encourager « Le Pays » pour son travail d’information. Nous sommes à un mois du 27e anniversaire de votre quotidien. Je vous souhaite de manière anticipée un joyeux anniversaire de la manière la plus confraternelle et la plus amicale en ayant en souvenir le fait que j’ai eu à travailler avec votre Fondateur.’’

 

Interview réalisée par Drissa Traoré et Adama Sigué

 

 

 

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