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Dr MAXIME KABORE, PRESIDENT du PIB « Par leur manque d’exemplarité (…), les hommes politiques ont désorienté nos compatriotes »

 

Depuis la Belgique où il réside, il a répondu à nos questions sur plusieurs sujets en lien avec l’actualité nationale. Lui, c’est Dr Maxime Kaboré, président du Parti indépendant du Burkina (PIB), invité de votre rendez-vous « Mardi politique » de ce jour, 26 mars 2019. Nous vous laissons le soin de découvrir son propos.

« Le Pays » : On entend de moins en moins Dr Maxime Kaboré. Pourquoi ?

Maxime Kaboré : Permettez-moi de vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez pour échanger avec vous, et avec les Burkinabè, sur mon actualité. Dr Maxime Kaboré se porte très bien par la grâce de Dieu et dans le silence, réfléchit sur l’avenir de son cher pays, le Burkina Faso. Vous comprendrez donc que même dans le silence, il communique, parce qu’il échange avec des acteurs stratégiques du monde politique, du monde économique, du monde sécuritaire de notre pays. Il mène également des travaux scientifiques importants sur la bonne gouvernance publique dans les pays comme le nôtre. Il y a un temps pour tout, dit-on : un temps pour se taire, un temps pour écouter, un temps pour observer, un temps pour analyser, un temps pour parler et un temps pour agir. Ce que vous considérez comme temps de silence, est un temps d’introspection et de projection que je fais sur mon pays. Vous êtes sans savoir que j’ai mené pendant trois ans, une importante recherche de doctorat de sociologie sur l’évolution politique au Burkina Faso en rapport avec les mouvements sociaux.

Effectivement, vous portez désormais le titre de Docteur. Dans quel domaine avez-vous soutenu votre thèse ?

Effectivement, depuis le 20 novembre 2018, je suis docteur en sociologie. Sous l’encadrement du Professeur Alkassoum Maïga, de l’Université Ouaga 1 Professeur Joseph Ki-Zerbo, j’ai défendu une thèse de sociologie politique sur le thème :« Mouvements sociaux et évolution politique au Burkina Faso : analyse à partir de l’insurrection populaire de 2014 ». Ce travail a été accepté par le jury qui a reconnu son originalité et sa forte contribution à la compréhension des évènements d’octobre 2014, et qui m’a décerné le titre de docteur en sociologie avec la mention « Très honorable ». L’objectif de la thèse était de questionner l’histoire politique récente de notre pays, notamment l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Au centre de ma problématique, il y avait cette question : quels sont les facteurs sociopolitiques qui ont conduit le peuple burkinabè à s’insurger les 30 et 31 octobre 2014 ? Cette question a toute son importance pour l’homme de science et l’homme politique que je suis. C’est ainsi que j’ai mis tous les moyens scientifiques de mon côté pour pouvoir trouver la bonne réponse. J’ai, en effet, associé les démarches de plusieurs disciplines des sciences sociales : sociologie, anthropologie et histoire. Cette combinaison avait pour objectif de me rassurer que rien n’allait être laissé de côté dans le décryptage de ce fait sociopolitique singulier. La thèse est le fruit d’une recherche que j’ai menée pendant trois (3) ans à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso auprès de divers acteurs de la société civile, principale cible de ma recherche, mais aussi auprès de responsables de partis politiques, de journalistes, de sociologues et de philosophes politiques. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en ayant opté pour une approche sociologique, j’ai donné de l’importance aux perceptions des acteurs des Organisations de la société civile (OSC) sur la démocratie au Burkina Faso avant l’insurrection. Sur cette question, il est ressorti de mon travail de terrain que les responsables et militants des OSC considéraient que le Burkina Faso n’était pas encore une démocratie. Pour eux, le pays était toujours sous le joug des militaires qui ont pris le pouvoir lors du coup d’Etat sanglant d’octobre 1987. Ils parlaient de « démocratie de pastèque ». Ce qu’il faut interpréter comme une démocratie qui présente un visage luisant de dehors, mais qui est mal de l’intérieur. C’était l’idée de plusieurs jeunes avec qui nous nous sommes entretenus, et cette perception a eu un puissant effet sur leur engagement dans le mouvement contestataire qui a abouti à la chute du régime en fin octobre 2014. Autre chose à retenir, les jeunes avaient trop de récriminations vis-à-vis du pouvoir de Blaise Compaoré. Ils se plaignaient de l’amenuisement des opportunités en matière d’insertion professionnelle, le manque de justice, les crimes de sang qui sont restés longtemps impunis. Et ce que d’autres n’ont pas vu, c’est le reproche sur le comportement des acteurs politiques qui géraient le pouvoir avant l’insurrection. Les jeunes trouvaient qu’il existait une faiblesse morale dans la gouvernance publique. Ils accusaient les dirigeants de n’avoir pas respecté la parole donnée. A ce niveau, leur cible était le Président du Faso lui-même à qui ils en voulaient, d’être revenu plusieurs fois sur la limitation du nombre des mandats présidentiels. Ils estimaient que cela montrait l’absence de considération que le président avait pour son peuple. Les jeunes trouvaient également qu’il existait une certaine démesure dans le comportement des dirigeants. Enfin, un autre facteur sociologique important qui a facilité l’insurrection, c’est le fait que le nombre important de jeunes qui étaient dans la rue, n’avaient pas connu la période de plomb du régime Compaoré. Ils n’avaient donc pas la même peur que ceux qui étaient jeunes ou adultes au début des années 1990. C’est donc une jeunesse en quête de changement et libérée de la peur du régime, qui a conduit l’insurrection populaire d’octobre 2014. Pour un homme politique comme moi, qui a des visions pour le Burkina Faso, de tels résultats de recherche peuvent aider à se tenir quand j’aurai les rênes du pouvoir.

« De tels résultats de recherche peuvent aider à se tenir quand j’aurai les rênes du pouvoir »

Quelles sont vos occupations professionnelles actuelles ?

J’assure la direction générale d’un centre social en Belgique, reconnu d'utilité publique et financé par l'Etat belge. C’est toujours passionnant de s’occuper des personnes en difficulté. La gestion de centre a contribué à renforcer ma conviction cultivée depuis mes années de lycée, qu’aucun développement n’est possible sans solidarité. C’est également une belle expérience que j’ai acquise et qui pourrait être mise en application pour un développement inclusif dans mon cher pays, le Burkina Faso.

Votre parti, le Parti indépendant du Burkina (PIB), a tenu, en catimini peut-on dire, son dernier congrès ordinaire qui vous a reconduit au poste de président. Dans quelles conditions ce congrès ordinaire a-t-il été organisé ?

Un congrès est un acte statuaire et cela concerne nos militants du PIB. Nous n’avons pas voulu faire un tapage médiatique sur ce congrès, compte tenu du contexte sécuritaire et des priorités du moment. Nous avons fait les choses dans la simplicité, l’efficacité et la convivialité. Du reste, je suis convaincu que les bonnes actions se mènent dans la discrétion. Le congrès a été un moment enrichissant et de remobilisation des troupes. Je profite dire merci à tous nos militants qui ont fait le déplacement et pour la qualité des débats.

En dehors de votre reconduction à votre poste de président, quelles ont été les autres grandes décisions dudit congrès ?

Le Congrès a été une occasion d’échanges sur les défis de développement et de progrès auxquels le Burkina Faso doit faire face aujourd’hui. Un accent particulier a été mis sur la situation sécuritaire, le Burkina étant en proie à des attaques de plus en plus fréquentes et de plus en plus meurtrières visant l’ensemble des acteurs du développement et sur une bonne partie du territoire national. Les échanges se sont articulés autour de deux (02) thèmes : « Engagement politique et défis sécuritaires : vision du PIB » et « Prospectives politiques 2020 au Burkina Faso : enjeu électoral, vision stratégique du PIB ». Pour le PIB, à la soif de développement, vient aujourd’hui s’ajouter la soif de sécurité. La situation sécuritaire nationale nous interpelle tous. Elle exige une réponse globale, et non uniquement militaire ; une réponse dont l’essence doit être tirée des dimensions sociales qui prévalent. Le Burkina Faso ayant une tradition de dialogue, le congrès recommande au Président du Faso, chef de l’Etat, garant de l’unité nationale et de la cohésion sociale, de concert avec les forces politiques, la société civile et les leaders coutumiers et religieux, de renforcer et faire aboutir le dialogue national inclusif et constructif afin de promouvoir la paix et la concorde nationale. Le congrès a rendu un hommage vibrant et un soutien indéfectible à nos Forces de défense et de sécurité (FDS) engagées avec courage et détermination dans un combat asymétrique pour assurer la sécurité, la paix et la stabilité de notre chère patrie. Aux vaillants combattants tombés sur le champ de bataille, il a réitéré sa reconnaissance. Aux orphelins, veuves et familles durement éplorées, sa compassion. Il est à noter que la nouvelle équipe est composée de plusieurs jeunes dynamiques. (55% du bureau national, moins de 30 ans). Le PIB est un parti qui prend la jeunesse en considération. Il y a également une forte présence des femmes (40% du bureau national). Les femmes jouent un rôle essentiel dans la vie de la Nation. Il nous semble normal qu’elles soient dans les instances de décision. Le président a reçu mandat d'entamer des démarches pour des alliances éventuelles avec des partis politiques qui partagent sa vision en ce qui concerne les élections de 2020.

A quel niveau se situe l’implantation du PIB sur le territoire national ?

Actuellement, il faut dire que nous sommes présents dans six régions administratives que sont le Centre, les Hauts- Bassins, le Centre-Ouest, le Sud-Ouest, la Boucle du Mouhoun et l’Est. C’est presque sur la moitié du territoire national que vous retrouvez le PIB avec des sections constituées et fonctionnelles. Nous faisons les choses avec méthode car il faut nous renforcer là où nous sommes bien présents. L’implantation se poursuivra au cours des mois à venir.

D’aucuns disent que votre parti ne joue pas son rôle en termes d’animation de la vie politique au regard d’un certain immobilisme que l’on constate dans le fonctionnement du PIB. Quel est votre commentaire sur cette opinion ?

Oh, vous savez, vous ne pouvez pas empêcher certains adversaires de verser dans la délation. Nous participons de plusieurs manières à l’animation de la vie politique par les débats, les interventions dans la presse, les interviews-radios, les formations pour les militants. Nous n’allons pas entrer dans des polémiques infertiles. Au PIB, nous ne sommes pas friands de tapage ni de sensationnel. Nous ne nous inscrivons pas dans ce registre. Voyez-vous, malgré la faiblesse de nos moyens, cela ne nous enlève pas nos visions ni nos principes. Nous avons une richesse inestimable ; la jeunesse des militants du parti et l’engagement citoyen de nos membres sur la base du don de soi. Comme j’aime à le dire souvent aux journalistes, quand l’intelligence précède l’action, le résultat ne peut être que bon. Alors, retenez que le PIB occupe le terrain avec intelligence et méthode avec le potentiel humain comme levier de notre implantation. C’est la clé d’une implantation réussie. Pour le reste, je ne vous en dirai pas davantage, c’est de l’expertise que d’autres voudront certainement plagier… (Rires). Du reste, je leur lance un appel à rejoindre le navire de l’Amiral… (Rires). C’est la garantie d’arriver à bon port !

Comment arrivez-vous à diriger votre parti implanté au Burkina Faso en étant hors du pays ?

Nous sommes dans un monde où même en étant en dehors du Faso, on peut impacter la vie des gens, ici, au pays. Le parti regorge de cadres sur place, qui sont motivés et le président ne peut pas et ne doit pas tout accaparer. Chacun joue son rôle dans un parti et si les choses sont clairement établies, tout se passe bien.

Quelles sont les perspectives, dans le futur proche, pour votre parti ?

C’est l’occupation de l’espace politique et la vulgarisation des idéaux du PIB. Nous allons proposer des formations à nos militants, et aux autres personnes qui ne sont pas encore membres du PIB. Le plus important pour nous étant de donner les valeurs républicaines à cette vaillante jeunesse qui a soif du savoir. Notre objectif est aussi de faire en sorte que tous les Burkinabè fassent leurs les valeurs démocratiques, c’est ce qui permet d’amener un pays vers le développement. Nous sommes convaincus que «La politique» étant l’affaire de tous et de chacun, seuls l’enthousiasme, la confiance et l’espoir permettront au peuple de se prendre en main. Cela ne peut se faire sans éducation, sans alerte, et sans dialogue avec les franges les plus importantes de la population que sont les jeunes et les femmes. Ces deux composantes de la population constituent donc notre cible, les prochains mois. La politique doit être le point de rencontre de toutes les volontés de réformes nationales, d’où l’importance cruciale de rebâtir la confiance citoyenne. Notre parti ambitionne de promouvoir cette nouvelle culture politique.

« Si le programme politique du candidat Kaboré va dans le sens de ce que nous voulons pour le pays, nous le soutiendrons en toute responsabilité »

Dr Maxime Kaboré sera-t-il candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Le plus important pour Dr Kaboré n’est pas d’être candidat, mais de travailler à ce que les valeurs de démocratie, de fraternité, de cohésion sociale, de partage, soient la chose la mieux partagée au Burkina Faso. Je me consacre donc pour le moment à un travail d’éducation à la démocratie, à la citoyenneté. Pour le reste, la vie de la Nation déterminera. Vous savez bien que pour le Burkina Faso, je suis prêt à tous les sacrifices et étant donné que je suis un républicain et surtout démocrate, le fonctionnement du monde décidera de tout. Egalement, je voulais rappeler que je suis démocrate et ce n’est pas parce que je suis le Président du parti que je peux décider de qui sera candidat. Au moment opportun, les instances du parti décideront.

Etes-vous prêt à soutenir le président Roch Marc Christian Kaboré, qui est candidat à sa propre succession ?

Soutenir le président Kaboré ? (Rires). Le président Kaboré vous a-t-il dit vouloir du soutien du Dr Kaboré ? Soyons sérieux, ce n’est pas un débat entre Kaboré. Je vais vous répondre de façon précise. Si le programme politique du candidat Kaboré va dans le sens de ce que nous voulons pour le pays, nous le soutiendrons en toute responsabilité. Mais je dis et je répète une fois de plus, le choix de soutenir un candidat à la présidentielle n'émane pas d'un individu dans un parti politique, même s'il en est le président. Au moment venu, notre parti se prononcera au vu du bilan des uns et de l'offre des autres. Et vous en serez informés. Ne vous en faites pas, le PIB est un parti qui s'est toujours assumé.

Selon vous, que représentent les élections de 2020 ?

La vitalité d'une démocratie se mesure à l'aune de la tenue des élections. Le fait d'organiser les élections tel que le stipulent les textes que nous avons nous-mêmes adoptés, est tout à fait louable. Ainsi, les élections de 2020 donneront l'occasion aux populations de se prononcer sur, d'une part, le bilan d'un projet de société qui leur avait été proposé et qu'elles ont adopté en élisant le candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), mais d'autre part, c'est aussi une opportunité pour les populations de choisir une autre voie qu'elles jugeront meilleure. En ce sens, les élections qui se profilent sont d'une importance capitale.

« Le temps est révolu où certaines aires dominaient l’arène politique et le temps est venu de combler le fossé qui s’est creusé dans la politique burkinabè »

Certains estiment que Maxime Kaboré, politiquement, est un plaisantin. Qu’en dites-vous ?

Je me suis engagé en politique pour faire ce que mon humanité profonde m'ordonne de faire pour mon pays et pour mes concitoyens. Je n'attends pas forcément des applaudissements de tous et de toutes. Je fais ce que je crois être juste et bon, en toute liberté. C'est le sens de mon engagement et de ma détermination. C'est la seule boussole de mon action et de ma pensée en politique. J'ai en souvenir les débuts d'un certain Emmanuel Macron en politique, quand il a osé annoncer sa candidature à la magistrature suprême française. On a commencé à le qualifier de ridicule, de plaisantin sans expérience et sans projet politique. Puis, quand on a vu que sa candidature commençait à prendre dans l'opinion, que ses idées commençaient à infuser, on a vu que c’était dangereux. Finalement, il s'est imposé comme une évidence. Son secret, il est resté « insensible » aux critiques ; il s'est refusé d’entrer dans la confrontation politicienne classique ; il a tracé sa route et gardé son cap. Le ridicule, le plaisantin est aujourd'hui le président de la France. Je termine par cette citation du Roi Hassan II : « Il ne faut pas perdre son temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi».

Le Burkina Faso est toujours confronté à des difficultés économiques et sécuritaires. Votre approche, « la Troisième voie », peut-elle en être la solution ? Si oui, en quoi cela est-il possible ?

Nous proposons la « Troisième voie » comme alternative de gouvernance démocratique, qui s’oppose à la politique partisane, à la ligne de pensée unique et à une culture politique dépassée et déconnectée de la population. Il faut rappeler que j’ai fait une thèse de sociologie dont la thématique centrale est la gouvernance des sociétés africaines. La Troisième voie est une construction scientifique bâtie sur des aspects réalistes, et tournée vers une démarche logique et adaptée pour un Burkina développé. C’est une approche pragmatique que nous proposons dans ce programme. La trajectoire politique du Burkina Faso nous révèle que le peuple burkinabè est mûr et nous devons changer notre culture politique d’opposition systématique par une culture de collaboration autour des défis et enjeux de développement qui confrontent notre chère patrie. La Troisième voie propose une action concertée et centrée pour relever ces défis et saisir les nombreuses opportunités d’offrir une vie meilleure au peuple burkinabè. Il faut agir et vite agir pour rétablir la confiance des citoyens et pour réaliser un projet de société porteur d’avenir à travers une nouvelle culture politique. Le temps est révolu, où certaines aires dominaient l’arène politique et le temps est venu de combler le fossé qui s’est creusé dans la politique burkinabè. Il est temps de pratiquer la «politique autrement». La Troisième voie vient ici comme une espèce de soupape pour permettre un dialogue franc et sincère entre fils et filles d'une même nation, sans préjugé aucun, avec une saine appréciation des choses, qui laisse place à la critique mais aussi à l'autocritique. En effet, sans l'union et la paix des cœurs, toute entreprise s'avère vaine. Aucun développement durable n'est possible sans cette union pour faire face à l'ennemi commun.

Le Burkina Faso est attaqué par des terroristes depuis janvier 2015. Quelle analyse vous inspire cette situation de guerre ?

Il faut dire d'emblée que ce phénomène de terrorisme est effectivement une nouvelle donne depuis janvier 2016, avec laquelle notre pays doit malheureusement composer. Je profite de votre tribune pour m'incliner une fois de plus sur la mémoire de nos frères et sœurs que nous avons perdus dans cette ignoble guerre asymétrique qui nous est imposée. Mention spéciale à nos Forces de défense et de sécurité qui, chaque jour que Dieu fait, s'opposent à cet expansionnisme barbare. Il nous appartient, en tant que nation, d'intégrer cela et d'y apporter toutes les réponses requises. Je ne suis pas naïf pour croire que cette guerre prendra fin d'un coup. Mais force est de reconnaître que nous devons en tenir compte dans tous nos efforts de développement car sans sécurité, aucun acte durable ne peut se construire. La lutte contre le terrorisme nécessite des armées nationales professionnelles et aguerries, des hommes motivés et soutenus. Elle doit surtout se faire dans une certaine solidarité entre forces de défense et les populations. Concomitamment, les partis politiques et les OSC doivent jouer leur rôle d’éducateurs afin d’endiguer la tentation de certains jeunes à aller vers les groupes extrémistes. Il faut, ici, relever que ce qui facilite le recrutement dans les organisations terroristes, c’est souvent l’absence de l’Etat et des structures organisées comme les partis politiques dans certaines zones, le sentiment d’être des laissés pour-compte cultivé dans certains groupes. Voilà pourquoi nous ne devons pas laisser le terrain aux obscurantistes, nous devons jouer avec responsabilité notre mission d’éducation de la population. Le PIB, en ce qui le concerne, remplira avec conviction et détermination cette mission.

Certains estiment que pour mettre fin aux attaques terroristes, il faut aller à la réconciliation nationale. Quel commentaire faites-vous sur cette solution ?

Je condamne avec vigueur ces attaques terroristes qui endeuillent des familles. Aucune cause ne mérite que des innocents soient tués. Rien ne peut ni expliquer, ni justifier ces actes ignobles. Dans le contexte actuel, seule l’union des forces, la tolérance et la réconciliation nationale, peuvent permettre de faire face aux nombreux défis. Mais en lieu et place de l’apaisement des cœurs, on abreuve le peuple de discours haineux et on adopte des postures guerrières aussi bien du côté du pouvoir que de l’opposition. Personnellement, je prône la réconciliation pour qu’il y ait la paix des cœurs mais je dis également qu’il nous faut auparavant une justice pour nous permettre de pardonner et arriver à cette réconciliation tant recherchée pour l’intérêt de la Nation. Je crois aussi que face au terrorisme, nous devons tous nous lever, et dépasser ces questions parce que c’est la survie même de notre pays, qui est en jeu.

Quelle analyse critique faites-vous du déroulement du procès du putsch manqué de septembre 2015 ?

Il faut éviter de donner le sentiment que la justice est instrumentalisée au service du pouvoir. Je suis démocrate comme je le dis, et pour moi, dans un Etat démocratique, il n’y a pas de problème que la justice entende des questions de menace sur son fonctionnement. Je n’ai donc pas de problème avec le procès en tant que tel. Du reste, je dis que la réconciliation va de pair avec la justice. Pour ce faire, il faut absolument que les règles de droit soient appliquées. Je comprends la douleur de ceux qui veulent avoir des coupables en tout. Mais il faut éviter de sacrifier le droit sur l’autel du populisme et de la vindicte populaire. Ce n’est pas rendre hommage aux victimes que de chercher des boucs-émissaires.

« La vérité historique nous impose de reconnaître que notre société est actuellement profondément écartelée. Il faut promouvoir la culture du résultat et du sens de l’intérêt général. C’est donc par le haut qu’il faudra s’attacher à reconstruire notre cohésion nationale »

Quelle image les Belges (vous vivez en Belgique) ont-ils actuellement du Burkina Faso ?

La situation sécuritaire au Burkina est la préoccupation des amis belges qui aiment bien le pays. De nombreux Belges font des actions humanitaires, des parrainages d’enfants. On a plusieurs localités du pays qui ont des jumelages avec des communes belges. Le Burkinabè est jugé accueillant, courageux et travailleur. Dommage que la question sécuritaire prenne le dessus sur tout le reste.

Selon vous, quelles doivent être les grandes priorités du Burkina Faso dans les prochaines années ?

Il serait prétentieux de ma part de vous décliner toutes les grandes priorités auxquelles le pays doit faire face au détour d'une interview. Je m'attèlerai donc à vous lister quelques-unes qui me semblent importantes. Tout d'abord, je citerais l'union sacrée autour de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent car ces phénomènes mettent à rude épreuve nos valeurs, notre vivre-ensemble. C'est donc une lutte pour tous, qui peut jouer sur notre devenir en tant que nation. Aussi un accent particulier devra être mis sur l'équipement de nos Forces de défense et de sécurité car les forces du mal semblent souvent bien dotées. La sécurité doit être le premier devoir de l’Etat à l’égard des citoyens. Cela exigera de la rigueur et de la fermeté, en particulier à l’encontre de ceux qui violent délibérément la loi. Mais cela exigera aussi de l’écoute et de la pédagogie, pour prévenir les débordements et reconstruire un tissu social distendu. Ensuite, je pourrais citer les secteurs sociaux tels que la santé et l'éducation dans lesquels les efforts doivent s'intensifier. Enfin, il me semble très important de travailler à résorber un tant soit peu le chômage qui prend de l'ampleur au sein de nos forces jeunes. Il s’agit de lutter résolument contre la pauvreté, redonner espoir à la jeunesse par la formation de qualité et une offre d’emplois, promouvoir l’esprit entrepreneurial en soutenant ceux qui veulent s’y lancer, soutenir le monde associatif dans son effort sans relâche en faveur des couches sociales défavorisées, combattre la mauvaise gestion et lutter efficacement contre la corruption, promouvoir une véritable justice indépendante, des institutions fortes et efficaces. Les infrastructures routières, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, le soutien à la recherche, autant de points qui méritent un effort de l’Etat. Les Burkinabè ont le droit aussi au rêve. Mais tout ceci devrait se faire sans omettre des actions fortes en vue de baisser la tension sociale fort élevée et qui se traduit par des manifestations plus ou moins intempestives. J'avoue néanmoins que pour que toutes ces actions puissent connaître une efficacité réelle, on pourrait sans doute être amené à passer par la case réconciliation car la vérité historique nous impose de reconnaître que notre société est actuellement profondément écartelée. Il faut promouvoir la culture du résultat et du sens de l’intérêt général. C’est donc par le haut qu’il faudra s’attacher à reconstruire notre cohésion nationale, et en s’appuyant vraiment sur tous ceux qui, partout au Burkina, œuvrent sans relâche et sans bruit pour « bâtir des ponts au lieu de construire des murs ». Nous avons le rêve de voir un pays prospère, un pays solidaire, un pays où les valeurs de travail, de respect de la chose publique, de dévouement, de solidarité envers les plus fragiles, seront des réflexes au quotidien. Il faut de nouveau que la signification du mot Burkina ait un sens et que chacun soit fier de dire «Je suis Burkinabè», c’est-à-dire je suis intègre.

Que pensez-vous de l’opposition politique conduite actuellement par Zéphirin Diabré ?

« Il n’y a de liberté pour personne, s’il n’y en a pas pour celui qui pense autrement », disait Rosa Luxembourg. L'opposition politique joue un rôle qui lui est consacré par la loi. Et c'est un rôle de contre-pouvoir. Le Président Zéphirin Diabré s'inscrit donc dans cette vision, même si on peut trouver à redire sur certaines de ses prises de position. Il faut surtout éviter que les intérêts partisans prennent le dessus sur de réelles propositions d’alternative. Je regrette, par moments, des logiques partisanes et cette tendance à privilégier le court terme à des fins électoralistes, par facilité ou par manque de courage. Par leur manque d’exemplarité et leur refus de penser le long terme, les hommes politiques aussi bien de l’opposition que de la majorité ont désorienté nos compatriotes. Pourtant, il nous faut collectivement être animés d’une vraie conscience politique et d’un sens aigu des responsabilités. Il faut des critiques constructives mais aussi des propositions allant dans le sens du bien commun. Il faut savoir se rassembler sur l’essentiel, la préservation de l’unité nationale. A l’opposition qui a aussi, en son sein, des pêcheurs en eaux troubles, il faut savoir que nous n’avons qu’un seul pays : le Burkina Faso. «Nous avons besoin de redécouvrir que le but de la politique est la recherche de la beauté. La beauté de faire le bien. La beauté de faire ce qui est juste. La beauté de faire ce qui est vrai. La beauté de la pudeur et du respect. La beauté de reconnaître la particularité de chaque être humain», disait Niki Vendola, politicien italien. En bon démocrate, je me dois de souhaiter toujours plus de lucidité dans leur analyse pour le bien de tous car si la démocratie marche, on s'en tire tous à bons comptes.

Propos recueillis par Michel NANA

 

Qui est Maxime Kaboré

L’homme est né le 14 février 1966 à Ouagadougou (Burkina Faso). Il a une nationalité double, française et burkinabè. Ses domaines de compétences sont la diplomatie et les relations internationales et l’intégration en Europe, le montage, management, suivi et évaluation de projets, le management public, la psychologie et la sociologie des organisations. Aujourd’hui, il est le Directeur général du Centre de réinsertion sociale « Oxygène », basé à Liège en Belgique. Il a été successivement, entre autres, Directeur des Centres d'hébergement et de réadaptation sociale « Armée du Salut », (Bruxelles et Liège) et Directeur adjoint dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile en France. Au titre de ses activités politiques et associatives, l’on peut retenir que Dr Maxime Kaboré est le président et fondateur de l’ASBL « OXYGENE » en Belgique, président et fondateur du Parti indépendant du Burkina (PIB). Il a été candidat à l’élection présidentielle du 21 novembre 2010, au Burkina Faso, membre du comité et du bureau politique du Centre démocrate humaniste, ville de Liège (2000 – 2006), candidat aux élections communales octobre 2006 (ville de Liège), candidat aux élections communales octobre 2000, (ville de Liège). Enfin, il est le vice-président de la Maison communale des jeunes de Wandre et administrateur à l'Abri de nuit, (ville de Liège).

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