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DRAME DE YIRGOU : Des OSC appellent à une marche-meeting le 12 janvier prochain

Né suite aux évènements malheureux de Yirgou, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), un regroupement d’Organisations de la société civile (OSC) engagé en faveur de la cohésion sociale, a animé une conférence de presse hier 8 janvier 2019 à Ouagadougou, pour dénoncer ces « massacres organisés par des hors-la-loi » et exiger que tous les auteurs de ces forfaits répondent de leurs actes. Par ailleurs, le collectif a annoncé l’organisation d’une marche-meeting prévue le 12  janvier prochain à Ouagadougou et à Dori.

 

Une semaine après les évènements tragiques de Yirgou qui ont créé un vif émoi au sein de l’opinion,   les condamnations continuent de pleuvoir. Le 8 janvier dernier, c’est le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), un regroupement d’Organisations de la société civile (OSC) engagé pour l’intégration de toutes les communautés sans distinction, qui est monté au créneau pour marquer son indignation face à ces « massacres organisés, planifiés et orchestrés  par des hors-la-loi ». Pour les conférenciers, la situation n’a que trop duré et il faut y mettre un terme « afin d’éviter tout embrasement ». « Depuis notre indépendance jusqu’à nos jours, c’est-à-dire  de 1960 à 2019, tous les gouvernements qui se sont succédé dans notre pays n’ont pas su gérer le problème communautaire. Parce qu’il n’y a jamais eu de sanctions contre  quelqu’un qui a délibérément tué quelqu’un, sauf dans quelques cas au temps de Lamizana », a déploré El hadj Hassane Barry, président de la commission de crise installée suite au drame de Yirgou. A l’en croire,  malgré les interpellations de l’association Tabital Pulaaku Burkina (TPB) à l’endroit du président du Faso (en 2014) et du chef du gouvernement (en 2015), il n’y a jamais eu de réponse. « Voilà pourquoi on a abouti à ce crime et tant que l’Etat ne fera rien, cela ne cessera pas », s’est-il désolé. Et d’ores et déjà, le collectif prévoit une marche-meeting à Ouagadougou et à Dori, le samedi 12 janvier 2019, pour, entre autres, « dénoncer les manœuvres divisionnistes des terroristes et des groupes d’autodéfense koglwéogo » et exiger l’arrestation des auteurs de cette « boucherie humaine » de même que la prise en charge gratuite des survivants et des blessés. Une  prise en charge jugée « insuffisante » par le collectif.  « La prise en charge n’est pas qu’alimentaire ; elle est aussi psychologique. Pour l’instant,  il n’y a aucun accompagnement des survivants et des blessés », a affirmé le porte-parole du collectif, Daouda Diallo. Quid du nombre de personnes décédées et des déplacés ? Interpellé sur la question, Daouda Diallo a indiqué  que l’équipe dépêchée sur le terrain par le collectif et qui a pu parcourir 8 villages, a dénombré 48 décès.

 

« Le massacre de Yirgou ne doit pas rester impuni »

 

« Il reste encore 75 villages qu’elle est en train de fouiller. Nous estimons que nous ne sommes pas loin de la centaine de décès que  des sources évoquent. Des témoins disent que des corps ont été jetés dans des puits perdus et sur les sites d’orpaillage. Mais on s’en tient au chiffre officiel donné par notre équipe, concernant les 8 villages. Pour ce qui concerne les déplacés, ils sont estimés à 1 300 », a détaillé le porte-parole. Pour lui, le drame de Yirgou a fini de montrer que « les terroristes ont enregistré une nouvelle victoire sur notre peuple ». « Le terrorisme nous tuait et endeuillait notre pays. Désormais, il nous pousse à nous entretuer pour se porter en sauveur de ceux d’entre nous qui se sentiraient abandonnés et mal aimés et ainsi fatalement faire basculer notre pays dans les abîmes de la guerre civile », a-t-il déclaré. C’est pourquoi et au regard de la situation, le collectif a lancé un appel pressant à l’Etat afin qu’il assume « pleinement ses responsabilités de garant de la sécurité de tous les Burkinabè sans distinction aucune » et demandé « l’arrêt immédiat et sans délai de la perpétuation des crimes de masse ». Les acteurs judiciaires ont été invités à « poursuivre sans ménagement les auteurs et commanditaires des assassinats ». « Le massacre de Yirgou ne doit pas rester impuni. C’est l’impunité qui est en grande partie responsable du sentiment que la commission des crimes de masse contre une certaine communauté nationale est normale », a martelé  Daouda Diallo.Se prononçant sur l’état d’avancement de la procédure judiciaire engagée, Me Ambroise Farama, avocat assistant le collectif ainsi que les familles des victimes, a regretté  la lenteur sur le terrain.  « Il est dommage que près d’une semaine après, on soit encore simplement à ce stade d’ouverture de l’enquête et qu’aucun bilan partiel n’ait  pu être fait par le Parquet de Kaya. Nous estimons qu’il aurait fallu tout au moins dire à la date d’hier (NDLR : le 7 janvier) quel était le nombre de victimes  recensées, quels sont les actes posés pour baliser les lieux du crime, quels sont les actes également posés pour faire un appel à témoignage et surtout à sécuriser les témoins. Nous avons simplement l’impression qu’en réalité, on nous a annoncé  purement  et simplement qu’une information judiciaire a été ouverte  mais elle avance à pas de caméléon », a souligné Me Farama. Or, a-t-il fait remarquer, « les auteurs sont connus,  identifiés, les survivants les connaissent et nous sommes surpris que plus d’une semaine après, on estime que personne n’a encore été arrêté.  Il faut faire vite pour éviter de faire disparaître les preuves ». Concernant la polémique sur la toile faisant état de ce que le chef de l’Etat aurait demandé pardon aux Koglwéogo, Me Farama a lancé : « si vraiment le chef de l’Etat a bien pu demander pardon à ceux pourtant accusés d’avoir commis ces forfaits, je pense que cela est regrettable ». D’ailleurs, il a dénoncé la présence de civils armés lors de la rencontre entre le  président du Faso et  les communautés, le 5 janvier dernier, à Yirgou. « Nous avons vu sur les images que lorsque le chef de l’Etat s’adressait aux communautés, il y avait des civils armés. Comment est-ce que le président a bien pu accepter s’entretenir et aller sur ces lieux en présence de civils armés. Du point de vue de la loi pénale, le fait de détenir une arme dans un lieu public,  même si vous êtes détenteur d’un permis de port d’arme, est interdit de façon apparente. Mais nous avons pu constater que même en présence du chef de l’Etat, des personnes étaient armées de façon apparente et rien n’a été fait. Alors,  cela inquiète ! », a-t-il relevé.

Colette DRABO

 

 

 

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