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ECHANGE DE PRISONNIERS ENTRE ABUJA ET BOKO HARAM : Entre deux maux, le Nigéria choisit le moindre

ECHANGE DE PRISONNIERS ENTRE ABUJA ET BOKO HARAM : Entre deux maux, le Nigéria choisit le moindre

Pour 82 des 219 filles qui étaient toujours en captivité probablement dans la forêt de Sambissa, c’est la fin d’un long calvaire qui aura duré un peu plus de trois ans, puisqu’elles ont été libérées des mains de Boko Haram, suite aux négociations au terme desquelles le gouvernement nigérian s’est engagé lui aussi à mettre en liberté des chefs de la secte islamiste. Sauf erreur ou omission, c’est la deuxième vague de libération des filles enlevées le 14 avril 2014 à Chibok, la première ayant eu lieu en octobre de l’année dernière, suite à des négociations rondement menées par le Comité International de la Croix-Rouge et la Suisse, et qui ont permis à 21 captives de recouvrer la liberté. Au décompte, il reste encore 137 d’entre elles aux mains de Shekau et/ou de ses comparses, mais on peut espérer que l’option de la négociation qui a été privilégiée par le président nigérian, Muhammadu Buhari, par impuissance ou par réalisme, permettra de clore ce dossier qui a tenu le monde entier en haleine, notamment dans les mois qui ont suivi ce kidnapping de masse, sans précédent en Afrique au sud du Sahara. On se rappelle que l’une des promesses de campagne de l’actuel président, était la libération sans condition des lycéennes par leurs ravisseurs de Boko Haram, mais face aux pressions des familles des victimes, du mouvement « Bring back our girls » né suite au rapt, et de la communauté internationale pour que les otages reviennent saines et sauves dans leurs familles, le gouvernement du très volontariste et très martial Muhammadu Buhari n’avait d’autre choix que de négocier avec les islamistes, surtout que ces derniers ont signifié à maintes reprises que c’est la seule condition pour aboutir à une issue heureuse de la crise. Des raids ou des frappes massives sur l’endroit où se trouvaient les captives auraient été désastreux pour tout le monde, à commencer par les otages, mais aussi leurs ravisseurs, leurs familles et la communauté africaine et internationale qui s’était profondément émue de l’acte hautement criminel de Boko Haram. Entre donc les deux maux (le massacre des lycéennes et l’aveu d’impuissance du gouvernement nigérian), les autorités d’Abuja ont choisi le moindre, en acceptant cet échange de prisonniers salvateur pour les otages mais humiliant pour l’armée nigériane qui n’est pas arrivée à libérer ces mômes pourtant détenues sur son propre territoire par un groupe dont les effectifs et les moyens matériels sont sans commune mesure avec ceux de la première puissance militaire de la sous-région.

L’enthousiasme et le triomphalisme doivent être mesurés

Certes, les forces armées nigérianes ont réussi plus d’une fois à mettre les islamistes en déroute et à libérer des otages (on pense notamment aux 338 personnes retenues en captivité par les terroristes et libérées en octobre 2015 suite à l’assaut de l’armée nigériane, et aux 829 autres qui ont pu échapper aux islamistes en mars de la même année grâce aux raids des unités d’élite de l’armée), mais dans le cas des filles de Chibouk, l’enthousiasme et le triomphalisme doivent être mesurés, d’autant que les membres de Boko Haram libérés en contrepartie, pourraient se révéler particulièrement nuisibles aux efforts fournis pour le retour de la quiétude dans le Nord-Est du Nigeria. Abuja n’a d’ailleurs aucune garantie que les filles libérées ne sont pas en réalité de potentielles bombes humaines jetées dans la nature par la secte islamiste, et l’hypothèse n’est pas si saugrenue, quand on pense au syndrome de Stockholm et au cas de l’une de leur camarade libérée l’année dernière et qui a avouée être nostalgique du temps qu’elle a passé auprès de son ravisseur de mari. Le débriefing et les possibles révélations des ex-captives sur leurs conditions de détention et la localisation de leurs anciens maîtres, pourraient grandement contribuer à éradiquer in fine la secte islamiste aujourd’hui fragilisée par des dissensions internes, mais attention à la réaction punitive et aux représailles de ces ravisseurs aux mains sanguinolentes, qui n’éprouveront aucune pitié pour les autres otages qu’ils détiennent toujours comme boucliers humains ou comme monnaie d’échange, le cas échéant. Les autorités nigérianes doivent donc faire contre mauvaise fortune bon cœur pour sauver le maximum de vies possible, surtout que l’option du bâton a montré ses limites depuis le début de la confrontation armée. En revanche, la carotte a ramené un nombre incalculable de brebis égarées dans la bergerie, aussi bien au Nigeria qu’au Niger voisin, et certains des repentis sont aujourd’hui en première ligne dans la lutte contre leurs ex-camarades. Comme quoi, avec les terroristes aussi, pardon, avec les terroristes surtout, il faut privilégier la négociation tant que cela est possible, car elle évitera de radicaliser les plus modérés d’entre eux et de susciter des vocations chez les plus jeunes adeptes. Après tout, les Américains et les Français, très en pointe dans la lutte contre le terrorisme mondial, ne discutent-ils pas avec des islamistes fréquentables en acceptant même des conditions a priori incroyables comme le paiement de rançons ou la libération de présumés terroristes, afin de préserver la vie des leurs ? Si c’est véritablement le prix à payer pour ramener saines et sauves toutes les lycéennes kidnappées à Chibouk dans leurs familles respectives, pourquoi pas ?

Hamadou GADIAGA

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